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Au Verbier Festival, un Don Giovanni de plus

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Verbier. Salle des Combins. 16-VII-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni KV 527, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en espace : David Sakvarelidze. Avec : Peter Mattei, Don Giovanni ; Olga Peretyatko, Donna Anna ; Bogdan Volkov, Don Ottavio ; Alexandros Stavrakakis, Il Commendatore ; Julien van Mellaerts, Masetto ; Magdalena Kožená, Donna Elvira ; Mikhail Petrenko, Leporello ; Anna El-Khashem, Zerlina. Choeur de l’Atelier Lyrique de l’Academy. Verbier Festival Chamber Orchestra. Direction : Gábor Takács-Nagy.

Salle comble pour honorer Don Giovanni, le chef d’oeuvre de Wolfgang Amadeus Mozart animé par une distribution plus prestigieuse sur le papier que sur la scène.

Certes l’affiche est alléchante. Avec Don Giovanni, l’un des plus grands opéras du répertoire lyrique, le Verbier Festival s’assure d’une audience record. Surtout qu’au détour de la distribution, la plupart des artistes engagés ici ne sont pas des inconnus. Ni des spécialistes, ni du grand public. A commencer par (Don Giovanni) qui, dès son entrée en scène, fait montre d’une grande aisance physique et vocale. Sans excès, sans autre atout qu’une présence intelligente, il déroule son personnage avec verve. Le geste est précis, mesuré, séducteur attentionné, il emporte la palme en charmant avec tact une fraiche et pimpante Anna El-Kashem (Zerlina) dans un « La, ci darem la mano » exemplaire, un des rares moments suspendus de cette soirée.

En effet, si certains chanteurs se révèlent à la hauteur de leur engagement, comme nous le notons plus haut, d’autres laissent une impression mitigée quant à leur présence dans cet opéra. En premier lieu, la voix trop lourde d’ (Donna Anna) déçoit avec une interprétation dénuée de l’esprit, du phrasé et de l’agilité que Mozart demande. Avec une diction des plus précaires, la soprano se porte au bord du faux pas dans les vocalises de son « Non dir mi, bell’idol mio ». Si la faconde et les bondissements scéniques ont forgé la réputation de (Leporello) dans le rôle du serviteur de Don Giovanni, ici, ses qualités servent d’écran à une voix qui s’est considérablement épaissie à force de fréquentations avec les partitions wagnériennes, straussiennes et autres de ces dernières années. Son « Madamina, il catalogo è questo » manque sensiblement des couleurs mozartiennes qu’on espère, laissant parfois entendre d’étranges sonorités caverneuses dans le registre du bas médium. Enfin, la présence de la mezzo-soprano (Donna Elvira) apparait comme une intéressante initiative. Si on sait ce que l’art lyrique doit à la chanteuse, force est de constater que ce rôle ne convient malheureusement plus à ses moyens vocaux actuels. La voix est fatiguée et si quelques aigus sonnent encore, le registre grave apparait inexistant
.

Nous avions entendu le baryton personnifiant un Papageno hilarant lors d’une Flûte Enchantée par l’Académie du Verbier Festival en 2019. Si aujourd’hui, il ne crève pas l’écran, la faute au rôle ingrat de Masetto qu’il interprète tant vocalement que scéniquement avec beaucoup de sagesse et de retenue. La basse (Le Commandeur) s’affirme avec son imposante voix qu’il conduit avec maîtrise. Très heureuse surprise avec le ténor (Don Ottavio). Bien souvent, ce rôle est attribué à des ténors légers (ou qui voudraient l’être) faisant du personnage de l’amoureux sempiternellement éconduit un pauvre imbécile. Rien de tel avec . Armé d’une belle puissance, d’une étendue vocale qu’il domine parfaitement, d’un légato magnifique, c’est pur régal que d’entendre son « Dalla sua pace » chanté sans aucune mièvrerie. Un plaisir reconduit dans son « Il mio tesoro intanto » où la perfection de sa ligne de chant fait merveille.

Tout ce beau monde était accompagné par un apparu un peu trop discret sous la direction néanmoins précise d’un toujours aussi démonstratif dans ses intentions musicales.

Quand bien même ce Don Giovanni nous est apparu peu convaincant et manquant d’unité de style, le public lui a réservé un bel accueil.

Crédit photographique : © Nicolas Brodard et Agnieszka Biolik

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Verbier. Salle des Combins. 16-VII-2022. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni KV 527, dramma giocoso en deux actes sur un livret de Lorenzo Da Ponte. Mise en espace : David Sakvarelidze. Avec : Peter Mattei, Don Giovanni ; Olga Peretyatko, Donna Anna ; Bogdan Volkov, Don Ottavio ; Alexandros Stavrakakis, Il Commendatore ; Julien van Mellaerts, Masetto ; Magdalena Kožená, Donna Elvira ; Mikhail Petrenko, Leporello ; Anna El-Khashem, Zerlina. Choeur de l’Atelier Lyrique de l’Academy. Verbier Festival Chamber Orchestra. Direction : Gábor Takács-Nagy.

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