La Scène, Opéra, Opéras

Une Grande Duchesse pleine d’entrain

Plus de détails

Colmar*, Mulhouse, Strasbourg. Jacques Offenbach : La Grande Duchesse de Gérolstein. Production de l’Opéra National du Rhin. Mise en scène : François de Carpentries. Décors : Emmanuel Clolus. Martine Olmeda : La grande-duchesse ; Rodolphe Briand : Fritz ; Loïc Félix : Le prince Paul ; Thomas Morris : Le baron Puck ; Olivier Grand : Le général Boum ; Sophie Marin-Degor : Wanda ; Antoine Garcin : Le baron Grog ; Scott Emerson : Népomuc ; Emmanuelle Schuler : Olga ; Frédérique Letizia : Amélie ; Karine Motyka : Charlotte ; Gaël Cheramy : Iza ; Christophe de Ray Lassaigne : le notaire… Chœurs de l’Opéra National du Rhin : direction : Michel Capperon ; Orchestre Symphonique de Mulhouse, direction : Jérôme Pillement.

colmar_grande_duchesse_1-300x423À l’Opéra du Rhin, un Offenbach restitué par J.-C. Keck

Pour les fêtes de fin d’année, l’Opéra National du Rhin a choisi de faire un cadeau royal aux mélomanes alsaciens, en leur offrant un opéra-bouffe en trois actes et deux tableaux de , la Grande Duchesse de Gérolstein.

Et pour être gâté, le public l’a été : trois heures d’un spectacle présenté dans sa version originale, restituée grâce au travail remarquable de , sans les coupures infligées à l’œuvre tant par Offenbach lui-même ; que par la censure. Il faut dire que le sujet s’y prêtait : il s’agit ni plus ni moins qu’une féroce diatribe de la guerre et des intrigues de la cour. Et quand on sait qu’à la cour impériale, l’impératrice Eugénie dictait plus ou moins la politique étrangère et impérialiste de Napoléon III, on comprend aisément que cette Grande-Duchesse (qui proclame haut et fort qu’elle aime les militaires !), souveraine de l’Etat de Gérolstein, a quelque peu dérangé les critiques de l’époque. Et elle est toujours d’actualité, qu’on en juge en quelques mots.

L’action se passe donc dans le pays imaginaire de Gérolstein (« Pierre qui roule », aujourd’hui ce serait… « Rolling Stone » !). Dans l’acte I, on voit une armée sur le pied de guerre, prête à partir en campagne. Lors d’une tournée d’inspection, la souveraine s’éprend du soldat Fritz et lui fait gravir tous les échelons de la hiérarchie, le catapultant général en chef. Cette rapide ascension est mal vue par le général Boum et le Premier ministre, le baron Puck (les véritables dirigeants du Grand Duché), qui souhaiteraient que leur princesse épouse le prince Paul. Revenant victorieux de la campagne (et ramenant son armée qui n’a subi aucune perte) le général Fritz subit les avances de l’entreprenante Duchesse. Le général Boum, le baron Puck et le prince Paul, fomentent un complot en vue d’assassiner Fritz. La souveraine le découvre et par un brusque retournement de situation rejoint la conjuration. Elle se décide enfin à épouser le prince Paul et décide d’épargner Fritz, mais de lui donner néanmoins une leçon. Envoyé en mission, celui-ci se couvre de ridicule et est dégradé. L’honneur est sauf, l’opéra-bouffe se conclut par happy end.

Cette critique sociale, bien qu’elle date de plus d’un siècle (la Grande Duchesse fut crée le 12 avril 1867 au Théâtre des Variétés de Paris), reste encore d’actualité. Guerres et intrigues politiques sont toujours de mise et, bien souvent, l’intérêt particulier des dirigeants passe avant celui de la nation.

La version « Keck » proposée par l’Opéra National du Rhin n’a plus été jouée pratiquement depuis la création ; on suppose que le compositeur a supprimé de nombreux passages dès les toutes premières représentations, le public ayant trouvé la livraison originelle trop longue. Il s’agit donc là d’une véritable recréation. Et on peut également affirmer que ce spectacle est intemporel. Outre le fait que le thème est toujours d’actualité comme on a dit, la mise en scène ainsi recontextualisée place encore plus cet opéra bouffe hors du temps. Elle est en effet un savant mélange d’anachronisme, plongeant le spectateur tantôt dans le Second Empire, tantôt dans le monde contemporain.

Le spectacle commence même avant lever du rideau, puisque, durant l’ouverture, un ballet devient de plus en plus visible grâce à des jeux de lumière, à travers un écran translucide. Et, lorsqu’il débute vraiment, les scènes s’enchaînent à un rythme effréné, permettant rarement au public de reprendre son souffle. Sur la scène, les chanteurs et choristes démontrent qu’ils sont des artistes complets : outre leur talent non contesté pour le chant virtuose, ils sont également d’excellents comédiens, et prennent aussi part à certains mouvement des ballets. Et dans la salle, le spectacle se prolonge lorsqu’à la fin du premier tableau de l’acte III, le corps de ballet évolue parmi les spectateurs afin d’acclamer le général Fritz !

Sans aller jusqu’à dire que cette lecture de la Grande Duchesse est anthologique, on peut sans conteste affirmer quelle fera date. Un seul regret toutefois : la voix du baryton Olivier Grand manque un peu de puissance et a quelquefois du mal à se faire entendre, couverte par l’orchestre. En revanche, Martine Olmeda effectue une extraordinaire prestation dans le rôle-titre. Il en est de même des autres interprètes qui, tant par leur jeu que par leur voix, sont tout à leur affaire. , à la tête de l’, dirige musiciens et chanteurs avec tout le brio souhaitable, sans alourdir la charge. Quant aux chorégraphies signées et (lequel a également réalisé les décors), elles offrent un surprenant mélange — sacrilège selon les uns, trait de génie pour les autres — de danse classique et moderne, les danseurs effectuant même quelques mouvement de hip-hop.

Plus de détails

Colmar*, Mulhouse, Strasbourg. Jacques Offenbach : La Grande Duchesse de Gérolstein. Production de l’Opéra National du Rhin. Mise en scène : François de Carpentries. Décors : Emmanuel Clolus. Martine Olmeda : La grande-duchesse ; Rodolphe Briand : Fritz ; Loïc Félix : Le prince Paul ; Thomas Morris : Le baron Puck ; Olivier Grand : Le général Boum ; Sophie Marin-Degor : Wanda ; Antoine Garcin : Le baron Grog ; Scott Emerson : Népomuc ; Emmanuelle Schuler : Olga ; Frédérique Letizia : Amélie ; Karine Motyka : Charlotte ; Gaël Cheramy : Iza ; Christophe de Ray Lassaigne : le notaire… Chœurs de l’Opéra National du Rhin : direction : Michel Capperon ; Orchestre Symphonique de Mulhouse, direction : Jérôme Pillement.

Mots-clefs de cet article

Banniere-clefdor1-aveclogo

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.