Un Hollandais à la hauteur de la légende

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Bastille. 6-V-2002. Richard Wagner, Der fliegende Holländer. Albert Dohmen, Susan Anthony, Franz-Josef Selig, Kim Begley, Barbara Bornemann, Mathias Zachariassen. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Direction : Daniel Klajner. Mise en scène : Willy Decker Réalisation de la mise en scène : Alejandro Stadler. Décors et costumes : Wolfgang Gussmann. Lumières : Hans Toelstede.

Der Fliegende Hollander

Deux ans après sa première apparition sur la scène de l’Opéra Bastille, la production du Fliegende Holländer de qui en avait déjà laissé les réglages à Christoph Myer de cette mise en scène reprise cette fois par Alejandro Stadlers, convainc davantage qu’à l’origine. La scénographie de Wolfgang Gussmann place l’action dans un vaste salon bourgeois des bords de la mer du Nord aux murs blancs formant triangle avec deux immenses ouvertures, l’une sur un grand dégagement orné d’une marine laissant apparaître le fantôme du vaisseau légendaire, l’autre doté d’une porte imposante débouchant sur une mer particulièrement agitée. Le pivot de l’ouvrage, donné dans sa version en trois actes enchaînés, la scène des fileuses et la ballade de Senta, est chanté non pas autour de rouets mais le chœur de femmes s’exprimant en cercle et filant une immense voile blanche. Au terme de l’ouvrage, l’héroïne ne se jette pas dans l’onde du haut d’une falaise mais sur un couteau dans la demeure paternelle au milieu du personnel affolé s’enfuyant courageusement…

Trois mois après sa première apparition au pied levé à l’Opéra de Paris lors de la création de Medea de Liebermann, confirme son étonnante maîtrise des grands espaces sonores et une naturelle affinité pour les amples élans lyriques et l’univers sonore germanique. Le jeune chef suisse porte en effet l’orchestre de l’Opéra de Paris jusqu’à la fusion, sollicitant un torrent continu des pupitres qui répondent avec brio, sonnant fier et aptes aux nuances les plus ténues. Aucun décalage ne point ici, et les chœurs sont d’une précision et d’une cohésion extraordinaires. La distribution est à la hauteur de cette vision épique de la légende du Hollandais volant, emportée par les embruns et le vent du large avivés par Klajner. est une bouleversante Senta, belle et rayonnante, tout comme la voix, chaude et égale sur l’amplitude du spectre. est un Erik solide et bien chantant, Barbara Bornemann une Mary au beau métal. est un Hollandais déchiré, hallucinant de vérité et de douleur. La voix est somptueuse, la ligne de chant malléable à merci, le timbre moelleux et chaud. Après des débuts aussi éblouissants, il ne reste qu’à souhaiter le retrouver régulièrement sur la scène de l’Opéra de Paris. Seul se sera montré en retrait, campant un Daland étonnamment effacé.

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