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Karlheinz Stockhausen, l’espace démultiplié

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble, Musique symphonique

Strasbourg. Le 04-10-2003.Karlheinz Stockhausen, Carré; Hanspeter Kyburz, Malstrom: Radio-sinfonienorchester, Stuttgart des swr, swr Vokalensemble Stuttgart, direction orchestre I : Rupert Huber, orchestre II : Matthias Hermann, orchestre III : Zsolt Nagy, orchestre IV : Lucas Vis.

Festival Musica

Musica, le Festival International des Musiques d’Aujourd’hui qui se déroule du 26 septembre au 10 octobre à Strasbourg, poursuivait ce samedi 4 octobre l’hommage rendu cette année au compositeur allemand en affichant en première partie de programme Carré, une œuvre gigantesque conçue pour quatre groupes orchestraux — au total 77 instrumentistes — et quatre chœurs mixtes placés autour du public, dans ce vaste espace qu’offrait, pour l’occasion, la patinoire du Wacken. Il importait en effet, aux organisateurs de Musica, de trouver un lieu à la mesure — ou plutôt à la démesure — des œuvres interprétées. Si l’aménagement était, certes, optimal, l’acoustique, en revanche, ne fut pas très porteuse et l’on attendit en vain ces girations sonores, divergentes et spectaculaires appelées par un tel dispositif qu’un minimum de réverbération aurait sans doute mis davantage en valeur.

Commandé par la radio de Hambourg, Carré, terminé en 1959, fut esquissé par Stockhausen lors d’une tournée de six semaines en Amérique. « Dans l’avion que j’utilisais longuement chaque jour, raconte-t-il, je ressentais au-dessus des nuages les plus lentes variabilités du temps et les plus grands espaces ». Avec la participation de son assistant Cornélius Cardew, Stockhausen donne vie à son utopie sonore, concevant, comme un architecte, des schémas et des plans pour organiser les changements de direction dans l’espace, la circulation d’un ensemble à l’autre, en cercle, en triangle, en rebond entre deux groupes, autant de déterminations sonores dont on ne ressentit pas le plein effet, frustré par une acoustique qui annulait toute résonance. L’écoute de Carré est sûrement beaucoup plus exigeante que celle de Gruppen (1955-57) — totalisant la somme de trois orchestres disposés en fer à cheval et centrée sur le même de travail de spatialisation du son — en raison de sa fragmentation systématique. Poursuivant ses recherches sur la forme momentanée (Momentform) , Stockhausen organise le déroulement de sa composition en 101 moments de durées variables dont les combinaisons « timbriques » sans cesse se renouvellent, réclamant une attention très concentrée pour apprécier la variabilité de chaque projection sonore ; l’œuvre de 35 minutes parut souvent lasser le public et si la qualité de l’orchestre symphonique de Stuttgart et du swr Vokalensemble n’est certes pas à mettre en cause, il manquait une véritable interaction dans la quadruple direction et une énergie fédératrice pour atteindre ce que Stockhausen appelait de ses vœux : l’esprit d’une nouvelle conscience du cosmos.

La deuxième œuvre au programme de la soirée, Malstrom de , sollicitait le même déploiement orchestral : l’idée de répartir les masses dans l’espace est, chez Kyburz, un souci assez fréquent que l’on retrouve dans The Voynich Cipher Manuscript par exemple — également programmé à Musica — où les 24 voix dispersées dans toute la salle s’aventurent à la recherche d’un manuscrit ancien.

Né en 1960 à Lagos au Nigéria, de parents suisses, , fêté cette année à Musica, étudie la composition avec et à Graz. Il pratique également la musique en studio et enseigne l’électroacoustique en Allemagne, en Autriche et en Suisse. Depuis 1997, il est professeur à l’académie supérieure de musique de Berlin.

Malsrom pour quatre ensembles orchestraux et un chef — se retrouvait seul à la direction — reconstitue le décor menaçant d’un récit d’Edgar Poe décrivant le vertige d’une descente dans le Maelstrom, ce tourbillon norvégien qui ne laisse aucune chance aux bateaux égarés. L’œuvre un rien démonstrative est d’une violence presque agressive, jouant sur l’amalgame des timbres pour « durcir » la matière à grand renfort de sonorités cuivrées et d’attaques percussives. Très peu de répit dans ce tempo furioso qui tient l’auditeur en haleine jusqu’aux dernières mesures confiées au murmure des cordes ponctuées par le vibraphone.

Après une brève présentation de l’œuvre par le compositeur, le public bénéficia d’une deuxième audition dont l’expérience est toujours intéressante lorsque l’auditoire peut se déplacer dans la salle pour tester d’autres lieux d’écoute. Ce ne fut malheureusement pas le cas… sans doute les conditions ne s’y prêtaient-elles pas ?

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