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Roberto Alagna livre une prestation de référence dans Samson au TCE

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 12-VI-2018. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Samson et Dalila, opéra en trois actes sur un livret de Ferdinand Lemaire. Avec : Roberto Alagna, Samson ; Marie-Nicole Lemieux, Dalila ; Laurent Naouri, Le Grand Prêtre ; Alexander Tsymbaliuk, Abimélech ; Renaud Delaigue, Un vieillard hébreu ; Loïc Félix, Un messager philistin ; Jérémy Duffau, Premier philistin ; Yuri Kissin, Deuxième philistin. Choeur de Radio France (chef de choeur : Martina Batic). Orchestre national de France, direction musicale : Mikhail Tatarnikov.

Alagna LemieuxDe retour de Vienne où il porte Samson depuis un mois, offre dans le rôle en version de concert un véritable cours de chant français pour deux soirs au Théâtre des Champs-Élysées. Face à lui étend son art sur toute la tessiture de Dalila, escortée par des seconds rôles exemplaires et un Chœur de Radio France exalté, en plus d’un condensé sous la main du chef russe .

Si l’incertitude ne pèse presque plus sur la prise de rôle effective de Lohengrin par cet été à Bayreuth, celle de le reconnaître comme le meilleur Samson actuel s’était effacée un mois plus tôt devant le concert de louanges lors de sa prise de rôle scénique à Vienne avec la mezzo-soprano Elīna Garanča.

L’entrée du ténor sur la scène du Théâtre des Champs-Élysées se fait au moins cinq minutes avant qu’il ne doive ouvrir la bouche, mais déjà le charisme fait rage et bien qu’en version de concert, Alagna joue le héros biblique comme s’il était à l’opéra. Passée la surprise de le trouver parfois lisant une partition qu’il tient pourtant scéniquement depuis mai au Wiener Staatsoper, Roberto Alagna offre à Paris un véritable cours de chant, d’une diction irréprochable de chaque mot en plus d’un phrasé et d’un art des liaisons que seul un amoureux de la langue française peut maîtriser. La voix chaude dès les mots « Arrêtez, ô mes frères » se colore au fur et à mesure du premier acte, pour un acte II d’un sublime engagement au duo et un final montrant la réserve de puissance disponible chez l’artiste, qui aurait pu tenir encore une heure sans problème s’il n’avait choisi d’ébranler trop tôt les piliers du temple.

Face à lui, se présente en digne héritière d’une pour qui était écrit le rôle, bien qu’elle ne l’interprètera jamais intégralement. La diction elle aussi impeccable s’allie à une ligne de chant pure à laquelle ne manque qu’un surplus de sensualité. La sensibilité du finale de l’acte I et de l’air Printemps qui commence étale la finesse de chant, le suivant dès le début de l’acte II exposant le spectre haut jusqu’à l’aigu porté avec puissance, quitte à dénaturer la ligne pour y monter. Le duo envoûté expose une femme véritablement touchée face à l’aura d’un Samson que personne ne pourrait remettre en cause lorsqu’il lui prend la tête entre les mains aux doux mots de « Je t’aime ».

Pourtant Dalila a juré trahison, et si programmé en Abimélech à la présentation de saison aurait porté le rôle dans les profondeurs de graves, , le lendemain Boris sur la scène de l’Opéra Bastille, développe un bas-médium impressionnant en plus d’être lui-aussi parfaitement compréhensible sur le texte. tient une ligne de chant moins droite et ne développe pas un timbre particulièrement sombre pour le Grand Prêtre, mais il joue le personnage en le rendant dur, en plus de développer lui aussi un véritable art de la diction. Les autres rôles bénéficient tous de chanteurs entendus dans de bien plus dures épreuves, et ne faisant qu’une bouchée de leurs parties de philistins, quand est un vieillard hébreu crédible malgré son âge, et un messager bien identifié.

Saint-Saëns, avant de penser à un opéra, réfléchissait à un oratorio au risque de se mettre en comparaison avec Haendel. Le fait d’interpréter l’ouvrage en version de concert plutôt que scénique montre toutefois l’ambivalence de cette partition, notamment dans le traitement de l’effectif choral, ici avec un Chœur de Radio France exemplaire tant par la mise en place que par la puissance et l’intelligibilité. L’ maintient les sons transparents qui font sa personnalité, mais est massifié par la direction dense autant que lyrique du chef . Les premiers accords emportent en quelques instants l’auditeur vers les tons sombres de la partition symphonique, maintenue jusqu’à la dernière scène malgré des sursauts de clarté tirés des bois – premier hautbois, première flûte, les deux clarinettes, le cor anglais – et de la harpe. Après une telle représentation, même les auditeurs les plus réfractaires à l’œuvre se trouvent conquis.

Crédits Photographiques : Jean-Baptiste Millot et Manuel Cohen

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