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Fin de Partie à Paris, confirmation d’un chef-œuvre

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Paris. Opéra Bastille, Opéra de Paris. 05-V-2022. György Kurtág (né en 1928) : Fin de Partie, opéra en un acte d’après la pièce éponyme de Samuel Beckett. Mise en scène : Pierre Audi. Décors & Costumes : Christof Hetzer. Lumières : Urs Schönebaum. Dramaturgie : Klaus Bertisch. Avec : Frode Olsen, Hamm ; Leigh Melrose, Clov ; Hilary Summers, Nell ; Leonardo Cortellazzi, Nagg. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction musicale : Markus Stenz

Créé en 2018 à Milan et passé depuis par Amsterdam et Valence, Fin de Partie de confirme à Paris, avec la même équipe artistique, son statut de chef-d’œuvre.


D’une longue gestation, qui avait laissé penser après le report de 2015 et la mort de Luc Bondy cette même année que l’œuvre ne serait jamais achevée, Fin de Partie a finalement vu le jour, en 2018 à la Scala de Milan, alors que le tout nouveau compositeur d’opéra affichait maintenant 92 ans. Créé dans la mise en scène de , l’ouvrage est ensuite remonté à l’Opéra d’Amsterdam et enfin proposé à Paris cette saison, dans l’écrin de Garnier.

Le public est clairsemé et, comme toujours pour ce type de pièce compliquée si l’on ne s’y concentre pas intégralement, quelques têtes disparaissent pendant la représentation. Cependant, les applaudissements nourris aux saluts confirment la qualité globale de la production, tandis que la musique rappelle à chaque instant la puissance de la partition, déjà décrite lors de la création quatre ans plus tôt. Et en effet, dès le prologue, chanté par Nell d’un cadre en hauteur découpé dans un rideau noir, le génie de l’écriture de se démarque, tant sur la ligne vocale que sur le matériau orchestral.

Dans la continuité de Debussy puis Messiaen, les parties de voix ne recherchent jamais de lyrisme pour bien plutôt faire ressortir la prosodie du texte, majoritairement en français, puisque le livret est adapté de la version originale de la pièce de Beckett, écrite en français. Quelques incursions en anglais sont également ajoutées avec un Roundelay Poem de 1974, intégré en guise de Prologue, ainsi que le plus marquant extrait de The Tempest de Shakespeare, Our revels now are ended, à même de faire croire à une partie du public que la soirée est achevée, alors qu’elle n’en est qu’aux deux-tiers.

Les quatre chanteurs de la création sont à nouveau présents, à commencer par , toujours parfaitement à l’aise avec la partie aigre de Nell, magnifique notamment dans la grande scène des Poubelles à côté du Nagg burlesque de . apporte avec Clov une énergie différente au plateau, toujours bien en jambes bien que boiteux, et à côté de Hamm, le rôle principal, amputé des deux membres inférieurs et donc sur une chaise roulante pendant toute la représentation. Ce dernier tenu par intéresse particulièrement par sa technique de chant, jamais pleine mais au contraire toujours dans la retenue, à même de créer une distance forte dans ses rapports avec les autres protagonistes.


En fosse, lui aussi dans le projet depuis Milan parvient avec l’Orchestre de l’Opéra de Paris aux mêmes fins qu’avec celui de La Scala. Le matériau complexe et souvent fragmentaire se voit alors toujours parfaitement adapté à la scène, d’une manière presque cinématographique, par exemple dans la création de lignes de tension pour accompagner des corps de scènes ou de phrases. Les citations musicales ne sont pas non plus absentes, et en ressort particulièrement celle de Wotan, magnifiquement mise en valeur aux cuivres pendant que sur scène, Hamm vient de récupérer une lance et projette son image de faux dieu par jeu d’ombre sur le mur de la maison.

Basée sur la mise en scène de 1957 de Beckett lui-même, vue à l’époque par Kurtág, la production de ne cherche pas à renouveler la lecture d’une œuvre déjà superbement mise en valeur par la musique. Elle l’accompagne donc avec une simple maison emboitée au centre de la scène, un décor de qui n’oublie pas les deux fameuses poubelles des parents pour la grande scène homonyme. Les lumières d’Urs Schönebaum apportent leur part à la qualité du spectacle, également bien traité par la dramaturgie soignée de Klaus Bertisch. Conclu par un tutti en forme de grand choral symphonique, Fin de Partie assume à Paris déjà pleinement ce qu’il est : un chef-d’œuvre !

Crédits photographiques : © Sébastien Mathe

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Paris. Opéra Bastille, Opéra de Paris. 05-V-2022. György Kurtág (né en 1928) : Fin de Partie, opéra en un acte d’après la pièce éponyme de Samuel Beckett. Mise en scène : Pierre Audi. Décors & Costumes : Christof Hetzer. Lumières : Urs Schönebaum. Dramaturgie : Klaus Bertisch. Avec : Frode Olsen, Hamm ; Leigh Melrose, Clov ; Hilary Summers, Nell ; Leonardo Cortellazzi, Nagg. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction musicale : Markus Stenz

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