Quand Yannis Kokkos se met au fourneau

La Scène, Opéra, Opéras

Genève. Grand Théâtre, le 23-XII-04. Engelbert Humperdinck : Hänsel et Gretel, opéra en trois actes d’après le conte des frères Grimm. Production créée au Châtelet en 1997, reprise en coproduction avec le Théâtre de Caen. Mise en scène, décors et costumes : Yannis Kokkos. Collaboration artistique  : Anne Blancard. Lumières : Patrice Trottier. Mouvements chorégraphiés / Le Chat : Richild Springer. Création images : Eric Duranteau. Le Père : Franz-Joseph Kapellmann. Gertrud (la Mère) : Nadine Denize. Hänsel : Anke Vondung. Gretel : Camilla Tilling. La Sorcière Grignote : Pierre Lefebvre. Le Marchand de sable/La Fée Rosée : Katia Velletaz. Orchestre de la Suisse Romande. Maîtrise du Conservatoire Populaire de Musique dirigée par Magali Dami. Direction musicale : Armin Jordan.

« Hänsel et Gretel » au Grand Théâtre de Genève

Pour les fêtes, le Grand Théâtre de Genève propose Hänsel et Gretel de Humperdinck et convoque pour l’occasion l’homme de théâtre aux multiples talents . Le metteur en scène grec, établi depuis plus de quarante ans à Paris, avait déjà donné la mesure de sa créativité la saison passée en présentant une rareté du répertoire lyrique de grande valeur, Les Oiseaux, de Braunfels (lire l’article). En cette fin d’année civile, pour ce conte musical calqué sur le legs littéraire des frères Grimm, récidive avec un bonheur tout aussi contagieux. A nouveau, il signe les décors et les costumes en marge de la direction d’acteur. Stylisée, sa conception de l’environnement scénique est exempte de toute abstraction absconse comme de tout réalisme kitsch et offre au regard du spectateur l’essentiel du propos dans un écrin d’une pure poésie. Ainsi, à la fin du premier tableau, le dispositif scénique est actionné afin que la maison dans laquelle vit la pauvre famille disparaisse progressivement sous le plateau pour laisser place, au deuxième tableau, à la forêt. Là encore, plait par la relative sobriété qui semble d’abord prévaloir. Mais, une fois encore, il surprend en mettant en mouvement cette pépinière faussement anodine formée par des arbres fantomatiques qui se parent de couleurs franches dans une indéniable harmonie de couleurs. Les lumières pourvoient sinon sans relâche à l’exhalaison de l’onirisme contenu dans le livret. En écho à l’art du cirque, trapézistes et mouvements de gymnastiques rythment la venue des quatorze anges incarnés par de jeunes enfants graciles alors que le Marchand de sable n’est pas sans évoquer quelque clown triste. Au troisième acte, l’humour enfantin prévaut dans des décors plus explicites mais tout aussi réussis. Explicite aussi, l’image projetée pendant l’Ouverture sur le rideau de scène laissant apparaître une foule de jeunes ouvriers dans la cour d’une usine du temps de Zola … et d’Humperdinck … Une mise en contexte de l’œuvre aussi discrète que convaincante.

Le plateau n’appelle par contre pas le même enthousiasme inconditionnel. Si la Gretel de séduit par sa fraîcheur de timbre – qui permet d’oublier quelques menues imprécisions de l’intonation dans l’aigu – et si son frère, campé par Anke Vondung, fait montre d’une belle souplesse malgré une émission parfois un peu confidentielle, il est hélas nécessaire de constater que le couple des parents des deux enfants accuse une fatigue vocale certaine qui entame leurs lignes de chant. La sorcière de Pierre Lefebvre possède pour sa part un chant un peu âcre que l’on peut regretter même si son personnage s’en trouve assuré d’être cohérent. Au chapitre du chant, il est à noter, en revanche, que la Maîtrise du Conservatoire populaire de Musique s’acquitte de sa mission avec brio et une couleur chorale des plus séduisantes.

Yannis Kokkos n’est cependant pas le seul à soulever l’enthousiasme pour son sens délectable de la poésie. Le cheveu blanc virevoltant à l’orée de la fosse, goûte manifestement cette musique. Il conduit le « Romand » (pour reprendre le petit nom que donnent les mélomanes de Romandie à leur phalange orchestrale ayant ses quartiers au bout du lac) avec une souplesse qui paraît presque débonnaire mais qui reflète surtout l’état de grâce dans lequel l’ancien titulaire de l’orchestre fondé par Ernest Ansermet se trouve. Authentique poète de la fosse d’orchestre, sublime une nouvelle fois et la technique et la battue pour que la magie de la musique surgisse d’entre les lignes des portées, de la première levée à la double-barre conclusive. En wagnérien accompli, ll guide avec un sens de la ligne qui invite à la pâmoison les développements des leitmotive inspirés par le modèle narratif musical de l’auteur de la Tétralogie et appose un ton plus léger, délicieux, lorsqu’il sert les mélodies populaires et enfantines qui jalonnent la partition de Humperdinck. Il résulte de ces qualités musicales un regain de féerie qui épouse une scénographie foisonnante d’idées pleinement personnelles.

Il est permis et même recommandé de se repaître de ce spectacle jusqu’à la dernière miette !

Crédit photographique : © GTG, Isabelle Meister

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