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L’émouvant retour de Herbert Blomstedt à Berlin

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Berlin. Philharmonie. 30-IX-2022. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 3 D. 200 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7 op. 92. Berliner Philharmoniker, direction : Herbert Blomstedt

Diminué physiquement mais toujours présent, le doyen du monde musical offre une séduisante Septième symphonie de Beethoven.


Il est bien là. Après une pause forcée de près de trois mois et une première série de concerts à Stockholm, a pu poursuivre ses activités cette semaine à Berlin. Il partage avec la défunte reine d’Angleterre une affection respectueuse que lui vaut son grand âge, une fascination pour ce qui en fait un phénomène et qui dépasse toute considération musicale. Pourtant, même dans une condition physique fragile (il entre soutenu par le premier violon et dirige assis), le plus grand respect qu’on peut lui montrer est de se concentrer sur l’essentiel : la musique.

Le hasard qui fait bien les choses a fait que ce court programme berlinois, lui, n’invitait pas à la mélancolie, avec deux œuvres parmi les plus souriantes du répertoire, loin des grandes machines métaphysiques que Blomstedt interprète par ailleurs admirablement – son dernier concert berlinois offrait ainsi la Cinquième symphonie de Bruckner. L’introduction lente de la juvénile Troisième symphonie de Schubert a une sereine grandeur, avec gravité, mais sans pesanteur ; la partie rapide qui suit en garde quelque chose : sa vivacité bondissante n’est pas que fluidité, les rythmes sont marqués et les couleurs saturées – celles des solistes des vents, notamment Albrecht Mayer au hautbois, plutôt qu’une flûte parfois forcée, mais aussi celles des cordes sensuelles et riches, jamais réduites au rôle d’accompagnement.

Le deuxième mouvement ensuite est joué avec une telle lenteur qu’il ne mérite plus guère d’être appelé allegretto, si relatives que soient par nature ces indications ; on peut admirer tel ou tel détail, mais une approche aussi extrême aurait besoin d’un investissement plus poussé pour pouvoir convaincre. Les deux mouvements suivants, heureusement, retrouvent du rythme, de l’allant, sans aller aussi dans l’humour que ce que permet la partition : il y a dans le finale une forme de nervosité inquiète qui n’est pas pleinement satisfaisante.

La Septième symphonie de Beethoven ensuite ne laisse pas la place à des critiques similaires. L’Allegretto qui tient lieu ici encore de mouvement lent a cette fois tout l’allant requis : Blomstedt ne laisse pas de place au pathos, soulignant le rythme et le travail des couleurs – ce n’en est que plus émouvant.

Le premier mouvement, lui, retrouve une ampleur, une respiration, qui ne manque pas de drame quand il le faut, mais qui fait aussi chanter l’orchestre, sans jamais se presser, mais sans laisser s’alanguir le discours. Les tempi trop lents chez Schubert n’étaient pas une question de force physique : l’énergie des deux derniers mouvements de la Septième, rapides mais jamais brusqués, ont toute la séduction dont est capable Blomstedt, chef aussi souvent sensuel et chaleureux qu’il est dramatique et tourmenté, avec une élégance irrésistible.

L’, naturellement, donne le meilleur de lui-même, comme il le fait toujours pour les chefs qu’il admire. Les solistes des vents autour d’Albrecht Mayer sont à la fête pour un pareil programme, mais ce que font entendre les cordes dans le fugato du deuxième mouvement de la symphonie de Beethoven est précisément ce qui fait la réputation de l’orchestre. Une telle collaboration entre un chef et un orchestre d’exception ne peut qu’enthousiasmer le public ; on sort du concert, cependant, en se demandant si ce n’est pas la dernière fois qu’on a pu admirer autrement que par l’intermédiaire de l’enregistrement.

Crédits photographiques : © Frederike van der Straeten

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Berlin. Philharmonie. 30-IX-2022. Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n° 3 D. 200 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 7 op. 92. Berliner Philharmoniker, direction : Herbert Blomstedt

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