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Freitag prolonge brillamment le cycle Licht de Stockhausen par Maxime Pascal

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-XI-2022. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Freitag aus Licht, opéra en deux actes, un accueil et un adieu sur un livret, la chorégraphie et l’action scénique du compositeur. Mise en scène & décors : Silvia Costa. Assistante mise en scène : Rosabel Huguet Dueñas. Assistante décors : Elena Zamparutti. Costumes : Bianca Deigner. Assistant costumes : Domitile Guinchard. Lumières : Bernd Purkrabek. Projection sonore : Florent Derex. Électronique musicale : Augustin Muller et Étienne Démoulin. Avec : Jenny Daviet, soprano – Eva ; Iris Zerdoud, cor de basset – Elu ; Charlotte Bletton, flûte – Lufa ; Antoine HL Kessel, basse – Ludon ; Halidou Nombre, baryton – Caino ; Sarah Kim, Haga Ratovo, synthétiseurs – Synthibird. Chanteurs & Chanteuses, danseurs-mimes. Chœur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris (Cheffe du chœur : Émilie Fleury). Orchestre d’enfants du Conservatoire à Rayonnement Régional de Lille. Le Balcon, direction musicale : Maxime Pascal

L’ambitieux projet de sur l’intégralité de Licht de Stockhausen attire toujours autant le public à la Philharmonie de Paris, qui profite cette saison juste après Lille de Freitag (Vendredi) dans la production de .

Interrompu par les confinements, le projet de Maxime Pascal et de l’ autour du monumental cycle Licht (Lumière) avait repris la saison passée avec un Donnerstag (Jeudi) sans son dernier acte, magique par son Abschied (Adieu), dans lequel les trompettes lançaient des appels des bosquets et du toit de la Philharmonie. Cet automne pour Freitag, le salut et les adieux sont plus simples, puisqu’il s’agit d’une installation électronique adaptée à projeter avant et après l’entrée en salle le cinquième segment de la super-formule de Licht, ainsi que la double formule d’Eva et Lucifer.

Bleue pour Donnerstag, la couleur référente à cette nouvelle journée stockhausenienne est cette fois l’orange, couleur de l’atmosphère dans laquelle la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie est baignée à l’entrée du public, sous un halo de fumée originellement prévu par le compositeur pour être créé par des bougies. Avec sobriété, – artiste choisie pour Freitag dans ce cycle parisien où le metteur en scène change à chaque journée – évite les chandelles, pour exposer toutefois par la suite la majorité des éléments du livret selon les possibilités des lieux, attachée à mettre en avant et utiliser avec récurrence les douze couples-objets exposés par l’opéra. L’homme et la femme représentés par des mannequins d’anatomie s’allument dès le début de l’œuvre, au côté de nombreux automates et machines, dans une ambiance de pantins à la Blade Runner où un chat et un chien articulés bougent la tête, pendant qu’un enfant se bat avec une machine à écrire mise en parallèle avec une photocopieuse, qu’un mime offre son bras articulé à une seringue et qu’un enfant joue au pilote de course avec une Lamborghini en jouet.

Quelque peu répétitive, comme la musique et ses grandes formules mystiques voire psychédéliques ciblées sur quelques protagonistes, la proposition assemble avec brio les diverses actions scéniques d’une Freitag-Versuchung (Tentation de Vendredi) en deux actes et dix scènes réelles où tous les artistes brillent. Le couple flûte-cor de basset de Lufa (Charlotte Bletton) et Elu (Iris Zerdoud, déjà Eva dans Jeudi) intervient à plusieurs reprises, parfois mêlé à des enfants aussi magiques en chœur qu’en orchestre. Issus du Chœur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris et de l’Orchestre d’enfants du , la quarantaine de jeunes affiche une dynamique vive et une rigueur aussi impressionnante par l’aisance scénique que par la qualité des parties de bois et vocales. Après le Kinder-Orchester (scène 2) et le Kinder-Chor (scène 3) puis le Kinder-Tutti (scène 5), c’est dans une guerre à coup de jets de poudre de couleur que tous reviennent à l’acte 2 pour une magnifique Kinder-Krieg (scène 7).

Aussi remarquables, les chanteurs principaux se démarquent par leurs tessitures extrêmes, la soprano usant régulièrement de suraigu pour Eva, alors qu’elle tente de séduire Ludon/Luzifer porté par la basse aux graves profonds d’. En Caino, fils du diable, fait valoir son beau timbre de baryton, tandis qu’autour, un groupe de chanteurs donnent aussi de la voix jusqu’au final et que deux Synthibird (Sarah Kimet et Haga Ratovo) jouent sur synthétiseurs aux nombreux codes musicaux. Assistés par une électronique musicale gérée par Augustin Muller et Étienne Démoulin, excellemment projetée dans l’ample salle parisienne par Florent Derex, les voix et la musique du Balcon – invisible comme son directeur musical pendant toute la représentation – se déploient avec précision et présence, pour un voyage fascinant dont le prochain volet nous force à patienter à nouveau un an, avec Sonntag (Dimanche) prévu pour l’automne 2023, avec la couleur or.

Crédits photographiques : @Ava du Parc

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-XI-2022. Karlheinz Stockhausen (1928-2007) : Freitag aus Licht, opéra en deux actes, un accueil et un adieu sur un livret, la chorégraphie et l’action scénique du compositeur. Mise en scène & décors : Silvia Costa. Assistante mise en scène : Rosabel Huguet Dueñas. Assistante décors : Elena Zamparutti. Costumes : Bianca Deigner. Assistant costumes : Domitile Guinchard. Lumières : Bernd Purkrabek. Projection sonore : Florent Derex. Électronique musicale : Augustin Muller et Étienne Démoulin. Avec : Jenny Daviet, soprano – Eva ; Iris Zerdoud, cor de basset – Elu ; Charlotte Bletton, flûte – Lufa ; Antoine HL Kessel, basse – Ludon ; Halidou Nombre, baryton – Caino ; Sarah Kim, Haga Ratovo, synthétiseurs – Synthibird. Chanteurs & Chanteuses, danseurs-mimes. Chœur de la Maîtrise de Notre-Dame de Paris (Cheffe du chœur : Émilie Fleury). Orchestre d’enfants du Conservatoire à Rayonnement Régional de Lille. Le Balcon, direction musicale : Maxime Pascal

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