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Concours annuel de promotion du Ballet de l’Opéra de Paris : compte-rendu

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Opéra Garnier, Paris. 4 et 5-XI-2022. Ballet de l’Opéra national de Paris : Concours annuel du corps de ballet

Chez les hommes, le poste de premier danseur est attribué à sans qu’aucune personnalité ne s’impose vraiment dans la classe des Sujets. En revanche, la nomination de en tant que Sujet s’imposait comme une évidence. Chez les femmes, devient première danseuse après un magnifique concours, tandis que , distribuée dans le rôle de Mary Vetsera dans Mayerling et sont promues Sujets.

Cette année, c’est un jury amputé de son directeur de la danse qui a jugé les danseurs. En effet, si le nom du nouveau directeur, José Martinez, a été dévoilé, sa prise de fonction ne sera effective que le 5 décembre prochain. José Martinez était donc présent, mais sans droit de vote. Le jury était composé des maîtres de ballet Sabrina Mallem et Lionel Delanoë, de la chorégraphe Marion Motin, du professeur russe Azari Plissetski, ainsi que de cinq danseurs tirés au sort au sein du Ballet (Hugo Marchand, Arthus Raveau, Alexandre Gasse, Grégory Dominiak et Caroline Osmont).


Concours de promotion Hommes

Contrairement à certaines années, la classe des Quadrilles s’est révélée sans doute la plus intéressante de ce concours. Quinze jeunes danseurs se sont disputé les deux postes de coryphées, dont beaucoup de nouvelles têtes. La variation imposée était extraite de La Fille mal gardée de Frederick Ashton (acte II, variation de Colas). Si quelques fragilités se sont fait sentir, cette variation difficile était globalement bien maîtrisée. Les danseurs ont fait preuve de belles qualités d’interprétation et certaines personnalités artistiques se sont démarquées.
Les deux postes de Coryphées ont été attribués à Aurélien Gay (variation libre Donizetti de Manuel Legris) et Alexandre Boccara qui a misé sur le contemporain avec Arepo de Maurice Béjart. Si Aurélien Gay a commis quelques erreurs dans l’imposée, il a très bien exécuté sa variation libre, redoutable pour la petite batterie. Alexandre Boccara a quant à lui fait preuve d’une personnalité charismatique et d’une belle présence scénique. Il a interprété la variation imposée avec élégance et a fait preuve d’autorité et d’aplomb dans Arepo.
Il faut également citer Enzo Saugar, danseur élégant et aux très belles lignes, qui a fait preuve d’audace et de tempérament dans Blake Works I de William Forsythe. Alexander Maryianowski a réalisé un beau concours, avec une technique sure et maîtrisée dans l’imposée et un joli lyrisme dans la variation du Prince Siegfried extraite du Lac des cygnes.

Chez les Coryphées, la variation de Marco Spada tirée du ballet éponyme de Pierre Lacotte, a posé des difficultés à la plupart des candidats. Globalement, une impression de manque d’endurance et de préparation s’est fait sentir. a clairement dominé cette classe. Il est le seul à avoir donné l’impression de surmonter les difficultés techniques avec aisance et à pouvoir apporter des nuances dans la technique comme dans l’interprétation. En libre, le choix de la variation du Prince Siegfried du Lac des cygnes s’est révélé judicieux, lui donnant la possibilité de montrer des lignes de jambes superbes et des sauts d’une élévation remarquable. C’est donc logiquement que ce danseur, qui s’est vu confier des rôles d’étoile dans plusieurs ballets phares de la compagnie (Roméo et Juliette, Don Quichotte, La Bayadère) et a été distingué par le Prix de la danse du Cercle Carpeaux en 2021, a remporté le premier poste de sujet. L’attribution du second poste à est plus contestable. Son imposée a souffert d’imprécisions et il a manqué de stabilité dans ses appuis. Il a fait preuve de davantage de maitrise dans sa variation libre, le redoutable Etudes d’Harold Lander, où il a montré une belle énergie. Il faut également saluer les très belles interprétations de Body and Soul de Crystal Pite réalisées par Mickaël Lafon et Yvon Demol, chacun dans un solo différent.

Enfin, la classe des Sujets, antichambre des postes de solistes, s’est révélée décevante, aucune personnalité ne s’imposant réellement. Le tableau était donc ouvert pour les cinq danseurs concourant dans cette classe : Axel Magliano, Andrea Sarri, Nikolaus Tudorin, Jack Gasztowtt et . La variation imposée, extraite de Casse-Noisette de Rudolph Noureev (acte II, variation du Prince) a posé quelques difficultés techniques. Axel Magliano s’en est tiré avec une belle prestance, tout comme dans la variation de Don Quichotte manquant toutefois de légèreté. Antoine Kirscher a réalisé une variation imposée correcte mais qui manquait un peu d’amplitude. Il a su tirer son épingle du jeu grâce à une jolie interprétation d’Other Dances de Robbins (deuxième variation) poétique, tout en délicatesse et nuances. Le danseur de 27 ans, Prix du Cercle Carpeaux en 2019 et que l’on a récemment vu danser dans Cri de coeur, accède ainsi au titre de premier danseur.


Concours de promotion Femmes

Un très joli concours de promotion pour les femmes avec une classe de Quadrilles pléthorique présentant une grande hétérogénéité, avec de très jeunes pousses prometteuses et des ballerines avec du caractère et du métier. Delphine Moussin les a aidés à préparer la variation imposée, première variation du Pas de Trois de l’acte I de Paquita, de Pierre Lacotte, d’après Petipa, que l’on a donc pu voir 17 fois. Parmi les deux promues à l’issue d’une compétition serrée, la toute jeune Hortense Millet-Maurin, fille d’Elizabeth Maurin venant d’être admise dans le corps de ballet, ouvre le concours, ce qui est toujours difficile, et emporte l’adhésion avec son choix de la première variation dans Variations de Serge Lifar. Le style français servi avec élégance et discrétion. Luna Peigné, qui se classe première, est également promue, ayant judicieusement choisi la jolie variation de l’acte II de Raymonda, de Noureev, dans laquelle elle s’est montrée beaucoup plus à l’aise que dans l’imposée. On regrette que la superbe et fine danseuse coréenne Seohoo Yun, très élégante dans l’imposée et interprétant de façon poignante la variation de Nikiya dans l’Acte II de La Bayadère ne se classe que troisième. Parmi toutes ces ballerines, on aura aussi apprécié la Cigarette de Lisa Gaillard-Bortoletti et l’Esmeralda de Saki Kuwahara.

En début d’après-midi, la classe des Coryphées, dont le professeur était Elisabeth Maurin, est également de très bon niveau et présente de jolies lignes. , actuellement distribuée dans le rôle de Mary Versera dans Mayerling aux côtés de Paul Marque, domine la classe. Moelleux, élégance et grande attention portée aux nuances et aux accents dans la variation imposée, celle d’Henriette dans l’acte II de Raymonda, c’est un régal de voir danser cette belle personnalité dans la variation de Louise, extraite de l’acte II du Casse-Noisette un peu oublié de John Neumeier, qu’elle a choisi pour variation libre. Elle est donc justement promue Sujet, aux côtés de , ballerine aux très belles lignes qui fait preuve d’une assurance tranquille, de maturité et d’aisance dans l’imposée et se confirme dans la Cigarette de Lifar, qu’elle danse avec énergie et les bons accents, soutenue par le jeu inspiré de la pianiste. Parmi les autres candidates, si Nine Seropian commet des erreurs techniques dans l’imposée, elle est impeccable et légère dans la 2ème variation de La nuit de Walpurgis de Balanchine. Victoire Anquetil, de son côté, manque d’éclat et de précision dans l’imposée, mais est plutôt à l’aise dans la variation de la Flûte de Lifar, avec un manège bien maîtrisé.

Enfin, l’après-midi s’achève avec la classe des Sujets, équilibrée et parfaitement préparée par , ancienne étoile de l’Opéra de Paris actuellement en disponibilité de la direction de l’école du Ballet Royal de Suède. Là encore, la compétition est difficile entre ces danseuses qui ont à la fois de l’élégance et du métier. Le trio de tête se concentre autour de Bianca Scudamore, qui réussit parfaitement son imposée, malgré quelques embûches techniques, Camille Bon, très fluide dans cette variation de l’Etoile extraite d’Etudes d’Harald Lander et enfin , redoutablement précise et avec le sourire ! Le choix de la variation libre se révèle stratégique. Bianca Scudamore jette son dévolu sur l’école française, avec une variation oubliée de Sylvia de Lycette Darsonval, la variation de Pizzicati. Camille Bon fait preuve d’amplitude et de musicalité dans la Cigarette de Lifar, tandis que Bleuenn Battistoni nous éblouit par son élégance, sa pureté et ses équilibres parfaits dans la variation de la vision, à l’acte II de la version Rosella Hightower de La Belle au bois dormant. Une audace qui paie pour cette désormais Première danseuse à l’ascension rapide (Coryphée en 2021 et Sujet en 2022), qui a été récompensée du Prix de danse du Cercle Carpeaux en 2021 et du Prix AROP de la danse en 2022 et que l’on peut voir actuellement danser dans Mayerling. Toutes les candidates sont cependant à citer : les belles lignes d’Inès McIntosh dans la variation de l’Ombre, la Carmen d’Aubane Philbert, les jolies interprétations de Robbins par Alice Catonnet et Naïs Duboscq ou Clémence Gross, la seule à choisir le ballet romantique avec Giselle.

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / ONP

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