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Un sanglant Peter Grimes à Nuremberg

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Nuremberg. Opernhaus. 16-VII-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra sur un livret de Montagu Slater d’après George Crabbe. Mise en scène : Tilman Knabe ; décor : Annika Haller, Wilfried Buchholz ; costumes : Eva-Mareike Uhlig. Avec : Peter Marsch (Peter Grimes) ; Emily Newton (Ellen Orford) ; Sangmin Lee (Balstrode) ; Almerija Delic (Auntie) ; Chloë Morgan, Nayun Lea Kim (Nieces) ; Hans Kittelmann (Bob Boles) ; Nicolai Karnolsky (Swallow) ; Marta Świderska (Mrs. Sedley) ; Ferdinand Keller (Rev. Horace Adams) ; Marko Pantelić (Ned Keene) ; Marlo Honselmann (Hobson). Chœur du Théâtre national de Nuremberg ; Philharmonie nationale de Nuremberg ; direction : Lutz de Veer

La mise en scène de passe à côté du sujet, mais une belle distribution sauve la soirée.

Peter Grimes est à la mode cette saison en Bavière : les opéras des trois plus grandes villes de Bavière ont programmé cet opéra qui n’est pourtant, ni pour les spectateurs, ni pour les interprètes, le plus facile des opéras de Britten. Cette étape nurembergeoise, après le plat spectacle de Stefan Herheim à Munich, commence plutôt bien : la scène s’entrouvre à peine pour le procès de Grimes ne révélant que l’espace clos de son domicile, une caravane où on le voit dormir avec Ellen. Les voix du juge, des témoins et de la foule, viennent des hauteurs de la salle. Hélas, ce qui pourrait ouvrir la voie à une interprétation psychologique n’est qu’un faux départ : le metteur en scène préfère la violence physique à l’intensité psychologique, et le faux sang coule à flot, par exemple du nez de l’agaçant méthodiste Bob Boles qui se fait régulièrement violenter. Même Balstrode, le seul soutien de Grimes dans la communauté villageoise, est confronté à la violence physique de Grimes. Pendant le prélude du troisième acte, un texte raconte l’histoire d’un meurtrier et violeur d’enfants des années 1960 et de son procès, où les traumatismes d’enfance du meurtrier ont été négligés pour ne pas risquer d’engager la responsabilité de la société tout entière. La violence de Grimes, dans l’opéra, est incontestable, mais il n’est pas très malin de vouloir à tout prix l’extérioriser plutôt que d’essayer d’en comprendre les ressorts. Le pire est dans la scène de la mort de l’enfant à la fin de l’opéra : dès le début de la scène, l’enfant est étendu sur un lit, entièrement recouvert de son sang. Le contresens ne pouvait être plus grand.

, interprète du rôle-titre, est depuis un quart de siècle membre de la troupe de l’Opéra de Francfort. Son timbre est un peu ingrat, mais il tient le rôle jusqu’au bout avec beaucoup de présence. apporte à son personnage d’Ellen Orford toute la lumière nécessaire pour faire de son personnage l’indispensable respiration de cette sombre histoire, et est tout ce qu’on peut rêver du personnage empathique de Balstrode, avec chaleur vocale, charisme et humour. Ils sont entourés par une excellente distribution de seconds rôles – citons, presque au hasard, Hans Kittelmann (Bob Boles) ou Marko Pantelić (Ned Keene). Le chef dirige avec énergie, parfois un peu trop, au risque de surcharger dramatiquement une œuvre qui n’a pas besoin de cela, et les grands ensembles où il faut faire cohabiter le chœur avec beaucoup de solistes, toujours difficiles à réussir, ne sont pas toujours d’une grande clarté.

Crédits photographiques : Pedro Malinowski (1), Ludwig Olah (2).

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Nuremberg. Opernhaus. 16-VII-2022. Benjamin Britten (1913-1976) : Peter Grimes, opéra sur un livret de Montagu Slater d’après George Crabbe. Mise en scène : Tilman Knabe ; décor : Annika Haller, Wilfried Buchholz ; costumes : Eva-Mareike Uhlig. Avec : Peter Marsch (Peter Grimes) ; Emily Newton (Ellen Orford) ; Sangmin Lee (Balstrode) ; Almerija Delic (Auntie) ; Chloë Morgan, Nayun Lea Kim (Nieces) ; Hans Kittelmann (Bob Boles) ; Nicolai Karnolsky (Swallow) ; Marta Świderska (Mrs. Sedley) ; Ferdinand Keller (Rev. Horace Adams) ; Marko Pantelić (Ned Keene) ; Marlo Honselmann (Hobson). Chœur du Théâtre national de Nuremberg ; Philharmonie nationale de Nuremberg ; direction : Lutz de Veer

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