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Pelléas et Mélisande à Rouen : la valeur n’attend pas le nombre des années

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Rouen. Théâtre des Arts. 26-I-2020. Claude Debussy (1862-1913) : Pelléas et Mélisande. Drame lyrique (1902) en 5 actes et 12 tableaux sur un livret de Maurice Maeterlinck, d’après la pièce éponyme. Mise en scène : Éric Ruf. Costumes : Christian Lacroix. Lumières : Bertrand Couderc. Avec : Adèle Charvet, Mélisande. Huw Montague Rendall, Pelléas. Nicolas Courjal, Golaud. Jean Teitgen, Arkel. Lucile Richardot, Geneviève. Anne-Sophie Petit, Yniold. Richard Mittelmann, le médecin. Chœur de l’Opéra de Dijon. Orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie, direction : Pierre Dumoussaud
Opéra sans public, enregistré en direct, diffusé sur le site de l’Opéra de Rouen

Remarqué pour sa pugnacité face à la pandémie, l’Opéra de Rouen Normandie affiche crânement ses ambitions dans le domaine lyrique en alignant pas moins de quatre prises de rôle dans ce Pelléas et Mélisande mis en scène par .


Pelléas et Mélisande
de échappe au carcan du temps et du récit pour préférer l’intuition et l’intemporalité. Drame lyrique où les personnages chantent naturellement, sa modernité fit scandale lors de sa création en 1902, avant qu’il ne devienne un opéra majeur du XXᵉ siècle, incontournable dans l’histoire de la musique, développant une réalité fuyante et trompeuse, domaine de l’illusion, au charme mystérieux et mortifère ouvrant la voie à une quête spirituelle peuplée de symboles.

Dans cette mise en scène unanimement acclamée lors de sa création, en 2017 au TCE, respecte parfaitement l’esprit de l’œuvre, usant d’une scénographie dépouillée, sombre, déliquescente et aquatique, où une cuve en métal rouillé figure la grotte, tandis qu’un filet de pêcheur suspendu au-dessus d’une mare, tour à tour mer ou fontaine des aveugles, évoque le piège et l’enfermement. Renforcé par les beaux éclairages de Bertrand Couderc, électivement fixés sur les personnages dont les costumes de rappellent les tableaux de Klimt, la vision d’Éric Ruf, assez monochrome dans l’ensemble, fait état d’une belle cohérence, laissant toute leur part à l’orchestre et au jeu d’acteur.

L’orchestre de l’Opéra de Rouen Normandie participe à la fête sous la baguette précise et Ô combien inspirée de . Tout ici n’est que langueur, mystère et fluidité sans que jamais la ligne directrice ne se perde dans le dédale des sonorités debussystes inouïes où cordes et vents rivalisent de maestria, sur un phrasé parfaitement en phase avec la dramaturgie, donnant sa pleine mesure instrumentale dans les nombreux interludes, d’une sidérante beauté.

La distribution, caractérisée par sa jeunesse, surprend par son homogénéité et sa qualité vocale. A tout seigneur tout honneur, pour son premier Pelléas, rayonne par son timbre lumineux, sa puissance, sa diction irréprochable, comme par son large ambitus de baryton Martin autorisant les aigus les plus vaillants comme les graves les mieux assurés. Face à lui, campe, également pour sa prise de rôle, une Mélisande diaphane et mystérieuse assumant superbement sa part d’ombre sans en omettre, toutefois, la sensualité dans la célèbre scène de la tour.

, en Golaud pour la première fois, assume avec brio, vocalement et scéniquement toutes les composantes psychologiques complexes de son personnage tourmenté, dévoré par la folie et la jalousie. La Geneviève de , quatrième prise de rôle, impressionne par son humilité et la clarté de son chant dans la scène de la lettre, tandis que , seul habitué du rôle d’Arkel, séduit à la fois par son charisme et son humanité servis par une stature vocale irréprochable. Yniold (Anne-Sophie Petit), et Richard Mittelmann (le médecin) complètent cet admirable casting.

Crédit photographique : © Arnaud Bertereau

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