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Le retour décevant de Capriccio à Munich

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Munich. Prinzregententheater. 17-VII-2022. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, opéra en un acte sur un livret de Clemens Krauss et Richard Strauss. Mise en scène : David Marton ; décors : Christian Friedländer ; costumes : Pola Kardum. Avec : Diana Damrau (La Comtesse) ; Michael Nagy (le Comte) ; Pavol Breslik (Flamand) ; Vito Priante (Olivier) ; Kristinn Sigmundsson (La Roche) ; Tanja Ariane Baumgartner (Clairon) ; Toby Spence (Monsieur Taupe) ; Deanna Breiwick, Galeano Salas (Deux chanteurs italiens) ; Christian Oldenburg (Majordome)… Orchestre national de Bavière ; direction : Lothar Koenigs

Une belle distribution dominée par est plombée par la fosse et par la mise en scène de .

On pourra trouver cela difficile à croire, mais c’est ainsi : l’Opéra de Munich, qui en a accueilli la création, n’a plus vu Capriccio depuis plus de deux décennies, la dernière nouvelle production datant de 1988. Pour rompre ce ban, a choisi d’importer une production qu’il avait demandée à David Marton pour l’Opéra de Lyon il y a déjà une décennie, plutôt qu’une nouvelle mise en scène, et ce au Prinzregententheater plutôt qu’au Nationaltheater, avec deux fois moins de places et une possibilité de reprise bien moindre, puisque ce théâtre rescapé des bombes n’est loué que quelques semaines par an par l’Opéra de Bavière. Ce n’est pas un hasard : que cette inoffensive idylle rococo ait été créée à moins de vingt kilomètres du camp de concentration de Dachau, en octobre 1942, en pleine bataille de Stalingrad, n’est certainement pas innocent et ne peut être banalisé comme simple refuge dans la sphère artistique.

Accueilli alors plutôt favorablement, ce spectacle paraît aujourd’hui terriblement daté, entre autres parce qu’il ne tient que maladroitement compte de ce contexte, à travers des actions marginales dans la deuxième partie de la soirée (on se demande bien ce qui justifie d’ailleurs la présence d’un entracte). On ne se souvient pas d’avoir vu décor plus monumental sur la scène du Prinzregententheater : ce théâtre vu en coupe, qui crée une variété d’espaces de jeu (la scène, la fosse, la salle, les loges, et plus discrètement les dessous), est bien mal utilisé. On ne sait jamais pourquoi telle scène se déroule à tel endroit ; l’impression recherchée est visiblement celle du naturel, où la société passe d’un endroit à l’autre presque sans s’en rendre compte, mais le résultat est tout l’inverse. Qui plus est, ce vaste espace se révèle acoustiquement désastreux, avalant et éloignant les voix, ce qui est un comble dans une salle où on pouvait espérer au contraire de l’intimité.

Le problème central de la soirée, cependant, est musical. La distribution est extrêmement prometteuse et les prestations individuelles ne déçoivent pas. Ce qui ne va pas et plombe toute la soirée, c’est la direction de , chef souvent invité à Munich pour des soirées de routine, et qui reçoit cette fois l’honneur d’une première. L’Orchestre de l’Opéra de Munich peut faire beaucoup mieux dans les opéras de que cette couleur chargée et cette indifférence expressive, bien des chefs l’ont montré, mais ce n’est pas tout. Le Konversationston, imitant le naturel d’une conversation spontanée, est le cœur de l’œuvre, plus que dans tous les opéras précédents de Strauss ; ici, aucun chanteur ne parvient à cet indispensable naturel, si bien qu’on les surprend à avaler des syllabes ou à se trouver régulièrement en décalage avec l’orchestre. Dans une pièce qui permet une compréhension directe du texte, on tend l’oreille pour comprendre un mot sur deux.

Tanja Ariane Baumgartner est sans doute celle qui s’en sort le mieux dans ces conditions, mais son timbre et sa présence vocale seraient bien mieux mis en valeur si elle était mieux soutenue. a tout d’un excellent comte et parvient généralement à surnager, mais – qui n’est pas germanophone, mais se montre souvent capable d’une très bonne diction – est beaucoup plus en difficulté. Le charme et l’élégance de sa voix ne peuvent que compenser l’impression de flou qu’on en retire, ce qui vaut d’ailleurs aussi pour son rival . , dont les spectateurs parisiens de l’ère Gall se souviennent certainement, est quand à lui au bord du naufrage, sa présence sympathique ne compensant pas un chant terriblement désordonné, par à-coups.

, la reine de cette petite société, n’est pas plus à l’aise que ses collègues dans les passages les plus proches d’une conversation naturelle, mais elle a pour elle la grande scène finale, où son chant peut se déployer plus librement. Elle s’y montre moins aristocratique que ses grandes devancières et le timbre fait toujours penser à la Zerbinetta qu’elle a été sur la même scène il y a quinze ans, mais on respire en entendant enfin ce beau chant libre, généreux et émouvant.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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Munich. Prinzregententheater. 17-VII-2022. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, opéra en un acte sur un livret de Clemens Krauss et Richard Strauss. Mise en scène : David Marton ; décors : Christian Friedländer ; costumes : Pola Kardum. Avec : Diana Damrau (La Comtesse) ; Michael Nagy (le Comte) ; Pavol Breslik (Flamand) ; Vito Priante (Olivier) ; Kristinn Sigmundsson (La Roche) ; Tanja Ariane Baumgartner (Clairon) ; Toby Spence (Monsieur Taupe) ; Deanna Breiwick, Galeano Salas (Deux chanteurs italiens) ; Christian Oldenburg (Majordome)… Orchestre national de Bavière ; direction : Lothar Koenigs

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