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Fosse, création immersive dans le parking du Centre Pompidou

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Paris. Parking du Centre Pompidou. 12-I-2020. Fosse, opéra en dix scènes, conçu par Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk. Avec : Karen Vourc’h, soprano ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelle solo ; Hortense Airault, Aurélie Allexandre d’Albronn, Sary Khalife, Barbara Le Liepvre, Augustin D’oliveira, Wesley Sampaio, Polina Streltsova, Adèle Viret, Laurène Barbier-Combelles, Nicolas Menut, Camille Supéra et Solène Chevalier, violoncelles ; Clément Darlu, Camille El Bacha, Gwendal Giguelay, Eve Risser, Jeanne Susin, Nicolas Worms, pianos droits ; Jean Galmiche, guitare ; Tancrède D. Kummer, Yuko Oshima, percussions. Chœur Accentus, chef de chœur : Christophe Grapperon

Indéfinissable : Fosse est la convergence de trois sensibilités artistiques, le plasticien Christian Boltanski, le créateur lumière et le compositeur qui ont investi le parking du Centre Pompidou pour une expérience immersive où le public est invité à déambuler dans l’espace de jeu des interprètes.

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En lien avec l’exposition Boltanski, « Faire son temps » à Beaubourg, Fosse est une co-commande de l’Opéra Comique et du Centre Pompidou. Ce n’est pas la première réalisation de nos trois artistes qui travaillent ensemble depuis une vingtaine d’années. On se souvient de Pleine nuit en 2016, sur le chantier de la Salle Favart alors en travaux. Ils ont choisi cette fois le béton et l’inconfort d’un parking pour en travailler l’espace et lui donner une résonance. « C’est un lieu d’errance » souligne Christian Boltanski, qui en signe la scénographie : des voitures recouvertes d’un drap blanc avec leurs passagers masqués, ainsi que des tentures blanches chères au plasticien, qui délimitent différentes zones et sur lesquelles se projettent les ombres des spectateurs. La lumière, celle de , reste diffuse, en dépit des phares de voitures allumés et des spots puissants placés au pourtour du parking.

Lorsqu’on accède dans le lieu, la musique a déjà commencé, diffuse elle aussi, provenant des douze pianos droits disséminés dans l’espace, des infra-basses d’une guitare électrique – celle de Jean Galmiche – et des six violoncelles se répondant à distance : une bande de jeunes interprètes très réactifs, venant de tous les milieux de la musique, sont réunis pour l’occasion et directement impliqués dans la réalisation sonore. Car il n’y aura pas de chef durant la représentation, mais plutôt des signaux lancés par une percussion souvent très agressive (on pense à Xenakis), les baguettes crépitantes des deux interprètes (Tancrède D. Kummer et Yuko Oshima) testant les capacités résonnantes des parois métalliques du parking. On réalise assez rapidement que le son, essentiellement acoustique, sera notre seul guide, l’agent narratif d’une « histoire » sans texte, que chacun peut se raconter à sa manière.

81808344_2858583547532273_1096219157386493952_oLe jeu de la violoncelliste Sonia Wieder-Atterton fait bientôt converger le public au centre de l’espace. En manteau, écharpe et mitaines noires, l’interprète aimante l’écoute, réchauffe le lieu et l’habite de ses sonorités d’une intensité sidérante, relayées ou non par les six violoncelles satellites toujours à l’affût, avant que le second «personnage», la soprano Karen Vourc’h non moins irradiante, ne focalise à son tour l’attention. Inventée ou non, la langue chantée est sonore et la voix invoquante, chaleureuse et communicative ; elle est démultipliée par le chœur (l’ensemble ), dispersé parmi le public, dont chacune des interventions met tout l’espace en vibration. « Le livret, c’est l’espace », nous dit qui déambule lui aussi, comme ses deux complices, livrant ses réactions à chaud. Le son en sculpte la dramaturgie, pourrait-on ajouter, un son souvent âpre et rude (chocs lourds, bruits de chaines, déflagrations inquiétantes, etc.) qui déstabilise autant qu’il interroge.

Ce sont les voix du chœur qui drainent le public vers la sortie au terme des cinquante minutes du « cycle musical », qui s’est répété trois fois durant les trois jours de représentation. Pianos et violoncelles se relaient alors pour assurer le continuum sonore, car le spectacle n’a ni début, ni fin…

Crédits photographiques : © Stefan Brion

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Paris. Parking du Centre Pompidou. 12-I-2020. Fosse, opéra en dix scènes, conçu par Christian Boltanski, Jean Kalman et Franck Krawczyk. Avec : Karen Vourc’h, soprano ; Sonia Wieder-Atherton, violoncelle solo ; Hortense Airault, Aurélie Allexandre d’Albronn, Sary Khalife, Barbara Le Liepvre, Augustin D’oliveira, Wesley Sampaio, Polina Streltsova, Adèle Viret, Laurène Barbier-Combelles, Nicolas Menut, Camille Supéra et Solène Chevalier, violoncelles ; Clément Darlu, Camille El Bacha, Gwendal Giguelay, Eve Risser, Jeanne Susin, Nicolas Worms, pianos droits ; Jean Galmiche, guitare ; Tancrède D. Kummer, Yuko Oshima, percussions. Chœur Accentus, chef de chœur : Christophe Grapperon

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