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Macbeth ressasse des idées noires à Rouen

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Rouen. Opéra Orchestre Normandie Rouen. 25-IX-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après le drame éponyme de William Shakespeare. Mise en scène : Ambre Kahan. Assistant mise en scène : Romain Tamisier. Décors : Anne-Sophie Grac. Costumes : Colombe Lauriot-Prévost. Lumières : Zélie Champeau. Dramaturgie / Duncan : Jean Aloïs Belbachir. Chorégraphie : Johanna Faye. Assistant chorégraphie : Saïdo Lehlouh. Vidéos : Nicolas Morgan. Son : Matthieu Plantevin. Avec : Aleksei Isaev, Macbeth ; Peixin Chen, Banco ; Ekaterina Sannikova, Lady Macbeth ; Irina Sherazadishvili, Suivante de Lady Macbeth ; Matteo Roma, Macduff ; Néstor Galván, Malcolm ; Lysandre Châlon ; Un Médecin/Un Héraut/Un Domestique/Une Apparition. Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen (chefs des chœurs : Vito Lombardi, Salvatore Caputo). Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, direction musicale : Pierre Dumoussaud

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Sur la scène normande, ouvre officiellement son mandat de directeur musical avec Macbeth de Verdi avec la première mise en scène lyrique d’ : une production qui dérange par le nombres d’idées déjà vues.

Il est difficile de savoir comment un ou une artiste a pu travailler pour concevoir une nouvelle production. Mais pour certaines, les sensations de patchwork autour d’idées reprises d’autres propositions posent question, à l’instar de cette nouvelle mise en scène de Macbeth par – sa première d’un opéra avant Pinocchio de Boesmans en novembre. Car pour cette coproduction avec l’Opéra de Bordeaux, de nombreux éléments épars perturbent, non seulement par le fait qu’ils ne trouvent aucun lien entre eux, mais encore plus par leur façon artificielle d’assembler du déjà vu.

Peut-être s’agit-il simplement d’une malhabile approche fragmentaire autour des composants du livret de la part d’une équipe novice à l’opéra. Mais comment ne pas être surpris que sur une scène toujours sombre apparaisse subrepticement un cheval au prologue, comme en 2015 dans la mise en scène de Mario Martone pour le même Macbeth de Verdi ? Comment ne pas être dubitatif devant ce décor (Anne-Sophie Grac) de catacombes aux deux premiers actes, dans une salle rouennaise où le Roméo et Juliette de Gounod s’achevait dans ces lieux morbides en 2023 ? Pourquoi de grands rocs en demi-cercle à l’acte III, qui pourraient rappeler de loin le rocher de l’Ile des Morts si marquant du Ring de Chéreau. Et quel rapport entre les écritures dans un style ressemblant à l’araméen sur ces mêmes rochers, et le tableau La Chute des Damnées de Rubens au centre ?

Certes, on comprend la référence de cette déchéance par rapport aux personnages principaux du livret, mais l’idée a-t-elle un intérêt dans cette proposition où les costumes (Colombe Lauriot-Prévost) ne révèlent aucun lien avec les décors ? Pour preuve, Lady Macbeth est une sorte de Reine de Cœur – avec une coiffure trop timorée – dans une robe verte aux côtes apparentes sur la poitrine (encore un déjà-vu), tandis que sa servante, en forme de double, joue une autre partition, au milieu de miroirs face auxquels il est difficile de ne pas penser à la mise en scène de Warlikowski pour Hamlet, reprise en ce moment même à l’Opéra Bastille.

Bien éloignés de cet univers (Alice au Pays des Merveilles), Macbeth et Banco sont en kilts traditionnels écossais (eux s’accordent à l’époque et au lieu du livret), sortes de William Wallace (le héros combatif du film Bravehaert porté par Mel Gibson) et de Connor MacLeod (du film Highlander avec Christophe Lambert), avec, au début de l’opéra, une tête dans un sac à la main de Banco et à la fin celle de Macbeth, moins immortel qu’il pouvait l’espérer: une image elle aussi déjà vue dans une production récente. Citons enfin les sorcières et leurs miroirs sur l’avant du crâne – là aussi un symbole ressassé – qui rappellent d’une certaine manière par le décalage de leurs masques les costumes de la récente production de Semiramide de Rossini sur cette même scène normande.

Dans ce pot-pourri où l’on voit aussi les apparitions fantomatiques sortir d’un tonneau, au risque de faire penser au Fin de Partie de Beckett transcrit en 2022 pour l’Opéra de Paris par György Kurtág, dynamise un orchestre un peu trop fort en première partie mais mieux dosé par la suite, apte à transporter une grande énergie, à défaut d’être toujours net (par exemple les cornets, ou le hautbois et la flûte solo dans leurs duos). Dans cette partition de Verdi choisie dans sa version définitive milanaise (en italien avec l’air La luce langue et le ballet), le nouveau directeur musical ne cherche pas à ralentir les tempi comme on aurait pu s’y attendre par rapport à ses interprétations d’autres opéras ces dernières années, mais s’attèle au contraire à maintenir un flux énergique permanent.

Au chant, la distribution bien faite profite d’une dramaturgie (Jean Aloïs Belbachir ; également visible sur le plateau pour jouer le rôle muet du roi Duncan) qui ne demande pas beaucoup et laisse les artistes le plus souvent sur le devant face au public. est annoncé souffrant pour Macbeth, mais s’il est gêné dans la première moitié de soirée, notamment à l’aigu et dans des phrases parfois engorgées, la voix se réchauffe ensuite et lui permet de tenir parfaitement sa scène finale. Le Banco de fait pour sa part regretter d’être tué aussi rapidement, tant sa voix de basse marque ses interventions par des graves profonds et volumineux. La Lady Macbeth d’Ekatarina Sannikova tient vaillamment les quatre actes, même le dernier pourtant écrit différemment. Mais elle touche peu et passe à côté des airs du II, le Brindisi et surtout La luce langue.

Sa suivante   séduit dans ses petites interventions par la qualité de la ligne, de même que le Malcolm de Néstor Galván et dans plusieurs rôles, dont celui marquant en apparition. Le Macduff du ténor est en revanche bien trop en force pour son air, l’un des seuls moments doux de l’opéra. Quant au , pourtant préparé par Vito Lombardi et Salvatore Caputo, il convainc chez les hommes et dans les scènes mixtes, mais pêche pour cette soirée de Première par la mise en place des femmes dans les scènes de sorcières. En plus, on regrette qu’il ne soit pas mieux porté par la production pour la scène de la forêt de Birnam, où les quelques brindilles dans les mains des choristes ne procurent aucune force, sur un plateau de l’Opéra Normandie Rouen où l’on a pourtant vu des spectacles parmi les plus passionnants de ces dernières saisons.

Crédits photographiques : © Caroline Doutre

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Rouen. Opéra Orchestre Normandie Rouen. 25-IX-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei, d’après le drame éponyme de William Shakespeare. Mise en scène : Ambre Kahan. Assistant mise en scène : Romain Tamisier. Décors : Anne-Sophie Grac. Costumes : Colombe Lauriot-Prévost. Lumières : Zélie Champeau. Dramaturgie / Duncan : Jean Aloïs Belbachir. Chorégraphie : Johanna Faye. Assistant chorégraphie : Saïdo Lehlouh. Vidéos : Nicolas Morgan. Son : Matthieu Plantevin. Avec : Aleksei Isaev, Macbeth ; Peixin Chen, Banco ; Ekaterina Sannikova, Lady Macbeth ; Irina Sherazadishvili, Suivante de Lady Macbeth ; Matteo Roma, Macduff ; Néstor Galván, Malcolm ; Lysandre Châlon ; Un Médecin/Un Héraut/Un Domestique/Une Apparition. Chœur accentus / Opéra Orchestre Normandie Rouen (chefs des chœurs : Vito Lombardi, Salvatore Caputo). Orchestre de l’Opéra Normandie Rouen, direction musicale : Pierre Dumoussaud

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