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Mademoiselle Julie Fuchs à la Cité de la musique

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Paris. Cité de la musique de Paris. 07-III-2019. Extraits d’œuvres de Gioachino Rossini (1792-1868), Gaetano Donizetti (1797-1848), Hector Berlioz (1803-1869), Vincenzo Fioravanti (1799-1877), Pietro Raimondi (1786-1853), Francisco Asenjo Barbieri (1823-1894). Avec : Julie Fuchs, Soprano. Orchestre national d’Île-de-France, direction, Enrique Mazzola

3-julie_fuchs_credits_sarah_bouasse et l’Orchestre national d’Île-de-France entament à la Cité de musique la promotion du disque « Mademoiselle », témoignage d’un bel canto cosmopolite réunissant des compositeurs italiens, français et espagnols. Un programme fait de raretés entrecoupées de tubes, qui mettent en évidence les qualités indéniables de la soprano et du chef pour une soirée qui restera pourtant un peu en demi-teinte.

Commençons d’abord par le choix de la salle de concerts de la Cité de la musique à l’acoustique si réverbérante que l’on est en droit de se poser la question de sa parfaite adéquation avec ce répertoire. En effet, si les longues phrases de cantilènes s’en trouvent souvent flattées, les mots, les trilles et autres notes piquées s’y noient, rendant l’exercice difficile, autant pour la chanteuse que pour l’orchestre. Beaucoup de la demi-teinte de cette soirée revient à ce choix étrange.

Le programme, très intéressant, a été voulu comme une photographie d’un bel canto qui sort des frontières italiennes. On y trouve les traditionnels Rossini et Donizetti qui écrivent aussi pour la langue française, une Zaïde de Berlioz qui lorgne vers les zarzuelas espagnoles ici représentée par l’Espagnol qui lui-même regarde vers Rossini. La boucle est ainsi bouclée.

L’orchestre ouvre le bal avec l’ouverture de La Pie voleuse où d’emblée on reconnaît la patte d’, toujours attentif à la gestion des tempi, du crescendo et des atmosphères. Si l’acoustique ne facilite pas la tâche du chef dans les variations de puissance, on ne peut qu’admirer la légèreté des violons et l’élégance des vents qui flottent au-dessus de l’orchestre. Les deux orages du Barbier et de la Cenerentola se répondront en écho par la suite avant une ouverture du Barbier de Séville menée tambour battant.

Dès son entrée sur scène, apparaît comme l’incarnation de cette nouvelle génération de chanteurs qui veulent casser les codes du récital classique. Déambulant parmi l’orchestre, elle entonne  le « Io son la zingara » de Fioravanti avec la désinvolture, et la légèreté nécessaires. D’emblée, on reconnaît cette voix pulpeuse, fruitée et homogène à la technique solide pour assumer tout le vocabulaire belcantiste. Pourtant, malgré un charme indéniable et à la volonté de la soprano de dresser un portrait, le « Sventurata mi credea » de la Cenerentola apparaît prudent dans ses ornementations et certains aigus sortent un peu acides. Elle apparaît finalement beaucoup plus à l’aise dans le « Il faut partir » extrait de La fille du régiment de Donizetti d’une grande simplicité, très touchante. La ligne de chant y est somptueuse et le souffle totalement maîtrisé. Le public ne s’y trompe pas et lui réserve un bel accueil. Car même si la Zaïde de Berlioz est chantée avec beaucoup d’autorité et de panache, il apparaît progressivement que les longues phrases et la mélancolie conviennent bien à cette voix ronde et chaleureuse, davantage préoccupée par l’incarnation et l’émotion que la démonstration technique. C’est la raison pour laquelle l’extrait de l’Orfana russa du compositeur romain Pietro Raimondi, qu’elle chante depuis la salle, et le « Por qué se oprime el alma ? » de Barbieri, font merveille grâce à un magnifique legato, une intensité et une volonté de communiquer avec le public qui sont devenus sa marque de fabrique.

Pour conclure le programme la soprano a choisi de revenir à la virtuosité avec le Comte Ory et le fameux « En proie à la tristesse » qu’elle avait déjà chanté à l’Opéra Comique. Mais là encore, malgré une technique assurée, c’est davantage l’incarnation qui frappe. En totale complicité avec l’orchestre elle se sert de la virtuosité rossinienne pour dresser un portrait piquant de la comtesse Adèle en donnant du sens aux trilles et notes piquées qui deviennent ici tout sauf gratuites. Alors évidemment, on a connu des récitals belcantistes plus impressionnants mais ce sens du théâtre, cette attention aux mots et aux intonations restent remarquables et finissent de convaincre.

En bis, Julie Fuchs offre un très beau « Non si da follia maggiore » extrait du Turco in Italia mais après quelques explications, c’est surtout l’étrange berceuse islandaise chantée dans la pénombre avec le soutien des membres de l’orchestre éclairé à la bougie qui laisse le public dans un moment de magie d’une rare beauté.

Crédit photographique : © Sarah Bouasse

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