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Le suprême Werther de Benjamin Bernheim à l’Opéra de Bordeaux

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Bordeaux. Auditorium. 31-I-2022. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en quatre actes sur un livret d’Edouard Blau, Paul Milliet & Georges Hartmann, d’après Johann Wolfgang von Goethe. Mise en scène : Romain Gilbert. Décors et costumes : Mathieu Crescence. Lumières : François Menou. Avec : Benjamin Bernheim, Werther ; Michèle Losier, Charlotte ; Lionel Lhote, Albert ; Florie Valiquette, Sophie; Marc Scoffoni, le Bailli ; François-Nicolas Geslot, Schmidt ; Yuri Kissin, Johann ; Maîtrise JAVA (chef de chœur : Marie Chavanel), Orchestre national Bordeaux Aquitaine, direction : Pierre Dumoussaud

Après une prise de rôle exceptionnelle en Chevalier des Grieux à l’Opéra de Bordeaux en 2019, continue son exploration de Massenet avec, de nouveau ici, une prise de rôle toute aussi remarquable de Werther.


Le travail du metteur en scène , présenté à l’auditorium, est de ceux qui laissent partagés car si certains tics peuvent agacer, son regard apporte parfois aussi de belles perspectives.

En replaçant les enfants au centre du drame (les enfants de Charlotte, les enfants qu’ont été Werther et Charlotte), suit les réflexions de Werther sur la pureté de l’enfance. Il en fait des spectateurs, tournoyants impuissants autour du drame, ce qui apporte des mises en abyme plutôt intéressantes. Il réussit également à donner une belle épaisseur au rôle secondaire de Sophie dont souvent les metteurs en scène ne savent que faire. Souvent fade, le personnage est ici plus complexe, amoureuse sans ambiguïté de Werther, elle jalouse cette sœur (Charlotte) que tout le monde regarde et admire.

Le problème est que ces mises en perspectives engendrent des agitations permanentes sur scène, y compris dans les moments les plus dramatiques qui juxtaposent action principale et secondaire. On finit alors par s’agacer du tournoiement incessant des décors et de cette surcharge d’action pas toujours dosée qui détournent souvent de l’écoute et de l’émotion. C’est dommage car la proposition est assez intéressante y compris esthétiquement avec ce camaïeu de gris des décors d’où se détachent des costumes colorés et chatoyants qui expriment beaucoup de la psychologie des personnages.

La distribution, parfaitement homogène et bien dirigée recèle quant à elle des trésors. Au fil des rôles, il semble que est en train de devenir une référence dans le répertoire français. Clarté de la diction, fluidité de la prosodie et puissance de l’émission lui permettent de communiquer avec une grande simplicité d’approche l’émotion du drame. Le timbre, particulièrement séduisant, et la technique irréprochable lui permettent d’affronter les aigus, les demi-teintes et d’apporter les couleurs nécessaires pour jouer entre l’intimité de l’air d’entrée (« c’est bien ici la maison du bailli), la puissance dévastatrice de l’invocation au seigneur à l’acte II (« Lorsque l’enfant revient d’un voyage avant l’heure ») et le charme romantique du fameux lied d’Ossian. On ne voit pas beaucoup de rival sur ce terrain.

La Charlotte de est peut-être un peu plus monochrome et le personnage semble moins abouti. La mezzo expose néanmoins un timbre capiteux qui séduit instantanément et elle négocie en outre parfaitement bien la puissance des airs successifs de l’acte III avec une vaillance confondante.

est une superbe Sophie qui bénéficie du regard nouveau apporté par le metteur en scène qui lui donne plus à jouer que sa partenaire. Timbre séduisant, aigus percutants et surtout une très belle présence confèrent à cette Sophie un charme nouveau.

L’Albert du baryton est également particulièrement bien dessiné et le style est irréprochable. Il en va de même pour le bailli de et les Schmidt et Johann de et qui valorisent parfaitement ces personnages secondaires mais qui campent aussi une atmosphère.

La très belle prestation des enfants de la maîtrise JAVA, précis et impliqués dans leurs personnages est également à saluer.

Enfin, après des débuts hésitants, l’Orchestre national de Bordeaux Aquitaine répond avec ferveur à la direction onctueuse de qui sait aussi apporter les coups de fouets nécessaires et valoriser le frémissement des cordes dans les passages dramatiquement intenses comme par exemple la confrontation Werther/Charlotte au III. Un Werther assez incandescent au final et une belle soirée en somme malgré un tiers des places vides qui nous rappelle que le drame n’est pas que sur scène.

Crédit photographique : © Eric Bouloumié

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Bordeaux. Auditorium. 31-I-2022. Jules Massenet (1842-1912) : Werther, drame lyrique en quatre actes sur un livret d’Edouard Blau, Paul Milliet & Georges Hartmann, d’après Johann Wolfgang von Goethe. Mise en scène : Romain Gilbert. Décors et costumes : Mathieu Crescence. Lumières : François Menou. Avec : Benjamin Bernheim, Werther ; Michèle Losier, Charlotte ; Lionel Lhote, Albert ; Florie Valiquette, Sophie; Marc Scoffoni, le Bailli ; François-Nicolas Geslot, Schmidt ; Yuri Kissin, Johann ; Maîtrise JAVA (chef de chœur : Marie Chavanel), Orchestre national Bordeaux Aquitaine, direction : Pierre Dumoussaud

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