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Vêpres à la direction de James Conlon

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Paris. Opéra de Paris Bastille. 25-VI-03. Giuseppe Verdi (1813-1901), Les Vêpres siciliennes. Sondra Radvanovsky (Hélène), Louise Callinan (Ninetta), Luca Lombardo (Henri), Anthony Michaels-Moore (Guy de Montfort), Vitalij Kowaljow (Procida), Jean-Luc Maurette (Danieli), Francisco Simonet (Mainfroid), Christophe Fel (Robert), etc. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : James Conlon. Mise en scène : Andrei Serban. Décors et costumes : Richard Hudson. Lumières : Matthiew Richardson.

Vêpres à la direction de James ConlonRetour de la version française des Vêpres siciliennes de Verdi à l’Opéra

C’est avec Les Vêpres siciliennes que s’essayait pour la première fois au grand opéra à la française, dans la lignée de Guillaume Tell de Rossini vu à l’Opéra Bastille en mars dernier* et des Huguenots de Meyerbeer, genre dans lequel Verdi allait atteindre son apogée avec Don Carlos. Tout comme pour ce dernier ouvrage, l’intrigue des Vêpres siciliennes est sombre et complexe, mais le résultat est loin d’être comparable. En effet, autant Don Carlos écrit sur un livret de Méry et Du Locle s’avèrera une réussite totale en 1867, même s’il faudra attendre son adaptation en italien pour que l’ouvrage s’impose définitivement, autant Les Vêpres siciliennes, composées en 1855 sur un livret de Scribe et Duveyrier, s’avère lourd et pompier, à l’image du livret écrit dans une langue souvent aux limites du ridicule. L’action qui y est décrite déplut à Verdi, qui la ressentit comme une double offense, à la fois à l’égard des Français, à cause du massacre final, et des Italiens, traîtres à la parole donnée. L’œuvre se fonde sur un fait historique, l’occupation de la Sicile par les troupes françaises à la fin du XIIIe siècle et les efforts des Siciliens pour les bouter hors de l’île. Malgré l’authenticité du cadre, l’intrigue n’est guère crédible, le gouverneur français, Guy de Montfort, découvrant que le plus vindicatif des rebelles, Henri, amoureux de la même femme que lui, la duchesse Hélène d’Autriche, est en fait son propre fils…

Connues dans leur version italienne créée à Parme en 1863, Les Vêpres siciliennes n’ont jamais été reprises en leur langue d’origine à l’Opéra de Paris depuis leur création le 13 juin 1855, salle Le Peletier, n’entrant finalement au palais Garnier en italien qu’en 1974, où elles ont été données non sans coupures. , qui aime cette partition au point d’avoir demandé à Hugues Gall de la monter à l’Opéra, en a donné une version quasi complète, ce qui permet une progression sans faille, le chef américain s’investissant en outre sans compter dans une partition qui, à l’exception de l’ouverture, n’est pas du meilleur Verdi. L’écriture est épaisse, l’orchestre sonne gras, les rythmes sont pesants et primitifs, cela malgré la direction attentive et l’élan que donne Conlon à un orchestre qui scintille de tous ses feux mais ne parvient pas à effacer la lourdeur de l’œuvre.

La mise en scène d’Andrei Serban n’arrange pas les choses, bien au contraire. Engloutie dans un décor monumental, grand mur de briques blanches épousant diverses formes pour laisser les dégagements nécessaires à l’apparition de nombreux détails plus ou moins bienvenus, tels des paysages brûlés par le soleil, un poing immense symbolisant lourdement, dans cette action transposée à l’époque coloniale, la puissance du joug de l’occupant et le poids froid de l’injustice, les mitrailleuses des résistants, etc., la direction d’acteurs est mollassonne, engourdie, particulièrement dans les déplacements de groupes, et jusqu’aux mouvements chorégraphiques. Le metteur en scène roumain prend l’ouvrage de Verdi au premier degré, insistant sur le manichéisme des personnages, sans craindre le grotesque de la redondance, le comble du ridicule étant atteint dans la scène finale, où le massacre des Français à l’heure des vêpres se transforme en champ de tir, avec fusils et mitrailleuses, les héros se figeant soudain au moment où les lumières s’éteignent inopinément.

La distribution polyglotte réunie à l’occasion de ce retour des Vêpres siciliennes dans leur version française a heureusement été préparée par Janine Reiss, tant tous s’expriment dans un français clair et fort bien articulé. Trop, peut-être, tant les paroles sont insipides. Sans doute sont-ce quasi les mêmes en italien, mais elles deviennent insupportables dites dans la langue de Molière. Pour son second grand rôle à l’Opéra de Paris, après Marguerite de Faust en 2001, la soprano américaine impose sa voix solide et franche au timbre radieux, d’une élasticité qui n’a d’égale que sa plastique. Face à elle, le baryton britannique campe un Guy de Montfort froid et tyrannique, mais la voix est curieusement fade. , qui remplaçait annoncé en début de saison, est un Procida quelconque, tandis que , qui suppléait au pied levé , malade, a fait des prouesses dans le rôle périlleux d’Henri.

* Voir article [Paris] Guillaume Tell victime d’un trait américain [15/03/2003]

Crédits phtographiques : Eric Mahoudeau

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Paris. Opéra de Paris Bastille. 25-VI-03. Giuseppe Verdi (1813-1901), Les Vêpres siciliennes. Sondra Radvanovsky (Hélène), Louise Callinan (Ninetta), Luca Lombardo (Henri), Anthony Michaels-Moore (Guy de Montfort), Vitalij Kowaljow (Procida), Jean-Luc Maurette (Danieli), Francisco Simonet (Mainfroid), Christophe Fel (Robert), etc. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : James Conlon. Mise en scène : Andrei Serban. Décors et costumes : Richard Hudson. Lumières : Matthiew Richardson.

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