« Sibylle(s) », ou la cérémonie païenne de la compagnie La Tempête
Présenté à Tourcoing, « Sibylle(s) », la nouvelle création de Simon-Pierre Bestion et de sa compagnie La Tempête, nous plonge dans l'univers des prophétesses de l'Antiquité. Un voyage entre deux mondes qui nous ramène aussi à nos interrogations contemporaines.
Les Sibylles, ce sont ces figures mythologiques méditerranéennes, prêtresses et prophétesses, intercesseuses entre le monde des vivants et des morts, entre les humains et les Enfers, capables de remonter le temps et de prédire l'avenir. Issues des civilisations méditerranéennes, les Sibylles ont marqué toute la culture occidentale, du Moyen-Age à la Renaissance, à travers la poésie, les contes et légendes, la peinture mais également la musique. C'est cet univers énigmatique, magique et poétique, que La Tempête a choisi d'explorer dans son nouveau spectacle, Sibylle(s), avec un « s », car il existe de multiples incarnations de cette représentation féminine forte.
Fidèle à sa philosophie, la compagnie évoque les mystères des Sibylles dans un spectacle total, cérémonie païenne entre musique, théâtre, danse et performance. Simon-Pierre Bestion nous fait voyager entre les mondes et entre les cultures. Des pièces de la Renaissance de Cristobal de Morales se fondent à des partitions baroques de Claudio Monteverdi et Giacomo Carissimi, des musiques traditionnelles du bassin méditerranéen, et des créations contemporaines de Ianis Xenakis ou Zad Moultaka.
A la fois musiciens, chanteurs, danseurs et comédiens, les quatorze artistes de La Tempête, dans une scénographie sobre et poétique, convoquent oracles et mythes, scènes originelles (le combat de Caïn et Abel) et métaphores contemporaines. Le télescopage des genres, la confrontation de l'ancien et du moderne, l'immersion dans le son et la lumière sont des marqueurs du « style » La Tempête. Mais on ne retrouve pas tout à fait dans Sibylle(s) ce qui faisait la magie des précédents spectacles, comme ces fabuleuses Vêpres de Monteverdi et Rachmaninov, ou encore Hypnos. Le hiératisme de la cérémonie comme des musiques, malgré leur diversité, le symbolisme très abstrait du sujet, prend parfois le pas sur l'émotion.
Il faut toutefois souligner la polyvalence assez extraordinaire de ces artistes, que ce soit Jawa Mania, aussi à l'aise au chant qu'au oud, tout comme Mathilde Rossignol au chant et violon, ou encore le subtile soprano d'Helena Bregar également à la guitare renaissance, le ténor vibrant de Mario Barrantes Espinoza. Mais c'est toute la troupe dont il faut saluer l'investissement.
Où sont les Sibylles d'aujourd'hui, semble interroger Simon-Pierre Bestion ? Que pourraient-elles dire de notre époque ? Faut-il questionner le passé pour réparer l'avenir ? Des paroles d'écrivains et poètes contemporains s'inscrivent au final comme autant de nouvelles prophéties. Conclusion d'un qui emporte avec lui l'énigme des Sibylles.







