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Rafał Blechacz s’illustre en compagnie des grands romantiques

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Philharmonie (Grande salle). 12-II-2018. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Rondo K. 511 en la mineur ; Sonate en la mineur K. 310. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate n° 28 en la majeur, op. 101. Robert Schumann (1810-1856) : Sonate n° 2 en sol mineur, op. 22. Frédéric Chopin (1810-1849) : Mazurkas, op. 24 ; Polonaise « héroïque » en la bémol majeur, op. 53. Rafał Blechacz, piano.

Screenshot-2018-2-19 Rafał Blechacz - Main pageRafał Blechacz a choisi de réunir Mozart, Beethoven, Schumann et Chopin à la Philharmonie de Paris dans un récital de grand style.

Pure et lumineuse, la partie Mozart s’inscrit dans des tons mineurs faisant surgir la dimension angoissée de l’œuvre. D’une apparente simplicité, le Rondo en la mineur (K. 511) est un modèle d’équilibre et de délicatesse : dans ces pages à l’écriture intimiste, la moindre brusquerie serait fatale. La maîtrise de Blechacz nous préserve de ce danger et nous installe dans un univers stylistique où perce déjà un certain romantisme, assumé avec élégance, mais sans préciosité. Blechacz propose ensuite une Sonate en la mineur (K. 310) aux dimensions d’un opéra miniature : après un fiévreux Allegro maestoso en forme d’ouverture, s’élève le chant déchirant d’une prière, qui culmine dans l’épisode central parsemé de dissonances magnifiquement rendues (Andante cantabile con espressione). La bourrasque du Presto final emporte définitivement l’adhésion : c’est une version exemplaire qui vient d’être livrée.

Première des sonates tardives de Beethoven, l’opus 101 en la majeur permet à Blechacz de se laisser d’abord aller à la rêverie, comme en quête du mystère des phrases suspendues du premier mouvement (Allegro ma non troppo), avant d’entreprendre une marche vigoureuse, tout en parvenant à éviter les lourdeurs (Vivace alla marcia). Vient ensuite le lent et profond Adagio, qui s’achève sur un écho méditatif du premier mouvement, avant le trille de transition vers l’Allegro. Dans ce final, Blechacz déploie une palette de nuances tantôt martiales, tantôt espiègles, semblant se jouer des difficultés techniques pour conclure de manière magistrale par la confrontation des trémolos graves et des aigus piqués.

On est transporté dans un univers autrement plus tourmenté avec la Deuxième Sonate de Schumann. Un premier mouvement frénétique, dont Blechacz rend parfaitement l’effet progressif d’hystérèse, nous emporte d’emblée (Vivacissimo). Le tendre Andantino qui suit est abordé avec une grâce chantante, faisant émerger du balbutiement initial un discours ferme. Dans le Scherzo, Blechacz se montre sous son jour le plus enlevé, jouant avec art du contraste entre les accords insistants, presque inquiétants, et les modulations plus riantes. Alternance de doubles croches frémissantes et de calmes respirations majeures, le Rondo final est sous les doigts de Blechacz un tumulte organisé, où perce une protestation de plus en plus véhémente qui dégénère en une coda implacable, extrêmement convaincante.

Dans les quatre Mazurkas de l’opus 24 de Chopin, Blechacz est indéniablement chez lui, restituant avec noblesse et simplicité l’esprit paradoxal de cette musique populaire de salon. Après ces pièces délicates, la toute-puissante Polonaise « Héroïque », jouée parfois jusqu’à la caricature, à laquelle Blechacz parvient pourtant à donner une profondeur et une force d’évocation surprenantes, en l’arrachant à la loi de la pesanteur pour interpréter une incroyable danse bondissante aux accents guerriers. Blechacz revient sur scène donner un Intermezzo de Brahms (op. 118 n° 2), achevant en beauté cette réunion de famille des grands romantiques.

Crédit photographique : © Marco Borggreve

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