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Récital compliqué pour Beatrice Rana à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie ; Grande Salle Pierre Boulez. 26-XI-2022. Alexander Scriabine (1872-1915) : Préludes n° 16 op.11 ; n° 4 op.16 ; n° 11 op. 11 ; n°2 op. 16 ; Étude n°5 op. 42 ; Étude n° 1 Op. 2. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n°2 en si bémol mineur, op. 35. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°29 en si bémol majeur « Hammerklavier », op. 106. Beatrice Rana, piano

Apparue deux fois en début d’année à la Philharmonie pour des œuvres concertantes, retrouve la salle parisienne pour un récital rendu compliqué d’abord par le Steinway de concert mal accordé, puis par le choix mal maitrisé de la sonate de Beethoven en seconde partie. 


En récital un an plus tôt à la Cité de la Musique, semble à présent mieux connue par une partie des spectateurs et remplit maintenant quasiment la Philharmonie de Paris, dans laquelle elle était déjà en février dernier pour l’Empereur de Beethoven avec le LSO et Gianandrea Noseda, puis en mai pour le Concerto de Clara Schumann avec le Bayerischen Rundfunk et Yannick Nézet-Séguin.

Déjà limitée par l’acoustique de la Cité l’année précédente et une méforme passagère, elle joue aujourd’hui de malchance en entrant sur la scène de la Grande Salle Pierre Boulez devant un Steinway particulièrement mal accordé. Pour l’auditeur, difficile dans ces conditions de se faire une idée de ce qu’aurait fait la pianiste des six pièces de Scriabine sur un piano mieux affiné, tant les deux Préludes de l’opus 11 débordent dans le grave, bien trop accentué et majoré par les pédales, tandis que le médium anémique peine à ressortir dans les Préludes n°2 puis 4 de l’opus 16. Pour éviter d’être interrompue par des applaudissements au moindre geste de pause, comme à la fin de l’Étude opus 2, elle les lie tous dès le troisième, au risque de ne plus proposer qu’un flux de notes pour l’Étude op.42 n°5, bien différente de la splendide interprétation de Trifonov deux jours plus tôt à Radio France, bien plus fine et bien plus contrastée.

À peine levée pour saluer, Beatrice Rana se rassoit pour attaquer la Sonate n°2 en si bémol mineur de Chopin, abordée là encore avec des graves prédominants et une surabondance de pédale, le médium-aigu totalement noyé dans le premier mouvement, puis à peine plus favorisé au Scherzo. La Marche funèbre retrouve plus de calme et un semblant de volupté, hélas perturbée par des spectateurs bruyants et agités. Le finale passe rapidement en montrant au moins la superbe dextérité de l’artiste, avant que celle-ci ne quitte rapidement la scène, pour laisser l’accordeur revoir pendant plus de dix minutes presque deux-tiers du clavier.


À l’attaque de la seconde partie, composée de l’unique Sonate n°29 en si bémol majeur opus 106 de Beethoven, nous pouvons enfin nous épanouir à l’écoute d’un piano métamorphosé, le médium enfin plein et l’aigu parfaitement défini, bien qu’encore un peu trop froid. Mais cette fois, c’est Rana elle-même qui peine à convaincre dans son approche d’une sonate parmi les plus difficiles du répertoire. L’Allegro convient d’abord plutôt bien au jeu percussif et très agile de la pianiste, pourtant dans sa seconde partie puis dans le Scherzo se pose la question de la maturité de l’interprétation. Sans réussir à générer de la magie dans les grands développements, Rana se perd à l’Adagio sostenuto dans une longue méditation de plus de vingt minutes avant d’enfin se rasséréner avec le finale, mais sans parvenir à en déployer particulièrement la fugue.

Preuve que l’artiste ne semble pas encore avoir pris toute la mesure de la puissance de l’Hammerklavier, elle revient devant le public et ses applaudissement nourris pour un bis très surprenant, Le Cygne du Carnaval de Saint-Saëns dans sa transcription pour piano de Godowsky, puis elle offre une seconde pièce mieux adaptée au programme, tel un pendant aux études de Scriabine du début, puisqu’il s’agit cette fois de celle quasi contemporaine Pour les huit doigts du livre I des Études de Debussy.

Crédits photographiques : © Alex Wallon (jeu) & ResMusica (saluts)

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Paris. Philharmonie ; Grande Salle Pierre Boulez. 26-XI-2022. Alexander Scriabine (1872-1915) : Préludes n° 16 op.11 ; n° 4 op.16 ; n° 11 op. 11 ; n°2 op. 16 ; Étude n°5 op. 42 ; Étude n° 1 Op. 2. Frédéric Chopin (1810-1849) : Sonate n°2 en si bémol mineur, op. 35. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n°29 en si bémol majeur « Hammerklavier », op. 106. Beatrice Rana, piano

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