Concerts, La Scène, Musique symphonique

Des interprètes dans leur élément !

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Paris. Cité de la Musique. 20-XI-2005. Modeste Moussorgski (1839-1881) : La Foire de Sorotchinski (Introduction et Gopak) ; Aram Khatchatourian (1903-1978) : Concerto pour violon et orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version de 1947). Laurent Korcia : violon ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Tugan Sokhiev.

La redécouverte du folklore russe

Ce concert, inscrit dans le cycle « cultures perdues, les folklores » est consacré à la musique traditionnelle russe avec trois compositeurs représentatifs : et l’Ukraine, et l’Arménie et enfin Igor Stravinsky et les chansons populaires russes. Les interprètes de ce concert n’ont pas été choisis au hasard : le jeune chef né en Ossétie du Nord, et le violoniste français fervent interprète et défenseur de ce répertoire. L’ est quant à lui très à l’aise et à l’écoute.

L’opéra La Foire de Sorotchinski de Moussorgski, écrit d’après une nouvelle de Gogol, à la même époque que La Khovanchtchina, est resté inachevé par le compositeur. L’œuvre fut complétée par de nombreux musiciens. L’introduction, sous-titrée « Chaude journée en petite Russie », s’ouvrant sur une mélodie ample avec des couleurs orchestrales limpides, est suivie d’une partie centrale plus vive qui évoque l’agitation d’un marché. Dès les premières mesures, on ressent les origines russes du chef. , avec peu de moyens gestuels, exprime les idées musicales qui sont chez lui complètement naturelles et que l’orchestre comprend. Il recherche la beauté du son et réussit les différentes ambiances de cette ouverture. Le Gopak, danse traditionnelle ukrainienne, qui clôt l’opéra, est quant à lui très rythmé, notamment par des contretemps, et divertissant. L’orchestre exécute sans difficultés ce tourbillon de bravoure mais on peut regretter un petit manque d’humour et de légèreté.

Le Concerto pour violon de Khatchatourian (écrit en 1940 pour David Oïstrakh) s’inspire de thèmes populaires arméniens, mais aussi de motifs orientaux. Le premier mouvement, Allegro con fermenza débute par un thème très rythmé et sévère puis se poursuit par un second plus mélodieux et exotique. Le deuxième mouvement, Andante sostenuto, évoque une valse lente chargée d’émotions et enfin le final, Allegro vivace, nous emporte dans un rondo festif rappelant le premier mouvement. , en harmonie avec cette culture populaire, exécute le concerto avec beaucoup de fougue et d’instinct. Son style met en valeur les différents aspects de la pièce et transporte l’auditeur dans un pays imaginaire. Ces glissandi et ces petites notes ornementales rappellent la culture tzigane, de même qu’il fait chanter la mélodie du deuxième mouvement comme une improvisation populaire. La technique de est éblouissante, particulièrement dans la cadence très violonistique du premier mouvement, qu’il interprète avec une virtuosité hors du commun. Sa sonorité intérieure se marie parfaitement avec les timbres de l’orchestre, qui se fond complètement dans le jeu du soliste. On savait passionné de musique populaire, on le découvre très à l’aise dans le répertoire russe.

Le ballet Petrouchka datant de 1911 fut remanié par le compositeur en 1947 pour une version de concert, avec un effectif plus réduit. Le tempo général du chef est un peu plus rapide qu’à l’habitude, mais la caractérisation des thèmes et des personnages est là, avec un certain humour. Le premier tableauFête populaire de la Semaine grasseest interprété par le chef de manière satirique. Le début est assez allègre évoquant bien une place de village animée. Les deux clarinettes de l’orchestre reproduisent de manière prodigieuse l’imitation de l’orgue de barbarie, élément essentiel de la fête foraine. La célèbre rengaine française « Elle avait une jambe de bois » survient comme un clin d’œil, peut-être pour le public de la salle! Thomas Prévost, flûtiste solo, joue avec beaucoup de grâce l’apparition de la ballerine. La célèbre Danse russe un peu martiale, est quant à elle, jouée de manière plus légère. Le second tableau chez Petrouchka manque en revanche de sensibilité et les réactions de la ballerine et de Petrouchka perdent de leur relief. Au troisième tableau, chez le Maure, Tugan Sokhiev fait résonner l’orchestre de façon violente. L’orientalisme du thème du Maure ne se ressent pas bien, mais en revanche, la montée menaçante qui conclut ce tableau est très bien imagée par l’orchestre. Bruno Nouvion, à la trompette, joue avec brio le motif de Pétrouchka. Le quatrième et dernier tableau, Fête populaire et mort de Pétrouchkareprésente la place du bourg, très active et agitée. Le chef exécute de magnifiques transitions, claires et distinctes, entre chaque danse. La Danse des nourrices est pensée de façon large, les rengaines sont assez appuyées et burlesques et la Danse des cochers lente et marquée, est très réussie.

Ce concert permet de s’ouvrir à l’écoute d’une musique qui dépayse. L’orchestre, avec de très bons solistes et une énergie dynamique, s’imprègne parfaitement de ce répertoire. Laurent Korcia, dans une musique qui lui convient parfaitement, réussit une performance époustouflante. Tugan Sokhiev qui n’a que vingt-huit ans, montre une maturité remarquable en maîtrisant des œuvres.

Crédit photographique © Fabien

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Paris. Cité de la Musique. 20-XI-2005. Modeste Moussorgski (1839-1881) : La Foire de Sorotchinski (Introduction et Gopak) ; Aram Khatchatourian (1903-1978) : Concerto pour violon et orchestre ; Igor Stravinsky (1882-1971) : Petrouchka (version de 1947). Laurent Korcia : violon ; Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Tugan Sokhiev.

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