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Le mouvement esthétique de Sidi Larbi Cherkaoui pour Alceste

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Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Alceste, tragédie-opéra en trois actes sur un livret de Marius François Louis Gand Lebland et Bailli du Rouillet. Mise en scène et chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Décors : Henrik Ahr. Costumes : Jan-Jan Van Essche. Lumières : Michael Bauer. Avec : Charles Castronovo, ténor (Admète) ; Dorothea Röschmann, soprano (Alceste) ; Michael Nagy, baryton (le grand-père d’Apollon / Hercule) ; Manuel Günther, ténor (Evandre) ; Anna El-Khashem, soprano (choryphée) ; Noa Beinart, contralto (choryphée) ; Caspar Singh, ténor (choryphée) ; Frederic Jost, basse (choryphée) ; Callum Thorpe, basse (l’Oracle / un Dieu infernal) ; Compagnie Eastman d’Anvers ; Chœur et Orchestre du Bayerische Staatsoper ; direction : Antonello Manacorda. 1 DVD Unitel / C Major. Enregistré en live au Bayerische Staatsoper de Munich en mai 2019. Notice en allemand, anglais et français. Durée : 135:00

 

La version parisienne de 1776 d’Alceste de Gluck, où le ballet tient une place prépondérante, donne toute la légitimité au chorégraphe pour assurer la mise en scène de cette nouvelle production du Bayerische Staatsoper. 

C’est dans un Moyen-Orient d’inspiration historique, dépourvu de toute caractérisation sociale entre le peuple et la monarchie, qu’évolue la chorégraphie permanente de , appréciée en salle en 2019. Au cœur d’un décor graphique et minimaliste, menés par la d’Anvers, les pantomimes et les différents ballets sont sublimes, renforcés par une palette de couleurs exaltant la force dramatique de cette tragédie mise en musique. Les mouvements amplifient chaque ligne musicale, leur fluidité étant en parfaite fusion avec les effets de l’orchestre et du drame qui se joue sur le plateau. C’est une chorégraphie fascinante à regarder, particulièrement en raison de la précision étonnante du mouvement, autant sur le plan individuel que collectif.

Mais face à ces mouvements incessants, comme dans d’autres propositions infructueuses, on s’interroge finalement sur l’équilibre à trouver à l’opéra entre la danse et la musique, la proposition chorégraphique étant ici très marquée, plaçant finalement le chant et la musique au second plan. Cela reste toutefois en cohérence avec le profil de l’artiste : Sidi Larbi Cherkaoui est avant tout chorégraphe. Ce constat est perceptible dans le travail concernant la direction d’acteurs, le danseur choisissant le plus généralement un traitement classique, positionnant les solistes en bord de scène, souvent statiques face au public, parfois en agrémentant leur chant d’une vague gestuelle avec leurs mains et leur bras.

Malgré cela, on a de grandes attentes face au casting de stars évoluant sur le plateau. est l’un des meilleurs ténors du moment pour ce type de répertoire. Sous les traits d’Admète, le chanteur est à la hauteur de sa réputation, maniant l’empathie, la tendresse et l’autorité naturelle avec maîtrise et conviction. Son chant, empreint d’un lyrisme mielleux, déploie sans faillir le caractère courageux du héros.

Dans le rôle-titre, est loin d’exploiter toutes les couleurs, pourtant riches, de son personnage. La soprano traite Alceste plutôt comme une mère que comme une femme. C’est une approche froide servie par une technique solide mais affaiblie par un français souvent indistinct, une ligne de chant maladroite, la chanteuse se concentrant sur le texte plutôt que sur les émotions que celui-ci véhicule.

Autour du couple, le charismatique , héroïque sous les traits d’Hercule, propose un français excellent et un timbre uniforme sur l’ensemble de la tessiture. Le plateau est complété par les agréables voix timbrés de et .

Bien qu’élément principal de l’ouvrage, le chœur du Bayerische Staatsoper est bien terne dans cette production. Particulièrement passif, il est positionné selon la disposition du décor choisi, ce qui le desservit tant en termes d’homogénéité, qu’en termes de projection. Pourtant fourni, il semble chanter en retrait par rapport à l’équilibre général de la prise de son.

Dans la fosse, avec les instruments modernes du , joue la partition dans son intégralité, exception faite de la chaconne finale qu’il n’hésite pas à supprimer. Ce choix est étonnant quand on voit la place de la danse dans cette production. Au-delà de cela, l’orchestre manque beaucoup de tempérament : les tempi traînent, les phrases s’engluent, les accents sont ternes… en faveur du pouvoir de la danse, assurément !

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Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : Alceste, tragédie-opéra en trois actes sur un livret de Marius François Louis Gand Lebland et Bailli du Rouillet. Mise en scène et chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui. Décors : Henrik Ahr. Costumes : Jan-Jan Van Essche. Lumières : Michael Bauer. Avec : Charles Castronovo, ténor (Admète) ; Dorothea Röschmann, soprano (Alceste) ; Michael Nagy, baryton (le grand-père d’Apollon / Hercule) ; Manuel Günther, ténor (Evandre) ; Anna El-Khashem, soprano (choryphée) ; Noa Beinart, contralto (choryphée) ; Caspar Singh, ténor (choryphée) ; Frederic Jost, basse (choryphée) ; Callum Thorpe, basse (l’Oracle / un Dieu infernal) ; Compagnie Eastman d’Anvers ; Chœur et Orchestre du Bayerische Staatsoper ; direction : Antonello Manacorda. 1 DVD Unitel / C Major. Enregistré en live au Bayerische Staatsoper de Munich en mai 2019. Notice en allemand, anglais et français. Durée : 135:00

 
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