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Amadigi par Les Paladins, bel écrin pour chanteuses autonomes

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre de l’Athénée. 26-I-2019. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Amadigi, opéra en trois actes sur un livret de Nicola Haym. Mise en scène et scénographie : Bernard Lévy. Lumière : Christian Pinaud. Costumes : Nathalie Prats. Vidéo : Patrick Garbit. Avec : Amel Brahim-Djelloul, Oriana ; Aurélia Legay, Melissa ; Sophie Pondjiclis, Amadigi ; Séraphine Cotrez, Dardano. Les Paladins, direction musicale : Jérôme Correas

AMADIGI-1 (3)Soirée originale au Théâtre de l’Athénée, hors des sentiers battus, avec cet Amadigi très bien défendu par .

Encore « un des plus beaux opéras de Haendel »! Amadigi, son onzième, composé en un mois, après les triomphes de Rinaldo et d’Agrippina, (dont les perles « Sussurrate onde vezzose », « Pena tiranna », « Ah spietato » ont été révélées en 1991 par l’enregistrement du jeune Minkowski), n’a guère tenté les metteurs en scène. On se réjouit donc que s’y lance, tant l’on avait été séduit en 2011, à Besançon comme à Versailles, par le très beau Didon et Enée qu’il avait installé dans la chambre obscure d’une boîte graffitée par une vidéo gracieuse. Il reprend ce procédé là où il l’avait laissé mais pour un résultat moins heureux, la magie visuelle qui fonctionnait à plein pour la concision purcellienne (une heure), peinant cette fois à s’inscrire dans l’ampleur haendélienne (deux heures et demi).

L’alléchant générique du début séduit avec les silhouettes des protagonistes découpées par la vidéo, tout comme le confort de lecture des sur-titres poétiquement tagués sur les murs. La constante beauté du nuancier subtil et mouvant de Lévy (des bleus wilsonniens à tomber pour la grande scène de magie aquatique), procédé imaginé en palliatif des machineries baroques en vogue dans la Londres de 1715, hypnotise la rétine. Mais le cerveau doit se résoudre au constat d’une certaine démission du metteur en scène en scénographe. Démission assez surprenante : un tel écrin, paré d’une inventive direction d’acteurs, d’une poursuite plus poussée, voire systématique, du travail annoncé sur les ombres chinoises, abriterait la plus précieuse des pierres.

En l’état, délestée de tout réalisme scénique, la boîte de , avec un confinement d’alcôve, réduit à un très long tournois amoureux l’intrigue, traitée naguère par Lully et bientôt par Massenet : les amours partagées d’Amadigi et Oriana, face aux désirs convergents de la magicienne Melissa et du Prince Dardano vers Amadigi, sous l’œil dispensable de deux monstres maladroitement croqués, improbables mélanges de lévrier afghan et de Conchita Wurst.

Encouragée dans ces conditions à prendre le pouvoir, la distribution, entièrement féminine, fait presque un atout du « cas de force majeure » annoncé en bord de scène, qui a vu remplacer in extremis annoncé dans le rôle-titre : ce que Lévy perd en testostérone avec son Amadigi, unique homme en objet de fantasme féminin, il le gagne en trouble identitaire dans une intrigue déjà bien chargée sur ce plan.

Se désire sur scène un quatuor de chanteuses tout à fait remarquable. , très à l’aise scéniquement en Oriana, laisse à loisir s’épanouir le fruit d’aigus magnifiques et la fraîcheur d’une incarnation qui est un raffinement de tendresse. , pas toujours aidée par l’imperméable que la costumière a un peu vite jeté sur ses épaules, chante avec beaucoup de présence également une méchante bien trop amoureuse pour effrayer. On salue la performance et la stabilité du beau mezzo de , ses yeux forcément rivés sur le chef ajoutant à la tension. Quant à l’impressionnant contralto de la toute jeune , on peut parler de révélation.

L’autre atout est le geste de Jérôme Corréas. Ses Paladins ont perdu la raideur sage perceptible à leurs débuts. Sous l’auspice d’un théorbe ensorceleur, la phalange sonne cohérente, pleine et chaleureuse. Cet Amadigi, co-production tournant jusqu’en mars, reste une prenante soirée musicale.

Crédits photographiques © Michael Bunel

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