Un mariage raté aux Bouffes du Nord

La Scène, Spectacles divers

Paris. Bouffes du Nord. 8-I-2019. Œuvres de John Coperario (1570-1626), Robert Johnson (1583-1633), Matthew Locke (1621-1677), John Banister (1624-1679) William Lawes (1602-1645), Martin Peerson (1571-1651), William Webb (1600-1657), Nicholas Lanier (1588-1666), John Blow (1649-1708), Robert Ramsey (1590-1644), Henry Purcell (1659-1695). Mise en scène : Samuel Achache. Scénographie : Lisa Navarro. Dramaturgie : Sarah Le Picard. Costumes : Pauline Kieffer. Lumières : César Godefroy. Avec : Lucile Richardot, alto ; René Ramos-Premier, baryton ; Margot Alexandre et Sarah Le Picard, comédiennes. Ensemble Correspondances ; Sébastien Daucé, direction musicale, orgue et virginal

174860-songs1_jeanlouisfernandez-081---copieUne très belle scénographie, des comédiennes épatantes, un ensemble de musiciens d’une grande subtilité dans un répertoire passionnant, la voix magique de … mais le mariage entre le voyage onirique dans la mémoire intérieure d’une femme et cette si belle musique anglaise du XVIIe n’est pas plus réussi que les noces contées sur scène. 

Le spectacle Songs reprend le répertoire enregistré par , et l’, sous le titre Perpetual Night, très apprécié et récompensé par la presse musicale. Il explore l’art vocal anglais du XVIIe siècle et met en valeur la voix chaude et fascinante de Lucile Richardot, comme son sens dramatique. Des airs proposés émane une grande mélancolie, que les instruments seuls égaient parfois d’une danse. Dans quelques moments plus opératiques, le baryton  apporte ses couleurs vocales originales et sa présence scénique. Le travail réalisé sur l’instrumentation, la qualité très subtile de chacun des instrumentistes, leurs timbres délicats, conviennent à l’émotion. On aimerait plonger sa propre sensibilité dans cet univers d’une grande beauté.

Pourtant l’aventure théâtrale proposée en parallèle l’empêche le plus souvent. Le début est prometteur, ne révélant que progressivement le décor et les musiciens, d’abord recouverts d’un grand tissu blanc qui se confond avec la robe de la mariée, puis glisse doucement vers le fond de la scène. Un monde enduit de cire, glacis sur la mémoire de cette femme, nous fait comprendre qu’on va la suivre à l’intérieur d’elle-même, à différentes étapes de sa vie. Les deux comédiennes sont excellentes, mais les effets cocasses et les traits humoristiques, qui font mouche pour le public, même s’ils sont parfois appuyés, installent une atmosphère très décalée de celle des musiciens. Quel est le rapport entre le propos de la pièce et le répertoire choisi ? Certes la mère, qu’incarne Lucile Richardot, qu’il est gênant de sentir ridiculisée par un jeu quelquefois outrancier, alors qu’elle interprète des airs qui ne s’y prêtent pas, est une ancienne cantatrice, mais cela ne suffit pas à donner du sens. Et si la mise en scène fait intervenir les instrumentistes en tant que partenaires des comédiennes, la musique qu’ils interprètent évolue dans un autre monde que le leur.

Les rires fusant par-dessus un Song d’une grande émotion, l’agitation du jeu de scène pendant les moments musicaux, comme s’il fallait distraire le public, gênent l’écoute et accentuent le décalage de style. Quand l’héroïne frappe à coups de pioche une lourde tablette de cire, en soufflant très fort, tout au long de « Loving above himself » de , en déclamant son texte sur les passages instrumentaux et que le public rigole, on se sent soudain mal à l’aise. Les éclats de rire sur le Miserere mei de Purcell ne paraissent pas non plus bien adaptés… Il ne s’agit pas de vouloir protéger cette musique d’une confrontation avec un travail scénique contemporain, mais de regretter que celui-ci ne crée pas les « correspondances » qui donneraient du sens et préserveraient l’émotion.

Crédit photographique : © Jean-Louis Fernandez

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