La Staatskapelle de Dresde illumine la Xe Symphonie de Mahler à la Philharmonie
Ce lundi 2 novembre, le chef d’orchestre Daniele Gatti a poursuivi le cycle Gustav Mahler entamé en 2024 avec l’orchestre de la Staatskapelle de Dresde par l’inachevée Dixième Symphonie.

À la mort de Gustav Mahler en 1911, seul le premier mouvement (Adagio) de sa Xe Symphonie est achevé mais les cinq mouvements sont esquissés au complet. Le compositeur, qui n’a jamais fait exécuter une œuvre inachevée de son vivant, aurait exigé la destruction de toutes ses esquisses qu’on trouverait après son décès. Cependant, en 1924, Alma Mahler envoie le manuscrit de la Symphonie n°10 à l’éditeur viennois Paul Zsolnay. Le troisième mouvement (Purgatorio. Allegretto moderato) est ensuite orchestré par le compositeur Ernst Krenek (1900-1991), gendre de Mahler, et les premiers et troisième mouvements sont créés en octobre 1924 sous la baguette de Franz Schalk. Par la suite, plusieurs musicologues et compositeurs se sont emparés de la partition. Le musicologue Deryck Cooke (1919-1976) s’est ainsi attelé à l’achèvement de l’œuvre en 1964, version qu’il révisera ensuite en 1972 et 1976. Peut-on alors parler d’une œuvre de Mahler ou est-ce une symphonie d’après-Mahler ? À l’évidence, ce sont les premiers et troisième mouvements qui sonnent les plus mahlériens, notamment du fait de l’orchestration. L’audition montre cependant une impression de continuité au fil des cinq mouvements, d’autant plus que plusieurs rappels thématiques traversent la pièce.
Œuvre à l’atmosphère lourde, parfois pesante et quasi dépourvue de l’ironie grinçante que l’on retrouve généralement chez Mahler, la Dixième Symphonie est influencée par la psychanalyse. En effet, le compositeur, très affecté par la liaison de sa femme Alma avec l’architecte Walter Gropius, s’est rendu à Leyde, aux Pays-Bas, afin d’y consulter Sigmund Freud. Construite de façon symétrique autour d’un mouvement central (« Purgatorio » en référence à un poème de Siegfried Lipiner, ami de Mahler), la symphonie d’une durée très longue (75 minutes) ne connaît l’apaisement que dans la seconde moitié du dernier mouvement sur l’ébauche duquel fut laissé un message d’amour de Mahler à sa femme : » Vivre pour toi ! Mourir pour toi ».
La direction toute en finesse et précision de Daniele Gatti, chef principal de la phalange saxonne pour la troisième saison, fait ressortir les sonorités de chaque pupitre malgré l’effectif pléthorique. C’est un orchestre flamboyant que l’on entend ce soir dans la salle Pierre Boulez de la Philharmonie : rondeur des cordes avec les violons 1 et 2 disposés face à face, rutilances des cuivres, excellents bois et percussions. Même dans les fortissimo qui emplissent la salle, il est possible de distinguer le son de chaque instrument sans saturation sonore aucune. La Staatskapelle de Dresde et son chef mettent en valeur les beautés de la partition, sans lourdeurs et évitent l’excès de pathos notamment par la recherche de contrastes et une justesse des tempi à l’intérieur de chaque mouvement.
Crédit photographique : © Oliver Killig
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