Une Flûte animée pour l’inauguration de la saison du Capitole

La Scène, Opéra, Opéras

Toulouse. Halle aux Grains. 5 X 2003. Mozart :Die Zauberflöte. Jorma Silvasti, Tamino. Madeline Bender, Pamina. Hans Sotin, Sarastro. Aline Kutan, La Reine de la nuit. Markus Werba, Papageno. Anne-Catherine Gillet, Papagena. Chœurs et Orchestre du Capitole. Direction : Claus Peter Flor. Mise en scène : Nicolas Joël. Décors : Emmanuel Favre. Costumes : Gérard Audier.

Une Flûte animée inaugurait cette saison du Théâtre du Capitole hors les murs, pour cause de travaux de rénovation, par cette Flûte enchantée à la Halle aux Grains. Par sa configuration hexagonale, avec une scène centrale, cette salle pose certainement de grands problèmes de mise en scène et d’utilisation de l’espace, ici assez habilement résolus par l’utilisation d’un double escalier hélicoïdal — ressemblant à une molécule d’ADN—  au pied duquel les musiciens prennent place dans une sorte de citerne, l’action se déroulant ainsi tout autour de l’orchestre qui devient véritablement le personnage central. Problèmes pas entièrement résolus cependant, la visibilité, satisfaisante dans les premières galeries, se révélant plus problématique à l’étage supérieur, de nombreux abonnés peu habitués à de telles conditions s’étant plaints de n’apercevoir que… le haut de l’escalier et un peu la tête de certains chanteurs! On peut espérer que les prochains spectacles remédieront à ces désagréments.

Pour sa mise en scène, Nicolas Joël a choisi de jouer délibérément la carte du conte merveilleux, s’amusant à semer les anachronismes, accentuant les gags et l’artifice. Tamino est ainsi poursuivi par un beau dragon chinois de papier, Papageno déguisé en indien — sans doute une référence au huron de Voltaire, n’est-il pas l’Ingénu de l’opéra?—  arrive en ski de fond, les trois garçons à tête de martiens en vélo, des acrobates-animaux apparaissent par enchantement au son de la flûte du prince, glissant des cordes depuis le plafond, et Sarastro a l’allure d’un Shogun d’opérette, ample veste trapézoïdale et chignon relevé.

Pour servir ce spectacle coloré et vivant, le metteur en scène a choisi des acteurs jeunes, physiquement crédibles, chez qui l’engagement du jeu compense largement des voix plus solides que véritablement remarquables. Le Papageno de , par exemple, parle parfois plus qu’il ne chante, mais son humour, sa prestance virevoltante et sa complicité avec le public composent un personnage humain si attachant que cela n’a guère d’importance.

Madeline Bender est une Pamina d’un grande charme physique, douce et noble, mais le caractère même de son personnage, seria par essence et donc moins propice à un jeu débridé, fait que l’on remarque plus les limites vocales d’un timbre un peu blanc, parfois tendu dans l’aigu. Jean-Pierre Lautré est un Monostatos étonnant, énergique, très drôle et roué comme le veut son rôle, et la voix, timbre typique de ténor bouffe, est bien conduite. La présence du vétéran — n’exagérons rien, il n’a que 64 ans—  était bien sûr très attendue. Hélas! la voix bien abîmée après des lustres de rôles wagnériens semble parfois éraillée et le premier air exposait une intonation incertaine. Mais la stature colossale de l’acteur demeure, comme son professionnalisme. Le Tamino de , sorte de Tintin poupin, satisfait totalement aux exigences vocales du rôle; le timbre est agréable, l’émission nette et aisée, le style très musical. Il domine ainsi largement un plateau aux seconds rôles hétérogènes : la Papagena d’ est très jolie, physiquement et vocalement, mais à peine passable en Reine de la Nuit, les dames paraissent un peu disparates et les garçons, assez faux, sont loin de valoir les petits choristes allemands.

retrouve ici les préceptes qu’il avait développé avec succès dans les Noces de Figaro la saison dernière, appliquant certains acquis de l’interprétation « baroque » — absence de vibrato pour les cordes, beau travail sur les timbres des bois—  à un orchestre traditionnel; pourtant le résultat, que l’on sent longuement mûri et très travaillé dans le détail, apparaît moins constamment remarquable. Peut-être avant tout parce que la Flûte, singspiel brassant dans un ensemble composite diverses influences, est dans sa structure une œuvre moins unitaire que d’autres opéras de Mozart, mais aussi parce que la célérité générale des tempos fait perdre un peu de leur magie à certains passages élégiaques, comme le si poétique dialogue entre Tamino et l’Orateur. Les musiciens de l’Orchestre du Capitole servent à merveille cette conception, même si la sonorité de l’effectif réduit choisi par le chef se perd un peu dans la sécheresse acoustique de la Halle aux Grains.

Avec un plateau vocal très professionnel à défaut d’être exceptionnel et une direction énergique, une très belle Flûte enchantée, vive pleine d’action et de péripéties, très beau livre d’images qui cependant n’oublie jamais de servir les aspects philosophiques de l’œuvre, Nicolas Joël ayant su tirer le meilleur parti possible d’un livret difficile.

crédit photographique : Patrice Nin

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