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Van Manen et le duo Sol León et Paul Lightfoot à l’Opéra Garnier

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Paris. Opéra Garnier. 18-IV-2019. Sleight of Hand. Musique : Philip Glass (Symphonie n° 2, 2è mouvement). Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort

Trois Gnossiennes. Musique : Erik Satie (Gnossiennes n°1, 2, 3). Chorégraphie, décors : Hans van Manen. Lumières : Jan Hofstra. Piano : Elena Bonnay

Speak for Yourself. Musique : Johann Sebastian Bach (L’Art de la fugue, contrapunctus n° 1), Steve Reich (Come Out). Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort. Avec les étoiles et le corps de ballet de l’Opéra national de Paris.

Cette soirée dédiée à la danse néerlandaise associe deux entrées au répertoire du duo Sol León et à Trois Gnossiennes, courte pièce de . Ce chef-d’œuvre illumine une soirée décevante par ailleurs.

Courte (à peine une heure de danse), cette soirée n’en est pas moins déséquilibrée. Dans un programme consacré aux artistes de l’excellent Nederlands Dans Theater (NDT), deux pièces sur trois sont chorégraphiées par Sol León et , dont aucune nouvelle création. Sans minorer l’aura du duo de chorégraphes, actuellement résidents au NDT, il semble disproportionné de réduire la part de à une pièce de huit minutes, aussi réussie soit-elle, et d’occulter un autre grand directeur artistique et chorégraphe de la compagnie : Jiří Kylián. Surprenant également le choix de pièces qui mobilisent à peine une vingtaine de danseurs dans une compagnie qui en comprend 150. La pertinence de proposer aux danseurs de l’Opéra un tel programme pose question.

Créée en 2007 à La Haye par León et Lightfoot, Sleight of Hand est une pièce de vingt minutes, sur la Symphonie n° 2 de Philip Glass. L’univers est mystérieux. Des hommes vêtus de noir évoluent sous le regard de deux figures à taille de géant – et perchés en haut de jambes immenses, comme des figurines d’une pièce montée ou d’un jeu de cartes en référence au titre de l’œuvre (qui signifie « tour de prestidigitation »). Rivés à ce dispositif qui les enserre jusqu’à la taille, les danseurs ne peuvent mouvoir que le haut du corps, et sont ainsi cantonnés à un rôle de figuration.

Une seule femme, , danse au milieu du groupe masculin composé par , , et . Au sein de ce groupe anonyme, se distingue , torse nu, et mis en avant par des solos, qui révèlent sa technique puissante et sa présence scénique. Les visages se tordent dans des grimaces muettes, les mains se crispent et un doigt, parfois, se tend dans un geste énigmatique. La figure féminine incarne-t-elle le destin, force mystérieuse qui va ? L’interprétation reste ouverte. et entament un duo, dont l’intensité dramatique est amoindrie par une interprétation qui reste trop propre et soignée. De manière générale, les danseurs ne sont pas parvenus à suggérer la folie et le mystère envoûtant qui font l’intérêt de la pièce.

Dans Speak for Yourself, pièce créée par le couple en 1999, l’on retrouve cette recherche esthétisante : l‘Art de la fugue de Bach pour susciter l’émotion, la fumée qui semble émaner des corps des danseurs eux-mêmes, la pluie qui dégouline et vient inonder la scène. Loin de masquer le manque d’inventivité de la chorégraphie, cette débauche d’effets juxtaposés sans fil conducteur évident, et dont le caractère novateur apparaît aujourd’hui dépassé, ne le rend que plus visible. Encore une fois, les danseurs semblent sous-exploités. , pourtant très expressif et à l’aise dans ce registre théâtral, voit ses parties dansées réduites à la portion congrue. L’on prend plaisir à voir évoluer , dont la présence s’impose avec naturel, , ou encore . Mais la beauté des interprètes ne fait que ressortir davantage la vacuité de la chorégraphie.

Entre les deux, un petit bijou, Trois Gnossiennes de van Manen sur la merveilleuse musique de Satie, vient donner un peu de corps à ce programme. Créée en 1982, la pièce est entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris en 2017. et excellent dans ce duo d’une précision millimétrée et profondément musical. L’écriture chorégraphique est pure, élégante et d’une grande exigence technique, ce qui n’est pas sans rappeler le maestro George Balanchine. Van Manen joue sur les portés, les déséquilibres, les tours sur jambe pliée. Les corps s’enchevêtrent savamment, mais sans heurts, toujours avec une grande fluidité. De ces gestes jaillit l’émotion qui rend cette pièce abstraite profondément humaine. Les lignes sculpturales d’Hugo Marchand et la justesse technique et musicale de Ludmila Pagliero s’harmonisent à la perfection.

Cette parenthèse enchantée de huit minutes est un ravissement mais ne suffit tout de même pas à sauver une soirée, où il y aurait pourtant eu matière à donner à voir toute la richesse du Nederlands Dans Theater.

Crédits photographiques : © Agathe Poupeney

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Paris. Opéra Garnier. 18-IV-2019. Sleight of Hand. Musique : Philip Glass (Symphonie n° 2, 2è mouvement). Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort

Trois Gnossiennes. Musique : Erik Satie (Gnossiennes n°1, 2, 3). Chorégraphie, décors : Hans van Manen. Lumières : Jan Hofstra. Piano : Elena Bonnay

Speak for Yourself. Musique : Johann Sebastian Bach (L’Art de la fugue, contrapunctus n° 1), Steve Reich (Come Out). Chorégraphie, décors et costumes : Sol León et Paul Lightfoot. Lumières : Tom Bevoort. Avec les étoiles et le corps de ballet de l’Opéra national de Paris.

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