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Un Requiem de Verdi décevant par Gardiner à Saint Denis

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Festival de Saint-Denis. Basilique Cathédrale. 3-VII-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Avec : Lenneke Ruiten, soprano ; Christine Rice, mezzo-soprano ; Charles Castronovo, ténor ; Ashley Riches, basse. Monteverdi Choir. Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner

Sir-John-Eliot-Gardiner-by-Gert-MothesÀ l’heure où Raphaël Pichon ouvre le Festival d’Aix en Provence sur un Requiem de Mozart quelque peu iconoclaste, Sir , à la tête de ses troupes du et de l’, clôt le festival de Saint-Denis sur un Requiem de Verdi qui ne restera pas dans les mémoires.

Curieuse œuvre que ce Requiem de dont Hans von Bülow affirmait qu’il s’agissait en fait d’un opéra en habits ecclésiastiques. Ni opéra, ni œuvre sacrée, mais plutôt une sorte d’oratorio où solistes et chœur sont traités sur un pied d’égalité, ce Requiem fut esquissé pour la mort de Rossini (Libera me) mais finalisé en 1874 pour célébrer le premier anniversaire de la mort d’Alessandro Manzoni, chantre du Risorgimento et ami du compositeur. Une partition terriblement humaine, qui apparaît plus comme une représentation du drame de l’humanité face à la mort que comme un hymne à la vie éternelle, où Verdi, agnostique, fait se succéder les contrastes et les nuances depuis le dépouillement à la limite de l’audible jusqu’aux emportements les plus violents, en alternant lyrisme et ferveur, mysticisme et jubilation. D’interprétation difficile, riche d’écueils, progressant sur le fil d’une unité souvent mise en péril, cette Messa da Requiem nécessite un grand orchestre, un chœur et quatre solistes (soprano, mezzo, ténor et basse). De la réussite de cet amalgame délicat, de cet équilibre entre voix et orchestre, entre sacré et profane, dépend le succès de cette immense tragédie opératique.

Habitués aux interprétations magistrales du chef britannique (on se souvient encore de son récent concert dédié à Berlioz à la Philharmonie de Paris) nous attendions un Requiem apocalyptique dans le cadre somptueux de la basilique pour conclure en apothéose ce Festival de Saint-Denis… Hélas, ni égrégore ni émotion dans cette prestation décevante qui parut sans cesse fragmentée, menée sur un tempo trop lent et déséquilibrée entre solistes, chœur et orchestre, confinant rapidement à l’ennui !

Si l’Introït s’ouvre sur un sublime pianissimo des violoncelles augurant du meilleur, la confusion s’installe rapidement dès l’apparition du chœur et du quatuor de solistes, majorée encore par l’acoustique délicate de la basilique qui rend périlleux tous les équilibres. Le Dies Irae déploie ensuite les affres tragiques de la condition humaine au travers des clameurs déchirantes du chœur dont la fureur n’est pas pour favoriser les interventions d’un quatuor de solistes, ce soir, particulièrement indigent. La basse d’ manque singulièrement de graves, de nuances et de profondeur dans le Tuba Mirum annoncé par des trompettes approximatives qui relèvent plus de la parade militaire que de l’effroi et de la fureur des enfers. Seule la mezzo tire son épingle du jeu dans un Liber Scriptus de belle facture, en totale symbiose avec l’orchestre, appréciation favorable confirmée par un superbe Lux Aeterna plein de ferveur. et entrent en lice avec le Quid Sum Miser où s’affiche là encore un notable manque de continuité dans la direction orchestrale. Si la soprano n’est audible que dans le médium, forçant les aigus et oubliant les graves, le ténor manque singulièrement de projection n’offrant au public qu’un bien pâle Ingemisco. L’, jouant sur instruments d’époque, laisse entrevoir quelques belles fulgurances solistiques (cordes, flûte) dans l’Offertorium ou l’Agnus Dei tandis que Le ne démérite pas, notamment dans le Sanctus et le Libera me concluant une interprétation qui restera comme un rendez-vous manqué.

Crédit photographique : Sir © Gert Mothes

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Festival de Saint-Denis. Basilique Cathédrale. 3-VII-2019. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Messa da Requiem. Avec : Lenneke Ruiten, soprano ; Christine Rice, mezzo-soprano ; Charles Castronovo, ténor ; Ashley Riches, basse. Monteverdi Choir. Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner

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