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Yuja Wang et l’Orchestre de Paris, un concert œcuménique

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 9-III-2022. Igor Stravinsky (1882-1971) : Ebony Concerto pour clarinette et jazz band ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre en fa dièse mineur op. 1 ; Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem op. 9. Philippe Bérrod, clarinette. Yuja Wang, piano. Valentina Pluzhnikova, mezzo-soprano. Lurii Samoilov, baryton. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Klaus Mäkelä

Voilà un concert œcuménique, haut en couleur, auquel nous convie l’ qui concile les accents jazzy de l’Ebony Concerto de Stravinsky interprété par Philippe Bérrod, les langueurs romantiques du Concerto pour piano n° 1 de Rachmaninov avec en soliste et l’élégance recueillie du Requiem de Duruflé.

Deux compositeurs russes, il est vrai exilés, deux chanteurs ukrainiens et une œuvre religieuse modèle de sérénité et de paix, voilà de quoi réaffirmer haut et fort la vocation humaniste de la musique en ces temps troublés…

Parmi les œuvres de Stravinsky inspirées par le jazz, L’Ebony concerto est sans doute la pièce la plus ambitieuse. Elle tire son intérêt plus de sa rareté sur scène que de sa qualité musicale propre. Suivant le modèle du concerto grosso, l’œuvre créée en 1946 à New York comprend trois mouvements où la clarinette n’apparait que par courtes touches face au jazz-band de l’, d’abord dans un dialogue aux rythmes syncopés, puis dans un blues mélancolique et mystérieux pour s’achever enfin dans une succession de variations alternant les solos virtuoses (clarinette, contrebasse et saxophone). , première clarinette solo de l’orchestre, nous en livre une belle lecture, suivie d’un impressionnant « bis » emprunté aux Trois pièces pour clarinette solo du même compositeur.

Place ensuite à pour une magnifique interprétation du Concerto pour piano n° 1 de Rachmaninov. Une œuvre de jeunesse (1891) révisée en 1917 qui porte déjà les stigmates du Rachmaninov de la maturité par sa slavitude sombre caractéristique, faite d’effusions lyriques (parfois légèrement sirupeuses) et de théâtralité virtuose. Le premier mouvement Vivace est entamé par les appels de fanfare et un thème mélodique aux cordes avant que le piano ne prenne la parole en parfaite symbiose avec l’orchestre. On admire d’emblée la souplesse, la variété et la poésie du toucher de Yuja Wang qui répond à la dynamique furieuse et contrastée (cuivres et percussions) de la phalange parisienne conduite de mains de maitre par . L’Andante méditatif pousse l’émotion à son comble, véritablement habité, tandis que les notes égrenées du piano se développent sur de superbes contrechants de basson et cordes graves. L’Allegro final renoue avec l’alternance tension-détente du premier mouvement dans une joute jubilatoire et virtuose entre soliste et orchestre. Deux bis contrastés plein d’à propos succèdent à cette belle interprétation : la très virtuose Toccatina de Kapustin extraite du Concert-Etude op. 40 n° 3 et la lancinante et très narrative Marguerite au rouet de Schubert.

La seconde partie apporte un moment bienvenu d’espoir, de paix et de sérénité avec le Requiem de , vaste prière en neuf mouvements dont nous livre une vision recueillie pleine de ferveur où se trouvent réunies tout à la fois, dans une étroite complicité atteignant à l’égrégore, l’excellence du chœur, l’élégance de la direction, la richesse de l’ orchestration ( harpe et orgue) et un couple de solistes irréprochables ( dans un poignant Pie Jesu avec accompagnement de violoncelle et Lurii Samoilov portant le drame du Libera me sur un impressionnant crescendo fortement cuivré).

Crédit photographique : © Julia Wesely

La position de la Philharmonie de Paris vis à vis des artistes russes

 

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 9-III-2022. Igor Stravinsky (1882-1971) : Ebony Concerto pour clarinette et jazz band ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre en fa dièse mineur op. 1 ; Maurice Duruflé (1902-1986) : Requiem op. 9. Philippe Bérrod, clarinette. Yuja Wang, piano. Valentina Pluzhnikova, mezzo-soprano. Lurii Samoilov, baryton. Chœur de l’Orchestre de Paris. Orchestre de Paris, direction : Klaus Mäkelä

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