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Nancy : seconde chance pour Otello de Verdi selon Ted Huffman

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Nancy. Opéra national de Nancy-Lorraine. 26-IX-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après la pièce homonyme de William Shakespeare. Mise en scène et décors : Ted Huffman. Reprise de la mise en scène : Franciska Éry. Costumes : Astrid Klein. Lumières : Bertrand Couderc. Mouvements : Pim Veulings. Avec : Samuel Sakker, Otello ; Yaritza Véliz, Desdemona ; Daniel Scofield, Iago ; Joel Prieto, Cassio ; Sulkhan Jaiani, Lodovico ; Marie-Juliette Ghazarian, Emilia ; Grégoire Mour, Roderigo ; Yong Kim : Montano ; Marco Gemini : un Héraut. Chœurs de l’Opéra national de Nancy-Lorraine et de l’Opéra national du Rhin (Cheffe de chœur : Virginie Déjos), Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, direction : Giulio Cilona.

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Venue de Strasbourg, la mise en scène d’Otello par trouve une vigueur nouvelle grâce à chargée de sa reprise. Au sein d’une distribution assez hétérogène brille tout particulièrement la splendide et sensible Desdemona de .

Il y a presque un an, la production d’Otello par l’Opéra national du Rhin n’avait pas convaincu. Nancy et Luxembourg (en octobre prochain), coproducteurs du spectacle, offrent l’opportunité de la revoir. Certes, la scénographie de , les costumes d’Astrid Klein et les éclairages de Bertrand Couderc sont toujours aussi peu attrayants mais le travail inabouti de avec les interprètes est cette fois assuré par et tout change…

Au lieu de personnages figés dans des poses stéréotypées, tout vit, tout bouge avec naturel, tout est crédible. Les chanteurs expriment et incarnent leurs affects et leur psychologie, non plus seulement par la voix, mais aussi par leurs attitudes, leurs mimiques, leurs gestes. Ce que n’offrait pas Ted Huffman à Strasbourg est cette fois parfaitement visible : on se regarde, on interagit, on ose se toucher. Même les combats réglés par Pim Veulings gagnent en vraisemblance. Et le théâtre enfin présent sur scène emporte la partie.

Évolution majeure et choix de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, le féminicide de Desdemona par Otello est contextualisé et interrogé. Des entretiens avec la metteuse en scène Francisca Éry, l’historienne Christelle Taraud et l’autrice Camille Kouchner insérés dans le programme de salle, la projection sur le rideau de scène du monologue féministe avant l’heure d’Emilia issu de l’acte IV de la pièce de Shakespeare, l’installation artistique de la plasticienne Aleteïa dans le foyer intitulée « La Femme découpée en morceaux », tout incite le spectateur à réfléchir sur la trop longue histoire des violences faites aux femmes.

Après un intéressant Tristan sur cette même scène, se montre plus à la peine en Otello. S’il incarne parfaitement la jalousie et la violence du Maure (merci encore une fois à ), son timbre ingrat et engorgé, qui tend à s’élimer dès qu’il s’agit d’alléger, son aigu toujours vaillant dans la nuance forte mais plus instable dans le piano, sa moindre projection dans le grave convainquent moins. offre un Iago engagé et solide, dominant sans difficulté la vocalité du rôle (un « Credo » intense et de superbe tenue), à qui manquent toutefois la noirceur vocale et la perversité. Mais c’est la Desdemona de qui remporte tous les suffrages. Déjà remarquée en Giuletta dans I Capuleti et i Montecchi de Bellini en 2024, elle a encore gagné en plénitude vocale pour ce rôle plus lourd. La luxuriance du timbre, la netteté des attaques, la qualité de la projection lui assurent de dominer sans effort les ensembles tandis que sa capacité préservée pour des aigus cristallins et filés apporte lumière et une émouvante introspection à son incarnation (dont un magique « Ave Maria » murmuré et suspendu).

Déjà présent à Strasbourg, reprend son séduisant et sensible Cassio. Malgré la brièveté de son intervention, Sulkhan Jaiani se fait remarquer par le métal de son timbre et sa puissance. apporte douceur, sororité et présence au rôle souvent sacrifié d’Emilia et que Franciska Éry souhaitait mettre plus en avant tandis que Grégoire Mour campe un Roderigo plus effacé. Enfin, le Chœur de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, renforcé par celui de l’Opéra national du Rhin et bien préparé par Virginie Déjos, se montre irréprochable.

À la direction musicale, soigne tout particulièrement la précision et le soutien au plateau. Et de fait, la mise en place pour un soir de première est impeccable. Les contrastes de dynamique ou de tempo, les changements d’atmosphère sont parfaitement assurés mais cette direction stylée et respectueuse, peut-être trop prudente ou trop sage, manque toutefois de fougue pour pleinement emporter le public. Très attentif et précautionneux lui aussi, l’Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine assume pleinement sa partie mais manque aussi d’abandon ou de liberté. Une belle soirée cependant, qui a permis de réévaluer cette mise en scène d’Otello.

Crédits photographiques : © Jean-Louis Fernandez

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Nancy. Opéra national de Nancy-Lorraine. 26-IX-2026. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Otello, opéra en quatre actes sur un livret d’Arrigo Boito d’après la pièce homonyme de William Shakespeare. Mise en scène et décors : Ted Huffman. Reprise de la mise en scène : Franciska Éry. Costumes : Astrid Klein. Lumières : Bertrand Couderc. Mouvements : Pim Veulings. Avec : Samuel Sakker, Otello ; Yaritza Véliz, Desdemona ; Daniel Scofield, Iago ; Joel Prieto, Cassio ; Sulkhan Jaiani, Lodovico ; Marie-Juliette Ghazarian, Emilia ; Grégoire Mour, Roderigo ; Yong Kim : Montano ; Marco Gemini : un Héraut. Chœurs de l’Opéra national de Nancy-Lorraine et de l’Opéra national du Rhin (Cheffe de chœur : Virginie Déjos), Orchestre de l’Opéra national de Nancy-Lorraine, direction : Giulio Cilona.

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