La Scène, Opéra, Opéras

Création de Neige violette de Beat Furrer à Berlin

Plus de détails

Berlin. Staatsoper Unter den Linden. 16-I-2019. Beat Furrer (né en 1954) : Violetter Schnee (Neige violette), opéra sur un livret de Händl Klaus. Mise en scène : Claus Guth ; décor : Étienne Pluss ; costumes : Ursula Kudrna. Avec : Anna Prohaska (Silvia) ; Elsa Dreisig (Natascha) ; Gyula Orendt (Jan) ; Georg Nigl (Peter) ; Otto Katzameier (Jacques) ; Martina Gedeck (Tanja). Vocalconsort Berlin ; Staatskapelle Berlin ; direction : Matthias Pintscher

01_violetter_schnee_310La beauté de la musique est contrecarrée par un projet théâtral confus.

est-il un compositeur d’opéra ? La liste de ses créations destinées à la scène est longue, avec des œuvres comme Wüstenbuch ou Fama, peut-être sa plus grande réussite, mais ces pièces complexes n’ont jamais que des rapports complexes avec le genre opéra : l’œuvre porte comme souvent le sous-titre Musiktheater, mais où est le théâtre ? La musique de Furrer n’est pas une découverte, même si on peut trouver que le grand appareil symphonique lui va moins bien que les espaces plus aérés de la musique d’ensemble ou de chambre et que la longue durée n’apporte pas grand-chose à son travail. Reste que l’écriture vocale est compétente, la sonorité constamment séduisante et variée : est-ce assez ?

Händl Klaus est sans doute le plus actif des librettistes d’aujourd’hui, collaborant entre autres avec Heinz Holliger ou Georg Friedrich Haas, et déjà à plusieurs reprises avec Furrer. Son style ne va pas vers la construction d’intrigues fortes et de grandes phrases, mais vers les impasses de la communication, à coup de phrases interrompues, de phonèmes isolés, de dialogues impossibles. L’écriture musicale de Furrer semble appeler ce type d’écriture, et il n’y a rien de mal à vouloir faire naître un théâtre intérieur. Cette nouvelle œuvre s’inspire entre autres du film Solaris d’Andrei Tarkovski, et le projet a d’abord été développé avec l’écrivain russe Vladimir Sorokine avant que la tâche d’écrire un livret vienne entre les mains de Händl Klaus : cette complexe genèse a pu laisser des traces. Dans Solaris, les scientifiques d’une station spatiale se perdent dans la tentative d’entrer en contact avec le mystérieux océan de cette planète lointaine ; ici, c’est certainement la tempête de neige qui est supposée recréer cette situation, et la lumière étrange qui rend la neige violette qui est comme l’océan de Solaris, inaccessible et attirant – mais ce n’est qu’une déduction personnelle, tant l’œuvre ne facilite pas la tâche du spectateur.

violetter_schnee_102
Cette fois, donc, il y a des personnages : deux couples, un homme seul qui semble devoir donner le sens de l’histoire, et une femme seule, récitante. C’est elle – la star de cinéma – qui ouvre l’œuvre, en décrivant le tableau de Bruegel Chasseurs dans la neige, cité dans Solaris : les personnages de l’opéra sont prisonniers d’une tempête de neige, comme il y a vingt ans ceux de 60e Parallèle de Philippe Manoury. Ces derniers étaient pris dans la trivialité de leurs déboires sentimentaux, ceux de Furrer ne parviennent au contraire pas à exister, et qui ne connaît pas d’avance les voix d’ et d’ n’aura guère de moyen de savoir qui est qui ; les perruques noire de l’une et blonde de l’autre les distinguent beaucoup mieux que ce qu’elles ont à chanter. Les cinq chanteurs font beaucoup d’efforts pour exister et convaincre le spectateur de la nécessité de ce qu’ils chantent, mais l’obscurité du livret ne leur donne guère de chances d’y parvenir. La mise en scène de occupe l’espace à grands renforts de décors qui montent et qui descendent, mais elle ne parvient pas à ôter de la tête des spectateurs l’idée qu’une telle musique aurait sa place au concert plus que sur une scène d’opéra.

Crédits photographiques :  © Monika Rittershaus

Plus de détails

Berlin. Staatsoper Unter den Linden. 16-I-2019. Beat Furrer (né en 1954) : Violetter Schnee (Neige violette), opéra sur un livret de Händl Klaus. Mise en scène : Claus Guth ; décor : Étienne Pluss ; costumes : Ursula Kudrna. Avec : Anna Prohaska (Silvia) ; Elsa Dreisig (Natascha) ; Gyula Orendt (Jan) ; Georg Nigl (Peter) ; Otto Katzameier (Jacques) ; Martina Gedeck (Tanja). Vocalconsort Berlin ; Staatskapelle Berlin ; direction : Matthias Pintscher

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.