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Festival Messiaen 2026 : l’écho des cimes, de Messiaen à Benjamin

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La Grave. Festival Messiaen au pays de la Meije. 26 au 28-VII-2026
26-VII : église de La Grave. Olivier Messiaen (1908-1992 : La Rousserole effarvatte (extrait du Catalogue d’oiseau) ; Arthur Lavandier (né en 1987) : Miniatures franciscaines, sur un livret de Frédéric Boyer, pour voix, viole de gambe, flûte à bec et théorbe (CM). Marie Vermeulin, piano ; Parveen Savart, soprano ; Victoire Fellonneau, flûtes ; Marion Martineau, viole de gambe ; Gabrielle Rubio, théorbe.
27-VII : Salle du Dôme – Le Monêtier-les-Bains. George Benjamin (né en 1960) : Flight, pour flûte ; Viola, Viola, pour deux altos ; Into the Little Hill, opéra en deux parties, sur un livret de Martin Crimp. Jenny Daviet, soprano ; Joanne Evans, mezzo-soprano ; Sophie Cherrier, flûte ; Odile Auboin et John Stulz, altos ; Ensemble intercontemporain, direction George Benjamin.
28-VII : église de La Grave : 17h. La Forêt : œuvres de Messiaen, Chabrier, Roussel, Ravel, Schubert-Liszt, Paganini-Liszt, Liszt, Takemitsu, Grieg, Schumann. Jean-François Heisser, piano
28-VII ; église de La Grave : 21h. Olivier Messiaen (1908-1992) : Le Traquet stapazin ; Le Loriot ; Le Merle bleu (extrait du Catalogue d’oiseaux) ; Nicolas Oboukhov(1892-1954) : Révélation ; Alexandre Scriabine (1872-1915) : Sonate n°10, op.70 ; George Benjamin (né en 1960) : Divisions, pour piano à quatre mains. Pierre-Laurent Aimard, George Benjamin, piano.

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Sir , l’un des plus illustres élèves du maître de La Grave, est l’invité en résidence de la 28° édition du Festival Messiaen qui fait dialoguer, entre nature et création, des écritures que relie une même fascination pour les paysages, les couleurs de l’orchestre et le charivari des oiseaux.  

Faute de pouvoir porter à la scène le Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen, chose qui restera sans doute un désir inassouvi, Bruno Messina a eu la bonne idée de commander deux œuvres nouvelles, à deux compositeurs avec qui il a déjà beaucoup travaillé, et , et deux poètes qu’il admire, (le traducteur des Évangiles) et Maryline Desbiolles. Le projet est de faire entendre l’opéra à travers des miniatures qui conservent l’esprit, sinon la lettre, de l’œuvre monumentale.

Chacune des propositions de ce diptyque contemporain (donné en ouverture et en clôture du festival) sera introduite par un des « grands oiseaux » de Messiaen (extrait du Catalogue d’oiseaux) invitant sur la scène de l’église de La Grave la pianiste fidèle – on se souvient de son interprétation flamboyante des Vingt Regards sur l’Enfant Jésus – qu’est . Elle  joue pour l’heure La Rousserolle effarvatte, seul oiseau du Quatrième livre du catalogue, d’une durée de 31 minutes. Cet oiseau des roseaux, des étangs et des marais est accompagné d’un long texte de présentation sous la plume de Messiaen que la pianiste nous lit en préambule. On retrouve sous ses doigts la vitalité extraordinaire du son, l’anticipation du geste qui le propulse, les couleurs qu’elle projette et le champ de résonance qui embrase son clavier.

Le plaisir de la pianiste est tangible, à faire sonner cette musique qui l’habite : charivari d’oiseaux bruyant et jubilatoire, du tam-tam profond du paysage nocturne au grillottement d’insecte interminable de la locustelle tachetée qui ponctue plusieurs fois dans l’extrême aigu du piano cette trajectoire rythmée par ses refrains. Sous les doigts de , ce sont trente et une minutes d’un éblouissement sonore ininterrompu autour d’un oiseau-vedette qui ne pèse que… 12 grammes !

La modestie du Poverello

Miniatures franciscaines est la cinquième commande de Bruno Messina passée au jeune trentenaire qui aime les défis. On se souvient de sa relecture hardie de la Symphonie fantastique donnée, par Le Balcon, en clôture du Festival Berlioz 2013. Pour ses huit Miniatures franciscaines qui fleurent bon la modestie du Poverello, Lavandier fait appel à une soprano et trois instruments baroques qu’il avait envie de faire sonner dans l’acoustique idéale de l’église de La Grave : la viole de gambe, la flûte à bec et le théorbe. a gardé les titres et les thèmes des huit scènes de l’opéra (français, latin et italien mêlés) auxquels il donne un écho contemporain. On est d’emblée séduit par la beauté et l’extrême sensibilité du texte que nous lit le compositeur. Sa mise en musique n’est pas moins délicate, entre fragilité microtonale, hybridation des timbres – viole de gambe et flûte frottant souvent au quart de ton – et oscillation douce de la voix, entre parlé et chanté. Laissant le théorbe (Gabrielle Rubio) en duo avec la soprano (), Marion Martineau (viole de gambe) et Victoire Fellonneau (flûtes à bec) font claquer les deux portes de l’église, choc sonore saisissant qui aurait plu à Messiaen dans « L’Ange voyageur ». D’une « intolérable douceur », la cinquième miniature, « L’Ange musicien », est à fleur d’émotion, avec le frottement sensuel de l’archet sur les cordes de la viole tandis que théorbe et flûte à bec mêlent leur boucle mélodique. Du murmure à l’exaltation sonore, le timbre et l’aisance vocale de font merveille tout comme la clarté de son articulation

, compositeur et chef d’orchestre (lire notre entretien)

Dans la Salle du dôme du Monêtier-les-Bains, le concert monographique de réunit trois pièces du compositeur britannique qui retrouve à cette occasion les musiciens de l’.

Le compositeur n’a que 19 ans lorsqu’il écrit Flight, une pièce qui invite, seule en scène, la flûtiste . Le jeune Benjamin, qui vient de quitter la classe de Messiaen, s’inspire de l’observation des oiseaux des Alpes suisses dont il traduit en musique tout autant le vol que le cri : l’écriture oiseau y est toute personnelle, aussi virtuose qu’évocatrice, balayant les trois octaves de l’instrument. La maîtrise de l’interprète tout comme la qualité d’écoute d’une salle comble y sont impressionnantes !

C’est une prise de rôle pour les deux altistes de l’EIC, Odile Auboin et John Stulz, face à face dans Viola, Viola, une partition de 1997 d’une incroyable intensité. Benjamin déploie et fait proliférer un matériau de départ dont il explore, à travers une écriture souvent en double cordes, toutes les potentialités expressives, de l’ampleur du lyrisme de la partie centrale à l’épilogue plus joueur en pizzicati. On ne peut que regretter l’absence de projection sonore sur un plateau qui aurait mérité une légère amplification pour valoriser le jeu des deux interprètes.

Même si le livret en anglais a été distribué au public à l’entrée de la salle, on regrette également l’absence de surtitres dans Into the little Hill, le premier chef-d’œuvre scénique de Benjamin. L’opéra de chambre pour ensemble et deux chanteuses inaugure sa collaboration aussi durable que fructueuse avec l’écrivain et librettiste . Rappelons que l’opéra a été créé en 2006 à l’Amphithéâtre de Bastille dans le cadre du Festival d’Automne et grâce à la commande de .

Le livret s’inspire de la légende allemande Le Joueur de flûte de Hamelin, publiée par les frères Grimm en 1816, à qui Crimp donne un écho actuel : « parabole sur la peur, le pouvoir, l’exclusion et la responsabilité collective », nous dit Julien Brun en charge des notes de programme. L’idée est de confier aux deux seules chanteuses – la soprano Jenny Daviet et la mezzo Joanne Evants – l’entièreté des rôles, celui du Ministre, de l’Étranger, de la femme du Ministre, de la Mère et de l’Enfant, les deux voix se rejoignant pour lancer les imprécations de la foule. Comme il le fera dans Written on skin (le deuxième opéra de Benjamin), Crimp joue avec le principe de l’auto-narration qui crée de la distance avec le dialogue conventionnel, une manière de raconter l’histoire qui plait beaucoup au compositeur.

Le ton est donné et l’intensité sonore à son comble dans les premières minutes avec les voix droites et bien projetées des deux chanteuses qui scandent leur texte, épaulées par la masse instrumentale et l’effet râpeux du güiro dans les mains du percussionniste : « Tuez-les ils mordent / Tuez-les ils volent ». Benjamin recherche tout à la fois la rareté et l’efficacité des timbres, comme cette ligne de velours (cor de basset) qui accompagne la mezzo-soprano. Les deux cors de basset sont en bicinium, entre mystère et inquiétude, à l’arrivée de l’Étranger. Le premier interlude de toute beauté commence avec un solo de flûte basse orientalisant (Benjamin évoque la musique indienne et son ornementation) incarnant le son envoûtant du joueur de flûte. Sonnent également avec la même étrangeté le trio du cymbalum (Aurélien Gignoux), de la mandoline et du banjo (confiés respectivement à Jeanne-Marie Conquer et John Stulz : une magie des timbres qui sert la dramaturgie.

Écrite pour la chanteuse finlandaise Anu Komsi et ses prodigieuses capacités dans l’aigu de sa tessiture, la partie de soprano réclame une agilité diabolique dont s’acquitte magnifiquement Jenny Daviet. On apprécie chez la mezzo Joanne Evans l’homogénéité et le velours de son timbre, restituant le texte avec une belle clarté d’élocution. Sa complainte (« où est mon enfant ») sur les sonorités raréfiées de l’ensemble est une des plus émouvantes pages de l’opéra.

Conduit par le compositeur, l’EIC restitue avec une incomparable finesse toutes les subtilités d’une partition dont le raffinement et l’invention nous enchantent.

« Dans les bois » avec Jean-François Heisser

Fidèle du festival, Jean-François Heisser est à son clavier dans l’église de La Grave avec un programme-parcours autour de la forêt, une thématique qu’il ne pensait pas, lorsqu’il l’a choisie, être si tristement d’actualité…

Au cœur de cette « playlist » foisonnante qui se termine par la pièce maîtresse du programme – Scènes de la Forêt op. 82 de Robert Schumann – résonne la musique d’Olivier Messiaen, avec ses Petites esquisses d’oiseaux (1985), sorte d’appendice de son monumental « Catalogue » écrit près de trente ans plus tôt.

Musique de plein air avec Sous-bois d’Emmanuel Chabrier, qui projette ses images sous une main gauche ombreuse, et Oiseaux tristes de Maurice Ravel (extrait de Miroirs), musique de l’épure et du mystère. La nature est intériorisée et la polyphonie plus dense dans Promenade sentimentale en forêt d’Albert Roussel. Le Wanderer est à l’affiche avec Le Tilleul de Franz Schubert entendu à travers l’arrangement de Franz Liszt dont la paraphrase virtuose se retrouve dans La chasse, extrait de l’Étude n°5 de Paganini. Du même Liszt, Les murmures de la forêt, d’une facture presque impressionniste, achève le premier volet du récital. Il est ponctué par deux oiseaux d’Olivier Messiaen : pièce introductive, frémissante et baignée de lumière, Le Rouge Gorge déborde de poésie et de fraîcheur sous les doigts experts de l’interprète. Jouée juste après Oiseaux tristes, La Grive musicienne, l’oiseau fétiche de Messiaen, apparaît, tout en contraste, dans une lumière éblouissante et une joie radieuse. Le Merle noir, qui débute le second volet, chante quelques strophes ensoleillées tandis que L’Alouette des champs, tapageuse, fait valoir l’énergie du geste et le jaillissement du son : musique inimitable, virtuose autant que stylisée, restituée par notre pianiste avec un naturel confondant.

Après Tōru Takemitsu (Rain Tree Sketch I) et deux pièces de Grieg (Petit Troll et Repos de forêt) dûment inscrits dans la thématique, Jean-François Heisser conclut avec Scènes de la forêt de Schumann, un cycle de neuf pièces incluant le célèbre « Oiseau prophète » qui suggère avec délicatesse et grâce le geste de l’envol . On retrouve dans « Adieu », l’art schumanien du « postlude » exercé dans les cycles de Lieder, balançant entre lyrisme contenu et confidence intime : on se laisse volontiers embarquer dans cette traversée musicale, touchante et bien conduite, où l’aisance du jeu et la palette de couleurs d’un piano magistral nous mettent à l’écoute du vivant.

Aimard et Benjamin à quatre mains

C’est le pianiste qui débute ce dernier concert dans le cadre de la résidence de George Benjamin au Festival Messiaen. Sont à l’affiche trois « créatures ailées » extraits du Catalogue d’oiseaux du maître de la Grave : Le Loriot, Le Merle bleu et Le Traquet stapazin. Aimard côtoie l’écriture-oiseau de Messiaen depuis près de cinquante ans ! L’émotion est palpable à travers le jeu de cet immense pianiste qui sculpte le temps et l’espace, faisant de la propagation du son et de la résonance de son instrument les données essentielles de son interprétation visionnaire

Après un bref entracte, nous fait découvrir la musique du Russe (1892-1954) avec révélations, une succession de six pièces brèves enchaînées. L’écriture s’inscrit dans le sillage de Scriabine, avec ses espaces harmoniques singuliers et un cheminement sonore tendu et écartelé. Quasi contemporaine, la Sonate n°10 (1913) op. 70 d’Alexandre Scriabine, dite « sonate des insectes », se veut un hommage à la nature. Figure emblématique autant obsessionnelle du compositeur russe, le trille traverse toute la partition, Aimard en communiquant tout à la fois la lumière et la tension qui innerve cette écriture un rien hallucinée.

Georges Benjamin est venu dire quelques mots au public en début de concert au sujet de la création française de Divisions. C’est la rencontre au clavier de deux musiciens et amis de longue date qui se sont connus en 1976 dans la classe d’Yvonne Loriod. L’œuvre a été créée à Berlin en juin 2025 puis rejouée plusieurs fois de par le monde.  Les marques sont ainsi prises par nos deux interprètes qui se partagent le clavier de manière parfois acrobatique… D’où le titre qui concerne également les divisions temporelles du rythme, comme ce cheminement lent de la basse tenue par le compositeur qui s’oppose aux figures agiles confiées à . Courte et concentrée, la pièce entretient cet espace de tension entre les deux parties qui cherchent à coïncider, Benjamin faisant appel à la troisième pédale dite « sostenuto » pour stratifier les harmonies et approcher la profondeur orchestrale. « Je ne pressentais pas la joie que j’ai eu de la créer et de vivre cette situation instrumentale », confie le compositeur à Gaëtan Puaud qui l’interviewe. (livre d’entretiens sorti chez Bleu Nuit éditeur cette année)

Ainsi George Benjamin, invité d’honneur durant les quatre premiers jours du festival, y était-il tout à la fois compositeur, chef d’orchestre et interprète.

Crédit photographique : © Bruno Moussier 

 

 

 

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La Grave. Festival Messiaen au pays de la Meije. 26 au 28-VII-2026
26-VII : église de La Grave. Olivier Messiaen (1908-1992 : La Rousserole effarvatte (extrait du Catalogue d’oiseau) ; Arthur Lavandier (né en 1987) : Miniatures franciscaines, sur un livret de Frédéric Boyer, pour voix, viole de gambe, flûte à bec et théorbe (CM). Marie Vermeulin, piano ; Parveen Savart, soprano ; Victoire Fellonneau, flûtes ; Marion Martineau, viole de gambe ; Gabrielle Rubio, théorbe.
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