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Alcina par Jossi Wieler et Anna Viebrock, un classique de retour à Stuttgart

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Stuttgart. 30-IV-2022. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Alcina, opéra en trois actes. Mise en scène : Jossi Wieler, Sergio Morabito ; décor et costumes : Anna Viebrock. Avec Elena Tsallagova (Alcina) ; Diana Haller (Ruggiero) ; Claudia Muschio (Morgana) ; Alexandra Urquiola (Bradamante) ; Moritz Kallenberg (Oronte) ; Andrew Bogard (Melisso) ; Rowan Pierce (Oberto). Staatsorchester Stuttgart ; direction : Christopher Moulds.

L’opéra de Haendel est ici un fort moment de théâtre, mais dans une réalisation musicale trop terne.

a dirigé l’Opéra de Stuttgart de 2011 à 2018, mais c’est dès le début de sa longue carrière à l’opéra qu’il a commencé à y travailler comme metteur en scène invité. Cette mise en scène d’Alcina, dont la captation est depuis longtemps disponible en DVD, a été jouée un peu partout (à Lyon pour la France), mais c’est bien à Stuttgart qu’elle a été créée, en 1998 : près d’un quart de siècle après, il faut naturellement faire fi du passage des modes pour retrouver ses qualités qui ne sont pas minces. La large disponibilité des captations est certes une bonne chose pour qui ne peut courir les scènes lyriques d’Europe, mais cette Alcina est un bon exemple des limites du genre : la caméra en elle-même, mais beaucoup plus les choix de réalisation stéréotypés qui donnent une place excessive aux gros plans écrasent cruellement un spectacle qui joue admirablement de l’espace, dans l’extraordinaire décor d’.

Bien sûr que ce décor ne prétend pas faire voir les sortilèges d’Alcina : ce papier peint défraîchi est bien plutôt le cadre prosaïque qu’ils ne parviennent pas à nous cacher. Un grand miroir, ou plutôt le cadre seul de ce miroir, domine le fond de scène ; parfois simplement décoratif, il est le cadre des moments les plus troublants du spectacle, quand les personnages s’y mirent et ne s’y voient pas toujours. Morgana amoureuse de Bradamante dans son costume d’homme se mire en elle jusqu’au moment crucial où celle-ci dévoile sa féminité – et elle s’effondre alors bouleversée. La mise en scène de pourrait sembler n’être qu’une simple direction d’acteurs tant elle est sobre, mais elle établit une subtile cartographie des interactions entre les personnages, par un travail de détail que cette reprise parvient à ressusciter efficacement.

On aurait à vrai dire aimé une direction un peu plus vivante, un peu plus fouillée, et une préparation plus intense des chanteurs : on n’en revient certes pas aux pesanteurs dont les adversaires des instruments anciens ont cru devoir longtemps affubler la musique ancienne, mais le plus bel opéra de Haendel, ou l’un des plus beaux, sonne ici un peu comme de la musique écrite au kilomètre comme certains de ses contemporains pouvaient en produire. C’est sans doute là ce qui explique une certaine monotonie dans la distribution : , Mélisande de haut rang, Renarde enchantée, peine dans ce qui est peut-être le plus lourd des rôles haendeliens, comme si la voix saturait sans parvenir à susciter l’émotion. et la jeune Alexandra Urquiola n’ont pas les mêmes difficultés, mais l’émotion reste à distance, tout comme chez dans le rôle pourtant si payant de Morgana – mais c’est sans doute d’abord à la direction qu’il faut imputer cette distance. Outre un joli Oberto très androgyne (Rowan Pierce), c’est du seul ténor de la soirée, Moritz Kallenberg, que viennent les plus beaux moments de chant de la soirée, avec délicatesse et style.

Crédits photographiques : © Martin Sigmund

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Stuttgart. 30-IV-2022. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Alcina, opéra en trois actes. Mise en scène : Jossi Wieler, Sergio Morabito ; décor et costumes : Anna Viebrock. Avec Elena Tsallagova (Alcina) ; Diana Haller (Ruggiero) ; Claudia Muschio (Morgana) ; Alexandra Urquiola (Bradamante) ; Moritz Kallenberg (Oronte) ; Andrew Bogard (Melisso) ; Rowan Pierce (Oberto). Staatsorchester Stuttgart ; direction : Christopher Moulds.

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