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École de danse de l’Opéra de Paris : en hausse, toute !

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Paris. Opéra Garnier. 6-XII-2025. Professeurs : Carole Arbo, Fabienne Cerrutti, Nolwenn Daniel, Géraldine Wiart, Muriel Hallé, Laurence Laffon, Wilfried Romoli Yann Saïz (classique), Marie Blaise (Folklore et baroque ), Iris Florentiny (Contemporain), Yasmine PIletta (Mime), Jessica Choppe  et Roxana Barbacaru (Caractère), Scott Alan Prouty (Expresion musicale). Ainsi que 12 pianistes accompagnateurs.

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Comme chaque mois de décembre, l’École de danse de l’Opéra de Paris s’empare de l’Opéra Garnier pour ses démonstrations. La cuvée 2025 est de très belle tenue.

Comment va l’École de danse de l’Opéra ? Elle va bien, vraiment. Ce n’est pas si évident, de nos jours, de capter et développer la concentration, la rigueur, l’abnégation de jeunes enfants et adolescents prêts à embrasser, si jeunes, un art si difficile aux contraintes imposées si tôt. Elisabeth Platel, qui dirige l’Ecole depuis 21 ans maintenant, confirme que cela reste possible.

Or, ce sont les 6e et 5e divisions filles et garçons (entre 10 et 13 ans) qui ont justement particulièrement subjugué lors de ces exercices à la barre et au milieu. En à peine 15 minutes, les classes de Laurence Laffon et de Stéphane Bullion, Muriel Hallé et Emmanuel Hoff ont montré de touts petits élèves bien placés et si doués, capable pour certains de faire un vrai beau tour en l’air, des tours à la seconde, et d’avoir des attitudes sur pointes très hautes.

Le résultat est un peu plus décevant chez les 4e division garçons de Karl Paquette, quand les filles de Géraldine Wiart s’en sortent mieux. L’après-midi, les 3e division garçons de Christophe Duquenne, aux belles lignes allongées se montrent capables de 3 tours 4e et de grands sauts de qualité. Le travail particulier des épaulements renforce l’élégance mais aussi l’aspect humain qu’il faut bien donner à la danse. Tourner la tête, s’intéresser à ce qui vous entoure plutôt qu’à aller dans la direction du geste, c’est déjà vivre son mouvement. Ce qui se retrouve dans le cours des 3ème division filles de Nolwen Daniel, très musical.

Les 2nde division garçons, emmenés par Yann Saïz multiplient les grandes pirouettes, batterie, brisés, jetés à l’italienne. Le professeur avait d’ailleurs à cœur, et avec honnêteté,  de sourcer ses exercices, rappelant qu’il s’agissait de ceux qu’il avait appris d’Alexandre Kalioujny ou Gilbert Mayer, deux grands professeurs de l’Opéra. À la différence de l’École Vaganova de Saint-Pétersbourg, où toute la méthode est écrite dans un ouvrage, il n’existe aucun manuel de « danse française», sauf à remonter aux écritures de Beauchamps et Feuillet sous Louis XIV. Tout se transmet par voie orale, dans un cours, entre professeurs et élèves. Fabienne Cerruti continuera dans les citations en rappelant les exercices d’épaulement de Jacqueline Moreau ou ceux de Claude Bessy.

Restent les 1ère division, qui ont choisi leur nom de promotion : ce sera Eric Vu-An, grand danseur de l’Opéra décédé en 2024. Si les dix filles de Carole Arbo ne nous ont pas entièrement convaincue dans l’adage et les fouettés, les garçons de Wilfried Romoli, très « challengeant » (« Allez, les gars, je veux entendre la musique sous les pieds » ! ), ont plus de tonus. On verra en fin d’année qui réussira à entrer dans le Ballet de l’Opéra, le Junior Ballet ou trouvera – assurément – une place dans d’autres compagnies. Le cours d’adage, qui rassemble les élèves les plus âgés n’est pas simple, avec des portés tortueux. Mais cela prépare à l’avenir…

Les cours complémentaires sont toujours une joie, car les élèves se sentent plus à l’aise. Ils ont passé le plus dur. Roxana Barbacaru, en cours de caractère, a emmené ses élèves dans une belle gigue irlandaise, lui faisant dire : « Je souris même si je suis de dos, car cela se voit dans les oreilles ! » Où l’on voit aussi que la danse baroque (cours de Marie Blaise) n’est pas si simple pour les jeunes élèves, ni le contemporain façon Martha Graham (cours d‘Iris Florentiny), somme toute assez fastidieux.

À l’inverse, les cours toujours si exaltants de mime (Yasmine Piletta et sa mouche dans le verre d’eau !) permettent ensuite de profiter à fond du cours d’expression musicale de Scott Alan Prouty, avec des petits élèves (toujours ces fameuses 6e et 5e divisions) si fiers de chanter à tue-tête  des paroles d’En scène, chanson écrite par Charles Aznavour pour Annie Cordy : « Dès l’instant que je suis en scène, Transfigurée, je me déchaîne, C’est ma vie, mon pays, Ma fierté, mon domaine. »

Le chanter avec tant de joie, c’est déjà le penser… On ajoutera enfin un point non négligeable : l’École de Danse de l’Opéra de Paris attire de plus en plus les petits danseurs étrangers, et notamment les jeunes Asiatiques. Dopés au travail depuis leur tout jeune âge, prêts à quitter famille et pays pour venir à 9 000 kilomètres de chez eux, ils sont déjà de petits « prodiges » très doués… C’est souvent pour le meilleur, mais cela interroge quant à la pédagogie et l’enseignement dans les écoles et conservatoires français et européens. Tournés vers une bienveillance tout à fait bienvenue, ils  se font désormais dépasser par des écoles asiatiques qui « fabriquent » de jeune danseurs de plus en plus artistes.

Crédits photographiques : © Svetlana Loboff / Opéra national de Paris

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Paris. Opéra Garnier. 6-XII-2025. Professeurs : Carole Arbo, Fabienne Cerrutti, Nolwenn Daniel, Géraldine Wiart, Muriel Hallé, Laurence Laffon, Wilfried Romoli Yann Saïz (classique), Marie Blaise (Folklore et baroque ), Iris Florentiny (Contemporain), Yasmine PIletta (Mime), Jessica Choppe  et Roxana Barbacaru (Caractère), Scott Alan Prouty (Expresion musicale). Ainsi que 12 pianistes accompagnateurs.

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3 commentaires sur “École de danse de l’Opéra de Paris : en hausse, toute !”

  • Christine dit :

    Vous ne voyez sûrement pas le travail acharné derrière ces démonstrations….votre article peut être décourageant pour les élèves et même les professeurs qui partagent leur savoir avec passion .

    3
  • Josette dit :

    Êtes vous professionnel et avez vous déjà fait de la danse ? J’ai également été à la représentation et je vous trouve très dur vis à vis de la 4 eme division fille et garçon . Cela peut être décourageant et blessant surtout qu’ils liront probablement votre article…

    4
  • Vidal dit :

    Rien de comparable avec les danseurs russes….Helas!

    3

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