Livestream, Musique symphonique

À Liège, l’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie en concert symphonique

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 29-IV-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : ouverture des Nozze di Figaro, opera buffa, K. 492; Franz Schubert (1797-1828) : symphonie n° 8 en si mineur D. 759 « Inachevée » – version traditionnelle en deux mouvements ; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie, version définitive de 1880. Orchestre symphonique de l’Opéra Royal de Liège-Wallonie, Jean-Gabriel Raelet, konzertmeister. Paolo Arrivabeni, direction
Concert sans public diffusé sur le site l’Opéra royal de Wallonie

L’Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie s’aventure ces temps derniers dans le répertoire symphonique, terrain de chasse naturel de son voisin l’OPRL. Il retrouve pour l’occasion son ancien chef titulaire


L’interminable deuxième phase de la crise sanitaire belge depuis l’automne, doublée en février 2021 du décès brutal de l’intendant général Stefano Mazzonis, a amené l’Opéra Royal de Wallonie à revoir complètement sa saison.

Depuis le début du règne de Gérard Mortier, voici quarante ans, et en pionnier l’opéra de la Monnaie à Bruxelles a sorti pour un abonnement symphonique complet son orchestre de la fosse, bientôt suivi en cela par l’Opéra des Flandres. La maison d’opéra liégeoise n’a que progressivement et ponctuellement mordu à l’hameçon, essentiellement sous la tutelle de son dernier directeur général, surtout pour des œuvres chorales monopolisant toutes les forces vives du lieu ou pour encadrer des récitals lyriques de prestige de stars internationales du chant. Le rajeunissement complet de l’effectif de cordes et surtout de la petite harmonie a donné un nouveau lustre à la phalange, même si celle-ci manque encore audiblement de repères et de réflexes et de références dans le présent répertoire symphonique.

Seule brève incursion dans le domaine opératique du présent streaming l’ouverture des Nozze di Figaro, carrée et étale, assez éloignée du presto indiqué par la partition, ne prélude point une « folle journée » mais cadre, malgré de belles nuances, juste les ressorts de l’opera buffa, sans une once de pétulance insolente ou de verve spirituelle. De surcroît, des cordes manquent sensiblement de piqué dans l’articulation et un basson solo toujours légèrement retardataire gâche notre plaisir.

L’allegro moderato de la Symphonie « Inachevée » de Franz Schubert est donné avec une placidité atone dans l’expression, loin de toute noirceur vagabonde, de toute urgence menaçante ou cauchemardesque, ou de toute insoutenable tension. Le relâchement de la battue de doublé d’une certaine inexpressivité de sa main gauche semble plomber le discours. L’andante con moto est mieux venu et bien plus lyrique même si derechef, un certain manque de tension globale, et un certain alanguissement de la pulsation ternaire de base en gomment le dramatisme latent et par moment explosif, par de presque trop prévisibles oppositions de nuances et de registres. Il manque de plus cette impalpable immatérialité aux interventions solistes des bois (par ailleurs excellents) ou aux ultimes mesures confiées aux violons en apesanteur, un peu expédiées sans aucune sublime suspension.

L’ouverture de Roméo et Juliette, l’un des incontestables chefs d’œuvre symphoniques de Piotr Ilitch Tchaïkovski, donnée comme souvent dans sa version définitive, souffre tout d’abord d’un effectif de cordes – notamment graves, six violoncelles seulement et quatre contrebasses – trop limité, dicté sans doute par les impératifs du contexte sanitaire. La balance est de facto déséquilibrée face à un pupitre de cuivres rutilant et à une petite harmonie très en verve. De nouveau, c’est la conception globale de l’œuvre, la projection des idées musicales dans la continuité du discours, et la gestion des oppositions par le Maestro Arrivabeni qui posent question. Certes l’aspect plus narratif que purement formel de l’œuvre convient mieux à sa conception du geste musical in fine très opératique. Mais si les sections lentes – toute l’introduction, l’exposition et les retours successifs de thème de l’Amour, ici très pulpeux et chantants – convainquent par leur générosité lyrique, les énoncés du thème de la haine et de la discorde mortifère entre Montaigu et Capulet manquent – par une trop grande neutralité expressive – de tranchant, de rebond rythmique, de vigueur dans les attaques, et de férocité presque animale dans les phrasés. Toute la coda par un élargissement du tempo quelque peu téléphoné finit par s’alanguir assez interminablement.

Il reste à espérer que malgré la relative déception du présent concert, honorable sans plus, mais sympathique et encourageant, la nouvelle équipe administrative et artistique du lieu, probablement désignée sous peu persévèrera dans cette voie, afin d’affermir la couleur orchestrale spécifique et la cohésion symphonique de cette attachante phalange, opérationnelle à cette heure surtout dans le domaine lyrique.

Crédits photographiques : Paolo Arrivabeni © Opéra royal de Wallonie

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 29-IV-2021. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : ouverture des Nozze di Figaro, opera buffa, K. 492; Franz Schubert (1797-1828) : symphonie n° 8 en si mineur D. 759 « Inachevée » – version traditionnelle en deux mouvements ; Piotr Illich Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie, version définitive de 1880. Orchestre symphonique de l’Opéra Royal de Liège-Wallonie, Jean-Gabriel Raelet, konzertmeister. Paolo Arrivabeni, direction
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