Couleurs et climats à Angers avec Lucas Debargue et l’ONPL
À Angers, l’ONPL et son directeur musical Sascha Goetzel profitent d’une acoustique propice à leur programme avec Lucas Debargue, dont l’approche particulière du Concerto pour piano n° 2 de Prokofiev s’accompagne très bien de celle du chef pour les poèmes symphoniques de Richard Strauss.
En attendant la réouverture de la Cité des Congrès de Nantes début 2028, l’Orchestre national des Pays de la Loire trouve une acoustique plus adaptée au Centre des Congrès d’Angers qu’à l’Auditorium Debussy nantais. C’est donc dans cette salle angevine que Sascha Goetzel peut introduire son programme par le rare ballet Soirées musicales de Benjamin Britten.
S’il est très peu connu en France, cet opus 9 d’à peine dix minutes autour de mélodies de Gioachino Rossini permet par ses cinq frétillantes pièces de mettre déjà en exergue la qualité des timbres et des instrumentistes de l’Orchestre, avec pour la première fois au pupitre la première violon Jueun Jeong. Autant en souplesse qu’en couleur, l’ensemble s’amuse à nous entraîner dans ces thèmes faciles, dont une Tirolese centrale bien développée dans son grotesque par le chef autrichien.
Un court changement de plateau permet de laisser s’installer Lucas Debargue devant le clavier, immédiatement à son aise dans la recherche d’une texture plutôt légère pour le Concerto pour piano n°2 de Prokofiev, bien que la pression des doigts sur le clavier soit toujours conséquente. À l’orchestre, l’atmosphère joyeuse de la première partie s’est dissipée pour créer une ambiance bien plus concentrée. Cependant, en accord avec le jeu du pianiste français devant le Steinway, la volonté de Sascha Goetzel se ressent dans la façon de traiter les climats et leurs coloris associés plutôt que d’enfoncer la pièce dans la noirceur. Au regard de la maîtrise du crescendo en fin de premier mouvement, le pari est réussi.
Le Scherzo rappelle à ceux qui l’auraient oublié quelles qualités techniques possède Lucas Debargue, qui ne cherche absolument pas à faire une course ici avec les Yundi Li et Yuja Wang aussi entendus dans la pièce, mais ne fait malgré tout qu’une bouchée de ce court passage. L’Intermezzo ne fonce pas non plus, cette fois surtout par l’approche temporisée du chef, volontairement grossie aux cordes, sorte de rappel du grotesque recherché chez Britten dans l’ouverture, mais évidemment rendu de manière plus dérangeante dans le concerto russe. Au milieu de ce matériau, le jeu coloré du soliste français s’insère idéalement, bien relancé par les bois de l’ONPL, qui rappellent au passage comment était l’air musical à l’époque de la composition de cette partition en 1913, année d’un certain Sacre parisien… Se remarque également la belle concentration des cordes de la formation, visiblement très en forme actuellement. Les bis sont de circonstances, adaptés à l’actualité de Lucas Debargue qui vient de sortir un album autour de Gershwin. Il offre donc deux pièces autour du compositeur, dont une première sous forme d’improvisation, d’où s’identifie rapidement l’apparition et l’évolution du thème « Summertime ».
Le constat est le même quant à la faculté de Goetzel à fabriquer et traiter des climats en seconde partie. Mais à présent, le chef est seul devant l’orchestre pour s’atteler à deux poèmes symphoniques de Richard Strauss. Dans Mort et Transfiguration op.24, le premier crescendo démontre le travail de fond sur la matière et est développé à partir d’un premier solo solide du cor. Puis la partie Meno mosso évoque les racines autrichiennes du chef, qui a d’ailleurs eu l’excellente idée de placer les sept contrebasses à la viennoise, sur une seule ligne à l’arrière. Dans cette partition encore, la clarté des bois porte plusieurs très beaux moments, jusqu’au climax du grand développement, puis à son extinction, bien accompagnée par la transparence des violons et la harpe.
Till L’Espiègle op.28 achève la soirée en ramenant à un style plus joueur, à nouveau au profit du cor, mais ici encore plus de la clarinette en mi bémol jouée par Sabrina Moulaï. Là aussi, on profite de la souplesse de la formation française et de sa précision à suivre le chef, avec un intérêt encore plus particulier à écouter l’histoire par ses différentes atmosphères … jusqu’à l’exécution, non ratée, loin de là !












