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La « Rodelinda » de Haendel sobrement élégante présentée à Paris, Théâtre du Châtelet, atteste de la vitalité du Festival de Glyndebourne

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Paris. Théâtre du Châtelet. 4-II-02. Georg Friedrich Haendel: Rodelinda. Emma Bell, Kurt Streit, Umberto Chiummo, Jean Rigby, Andreas Scholl, Artur Stefanowicz, Aaron Fulthorpe. Orchestra of the Age of Enlightenment. Direction : William Christie. Mise en scène : Jean-Marie Villégier, en collaboration avec Francesca Gilpin. Décors : Nicolas de Lajartre et Pascale Cazalès. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Bruno Boyer.

Rodelinda

Le Théâtre du Châtelet aura été l’hôte en ce début d’année 2002 du Festival de Glyndebourne, accueillant deux productions qui ont marqué l’histoire récente de la plus fameuse des manifestations lyriques britanniques. Fidelio de Beethoven dirigé par Sir Simon Rattle et mis en scène par , et la plus rare Rodelinda de Haendel, par et Jean-Marie Villégier, l’équipe même qui re-créa l’Atys de Lully voilà plus de quinze ans, deux spectacles qui auront attiré les foules.

Réputé désuet en raison de son rituel resté immuable depuis sa création en 1934, le Festival de Glyndebourne aura présenté à Paris deux productions sinon décapantes du moins débarrassant chacun des ouvrages de toute tradition. Villégier a placé l’action de Rodelinda dans les années 1930, signant une mise en scène sobrement convaincante qui restitue parfaitement l’atmosphère délétère de cette tragédie familiale nourrie de luttes pour le pouvoir et l’amour. Les décors de Nicolas de Lajartre et Pascale Cazalès, et les costumes de d’un noir et gris très élégants affermissent l’acuité de la direction d’acteurs, l’opposition manichéenne et constante du bien et du mal. Quelques anecdotes déplacées dans une production aussi cossue, notamment l’apparition de Zorro en vengeur masqué, sont à regretter.

Côté musique, Rodelinda est une partition excessivement longue. Comme très souvent dans les opéras de Haendel, deux ou trois airs de grande beauté, avec un sommet situé au deuxième acte, mais, cette fois, non pas au centre, mais à la toute fin de l’acte. Et deux duos exceptionnels, non seulement dans la production de Haendel, mais par leur magnificence. , qui alternait avec Ceterina Antonicci, campe une Rodelinda tout d’abord un peu réservée, avant de se libérer peu à peu pour imposer le timbre charnu d’une voix fruitée dont les graves sont plus larges que ceux de son mari, Bertarido, réputé mort campé par , dont la beauté naturelle du timbre ne peut malheureusement dissimuler une voix pas toujours homogène sur le plan des registres. , qui connaît dès l’abord quelque défaillance vocale, ne contrôlant que difficilement ses vocalises, gagne peu à peu en assurance et se révèle de bout en bout excellent acteur, entrant en totale osmose avec le personnage de Grimoaldo, tyran miné par le doute. dirige un peu trop sèchement une œuvre qui appelle pourtant souvent la poésie, mais son énergie donne un souffle et une dynamique dont l’opéra de Haendel a besoin pour que l’attention de l’auditeur ne flanche pas. L’ se montre ductile et sûr, malgré de légers décalages avec le plateau, et des approximations parmi les cordes et les cuivres. Mais ces petites défaillances ne nuisent en rien au plaisir que l’on prend à suivre ce spectacle de très grande classe, digne en tout cas de la réputation d’excellence des productions de Glyndebourne.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 4-II-02. Georg Friedrich Haendel: Rodelinda. Emma Bell, Kurt Streit, Umberto Chiummo, Jean Rigby, Andreas Scholl, Artur Stefanowicz, Aaron Fulthorpe. Orchestra of the Age of Enlightenment. Direction : William Christie. Mise en scène : Jean-Marie Villégier, en collaboration avec Francesca Gilpin. Décors : Nicolas de Lajartre et Pascale Cazalès. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Bruno Boyer.

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