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Soirée numérique à l’Ensemble 2e2m

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium Marcel Landowski du CRR. 20-III-2018. Aurélien Dumont (né en 1980) : Sérieux gravats – Nara 2 pour petit ensemble ; Flaques de miettes (création mondiale) pour ensemble ; Oriol Saladrigues (né en 1975) : Fou ; Carlos Grätzer (né en 1956) / Jacques Perconte (né en 1974) : Albâtre pour ensemble, dispositif électroacoustique et vidéo (création mondiale). Ensemble 2e2m ; Camille Lezer / La Muse en Circuit (CNCM) : réalisation informatique musical ; direction Pierre Roullier

Jacques-Perconte-galeriecharlot-504Nature et artifice pourrait-on dire, s’agissant du deuxième concert de l’ avec le compositeur en résidence . Deux œuvres de ce dernier, dont une en première mondiale, s’affichent au programme tandis que la musique de sonne en phase avec les images numériques de dans Albâtre, la seconde création très attendue de la soirée.

Sérieux gravats – Nara 2 est une pièce très attachante d’ où le compositeur traduit de manière sensible son expérience d’écoute lors d’un premier séjour au Japon. Invoquant le romancier Antoine Volodine et son concept de Narrats, Dumont façonne une matière sonore et un équilibre fragiles dans l’entre-deux de l’imaginaire et du souvenir. Spring Drum, chimes, frisson d’un fil passé entre les cordes du piano, résonance délicate de l’archet sur les crotales sont autant d’événements furtifs, de petites briques de couleur et de temps, pour paraphraser Dumont, qui composent le paysage sonore. L’action d’une anche double dans la cavité résonnante du trombone – Patrice Hic très en dehors – évoque les trompes du Shōmyō (prière bouddhique) dont les interventions bruyantes perturbent le contexte quasi silencieux. La trouvaille participe de l’ingénierie à l’œuvre dans l’écriture du compositeur. Complices et à l’écoute, les musiciens en révèlent superbement la part sensuelle et émotive.

D’Aurélien Dumont toujours, Flaques de miettes (2008-2018), dans sa nouvelle version, est un assemblage de dix « vignettes » sonores dont l’ordre n’est pas fixé. Des mains du compositeur, tire au sort le numéro 7 pour amorcer le cycle. Chaque pièce commence comme la précédente a terminé. S’y révèle, au fil de la trajectoire, le jardin de sons d’Aurélien Dumont : objets hétérogènes, figures en boucles, matière bruitée, filtrée, effacée, souffle coloré… Un jardin Zen assurément, convoquant le mystère autant que les surprises.

C’est à une auscultation microscopique de la matière sonore qu’Oriol Saladrigues nous convie dans Fou pour ensemble et électronique en temps réel. Le compositeur catalan explique dans ses notes d’intention que ce sont les manifestations de la folie qui ont stimulé son désir de composer… « la musique étant un terrain privilégié pour la métaphore, pour l’abstraction et en général pour explorer l’inconnu ». Les musiciens sont plongés dans le noir pour ce voyage au cœur du son dont l’électronique répercute les manifestations : textures hérissées, variations sensibles du spectre harmonique, entre-choc des sonorités. L’accordéon soliste (fidèle ) donne une épaisseur à cet espace de tension un rien sombre qui ne convoque que les vents. La fin cut participe du geste radical dont relève toute la pièce.

Ce n’est pas à proprement parler d’un Ciné-concert qu’il est question dans Albâtre, la performance vidéo-sonore d’envergure (quelques quarante minutes) liant le travail de et celui de . La vidéo a été réalisée à la demande du compositeur franco-argentin familier des techniques de la musique à l’image. Albâtre est un flux continu d’images voyageuses (la mer, le ciel, les bateaux, les oiseaux, le vert des prairies, la fumée des usines…) où le vidéaste travaille en virtuose le passage entre le monde visible et la synthèse numérique, dans une fantasmagorie de textures, de couleurs et de mouvement. Carlos Grätzer a quant à lui réuni dix instrumentistes et des sons fixés sur support pour élaborer une toile sonore sur mesure, d’un ressort énergétique impressionnant. L’écriture raffinée exploite une riche palette de timbres (la partie de cuivres est somptueuse), varie le grain et la qualité des textures dans une temporalité flexible au plus près des suggestions de l’image. Le compositeur ose parfois quelques touches pittoresques, telles ces sonnailles nous parvenant des haut-parleurs pour accompagner le vert des prairies, ou cette écriture-oiseaux du plus bel effet au terme du voyage.

C’est une performance aussi pour les instrumentistes constamment sollicités et pour leur chef soumis à l’implacable temps métronomique (le clic dans l’oreillette) pour assurer la parfaite synchronie de l’ensemble. Soulignons enfin l’étonnante fluidité entre univers instrumental et électroacoustique (Camille Lezer à la console) entretenant l’ambiguïté des sources sonores.

Crédit photographique : © Jacques Perconte

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