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À l’Opéra de Liège, intense recueillement musical à la mémoire de Stefano Mazzonis di Pralafera

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Liège. Opéra royal de Wallonie. 7-III-2021. Recueillement musical à la mémoire de Stefano Mazzonis di Pralafera. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio poour cordes op. 11. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio du concerto pour clarinette et orchestre en la majeur K. 622 ; Ave, Verum corpus K. 618 ; Trio « Soave il vento », extrait de Così fan tutte K. 588. Giacomo Puccini (1858-1924) : Coro a bocca chiosa, extrait de Madama Butterfly. Pietro Mascagni (1863-1945) : intermezzo, extrait de Cavalleria rusticana. Jules Massenet (1842-1912) : Méditation, extrait de Thaïs. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Coro « Va, pensiero, sull’ali dorate », extrait de Nabucco. Julien Eberhardt, violon ; Jean-Gabriel Raelet, violon ; Gianluigi Caldarola, clarinette ; Angélique Noldus, mezzo-soprano ; Tineke Van Ingelgem, soprano ; Lionel Lhote, basse ; Maîtrise de l’Opéra royal de Wallonie, préparée par Véronique Tollet ; Chœurs de l’Opéra de Wallonie, préparés par Denis Segond ; Orchestre symphonique de l’Opéra de Wallonie ; direction : Speranza Scappucci
Concert enregistré sans public et diffusé sur le site operaliege.be

a été emporté il y a un mois par un cancer foudroyant. « Sa » maison, l’Opéra royal de Wallonie à Liège, dont il était directeur depuis 2007, lui a rendu un vibrant et émouvant hommage hier après-midi, avec le concours de solistes vocaux et instrumentaux et des forces chorales et orchestrales du lieu dirigés avec ferveur et émotion par la cheffe titulaire .

était issu d’une famille de la noblesse turinoise. Dans une première vie il fut avocat d’entreprise à Rome avant de pouvoir plus librement exprimer sa passion pour l’opéra et la musique, à la radio et à la télévision italiennes. Il s’orienta naturellement ensuite vers la mise en scène et la direction de festivals lyriques dans la péninsule, puis dans toute l’Europe. Nommé intendant du Teatro communale de Bologne en 2004, il est recruté sur concours à la succession de Jean-Louis Grinda par l’Opéra royal de Wallonie à Liège trois ans plus tard. Il y applique les mêmes recettes qu’à Bologne : politique de prix attirant un public plus jeune, salles combles par l’internationalisation de la fréquentation en provenance aussi d’Allemagne ou des Pays-Bas tout proches, mises en scène très classiques et de bon goût, animations scolaires, confiance accordée envers de jeunes étoiles montantes – belges comprises – tout en invitant par ailleurs des stars mondiales confirmées grâce à un copieux carnet d’adresses, programmation d’incontournables du répertoire essentiellement français et italien, tout en manifestant un intérêt certain pour les raretés (Cimarosa, Franck, Grétry,…), ou pour la restitution de versions originales de chefs d’œuvre bien connus, tel ce Don Carlos de Verdi en version française archi-intégrale donné triomphalement début 2020. Stefano Mazzonis est fauché le 7 février dernier à un an du terme de son troisième mandat par une maladie « fulgurante ».

A l’instigation de promue en 2017 à la direction musicale de la maison, les forces unies de l’Opéra royal de Wallonie rendent hommage ce dimanche à leur directeur : chœurs, maîtrise, orchestre, solistes du chant sont réunis pour une poignant cérémonie des adieux d’une petite heure, entre émotion et recueillement « pour tous ceux qui n’ont pas pu se réunir et exprimer leur émotion comme ils l’auraient souhaité en raison des mesures sanitaires en vigueur au moment des funérailles » comme le dit le site d’accueil de l’ORW.

Comme c’est une habitude en cette période de pandémie où la plupart des manifestations musicales en sont réduites au streaming, l’orchestre maison se retrouve sur le plateau de scène, ici dos au parterre où ont pris place, masqués et dans le respect strict de la distanciation physique les chœurs, et, plus loin, dans la loge royale, la maîtrise d’enfants. Chaque changement de plateau rappellera par un choix bien senti de photos, intimes, familiales, privées, mondaines, promotionnelles ou prises au vol en plein travail, la personnalité chaleureuse et toujours souriante du défunt maitre de céans.

Speranza Scapucci dirige d’une geste large péremptoire avec à l’occasion d’immenses avant-temps qui génèrent ça et là de minimes décalages. Le choix de l’adagio pour cordes opus 11 de Samuel Barber, donné avec un épanchement presque pathétique dicte le ton, grave et contrit de cette séance. La suite de l’hommage est plus sobre, avec, à l’orchestre un plus économe intermezzo de Cavaleria Rusticana de Mascagni, et laisse la part belle à quelques magnifiques interventions solistes instrumentales telles celle de , avec un mouvement lent du Concerto pour clarinette de Mozart, très intériorisé et apaisé, au parfait et intemporel legato, ou celles des deux konzertmeisters (le Strasbourgeois dans un resplendissant « Souvenir d’un lieu cher » de Tchaïkovski, et le Liégeois dans la « Méditation » de Thaïs de Massenet, pour une fois donnée dans sa mouture originale avec chœurs). Le trio « Soave il vento » extrait de Così fan tutte prend ici un tout autre sens, avec ce départ sans espoir de retour et permet de retrouver avec bonheur trois solistes belges bien connus et souvent sollicités par les différentes scènes du pays : la soprano , la mezzo-soprano en Dorabella, et le baryton . La maîtrise d’enfants, est sans doute postée un peu lointainement, pour donner toute la mesure d’un Ave Verum corpus de Mozart un rien poussif, mais surtout les chœurs adultes, outre le fameux « coro a bocca chiosa » extrait de Madama Butterfly de Puccini, ponctuent la séance d’hommages par le célébrissime chœur des esclaves de Nabucco, où les ailes dorées du chant invitent, selon le dernier vers, « à mieux supporter nos souffrances ».

Après une si éloquente conclusion, comme un seul homme, les effectifs se lèvent et par des applaudissements nourris adressent un ultime coup de chapeau à Stefano Mazzonis dont le portrait confiant et débonnaire apparaît projeté sur l’écran de fond de scène, flanqué de la simple et évidente devise de toute une vie : « Forza Opera ! »

Crédits photographiques : © Opéra Royal de Wallonie

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Liège. Opéra royal de Wallonie. 7-III-2021. Recueillement musical à la mémoire de Stefano Mazzonis di Pralafera. Samuel Barber (1910-1981) : Adagio poour cordes op. 11. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Adagio du concerto pour clarinette et orchestre en la majeur K. 622 ; Ave, Verum corpus K. 618 ; Trio « Soave il vento », extrait de Così fan tutte K. 588. Giacomo Puccini (1858-1924) : Coro a bocca chiosa, extrait de Madama Butterfly. Pietro Mascagni (1863-1945) : intermezzo, extrait de Cavalleria rusticana. Jules Massenet (1842-1912) : Méditation, extrait de Thaïs. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Coro « Va, pensiero, sull’ali dorate », extrait de Nabucco. Julien Eberhardt, violon ; Jean-Gabriel Raelet, violon ; Gianluigi Caldarola, clarinette ; Angélique Noldus, mezzo-soprano ; Tineke Van Ingelgem, soprano ; Lionel Lhote, basse ; Maîtrise de l’Opéra royal de Wallonie, préparée par Véronique Tollet ; Chœurs de l’Opéra de Wallonie, préparés par Denis Segond ; Orchestre symphonique de l’Opéra de Wallonie ; direction : Speranza Scappucci
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