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Yannick Nézet-Seguin et l’Orchestre de la radio bavaroise : à vaincre sans péril…

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-V-2022. Hans Abrahamsen (né en 1952) : Vers le silence, création française ; Clara Schumann (1819-1896) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 7 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 3 en fa majeur op. 90. Beatrice Rana, piano. Orchestre de la radio bavaroise, direction : Yannick-Nézet-Seguin

La création française de Vers le silence de , le juvénile Concerto pour piano de et la célébrissime et rabâchée Symphonie n° 3 de Brahms, tel est le programme de ce concert de l’ en tournée, dirigé par Yannick Nézet-Seguin avec la pianiste en soliste.

En ces temps troublés, après les annulations multiples de nombreux orchestres internationaux, c’est peu dire que ce passage à la Philharmonie de Paris de la fameuse phalange bavaroise conduite par un des plus grands chefs du moment était fortement attendu…Hélas, si la réalisation musicale est à la hauteur de nos attentes, il faut bien avouer que le programme déçoit amèrement par son manque d’audace et d’originalité…

La création française de Vers le silence (2020) d’ ouvre la soirée sur ses sonorités diaphanes et suspendues, refermant ainsi sur le silence, la trilogie initiée avec Left, Alone (2015) et le Concerto pour cor et orchestre (2019). Pièce très introspective, à l’orchestration virtuose qui fait étalage d’un important travail sur les associations timbriques, Vers le silence se déroule en quatre épisodes dans un statisme éthéré fait de sonorités cristallines et de bruissements, sur un tempo très lent, d’où surgissent de temps à autres de violents contrastes dynamiques (percussions, fanfares de cuivres, cordes frénétiques) avant la résolution finale dans le silence. Une œuvre qui développe une force intérieure croissante, à rapprocher de celle de Scriabine « Vers la flamme » par son inspiration mathématique et la spiritualisation forte de son propos. Yannick Nézet-Seguin nous en livre une interprétation virtuose toute en nuances depuis des forte tonitruants jusqu’aux pianissimi à peine audibles, servie par tous les pupitres d’un orchestre superlatif (basson, violoncelles, altos, petite harmonie, harpe, piano et percussions).

Composé à l’âge de 16 ans le Concerto pour piano (1835) de témoigne d’une prodigieuse précocité en même temps que d’une maturité encore en devenir dont argue une entame assez convenue de l’Allegro initial, suivi d’un joli dialogue plein de fraicheur, aux accents un peu passéistes, avec l’orchestre qui culminera dans l’émouvante et pathétique Romance avec le violoncelle solo. L’orchestration est assez pauvre, mais la composante pianistique flamboyante et virtuose est parfaitement assumée par qui fait ce qu’elle peut avec ce qu’elle a, donnant sa pleine mesure dans le tumultueux Allegro conclusif.

En bis, Beatrice Rana et Yannick Nézet-Seguin interprètent à quatre mains la Valse op. 39 n° 15 de Brahms pour un vibrant et douloureux hommage au pianiste récemment disparu.

Mais le meilleur restait à venir avec une interprétation véritablement dionysiaque et habitée de la Symphonie n° 3 de dont Yannick Nézet-Seguin donne une lecture à fleur de peau, théâtrale, majorant les contrastes, les nuances, les variations rythmiques et dynamiques, en totale symbiose avec la phalange bavaroise entièrement conquise par le charisme et la fougue du chef québécois ; une interprétation portée de bout en bout par une force vitale palpable. Après l’entame grandiose et héroïque des vents, Nézet-Seguin libère l’orchestre et donne beaucoup d’ampleur sonore et de tension à son discours dans un mélange de force et de douceur ; l’Andante se développe dans un climat pastoral faisant la part belle à la petite harmonie (clarinette, basson) et aux cordes graves sur un tempo contenu ; la célèbre mélodie du troisième mouvement permet d’apprécier la magnifique sonorité du pupitre de violoncelles et du cor solo de Carsten Carey Duffin avant que l’Allegro Final récapitulatif ne porte l’orchestre chauffé à blanc à la quintessence de l’esprit brahmsien dans une péroraison empreinte d’urgence et de méditation, concluant de belle manière une remarquable interprétation longuement saluée par le public.

Avec une telle maitrise orchestrale, on ne peut que regretter le manque d’imagination et d’audace dans le choix du programme car « A vaincre sans péril… »

Crédit photographique : © Hans van der Woerd

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Paris. Philharmonie. Grande Salle Pierre Boulez. 14-V-2022. Hans Abrahamsen (né en 1952) : Vers le silence, création française ; Clara Schumann (1819-1896) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 7 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 3 en fa majeur op. 90. Beatrice Rana, piano. Orchestre de la radio bavaroise, direction : Yannick-Nézet-Seguin

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