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La Calisto de Francesco Cavalli, tout avec trois fois rien !

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Genève. Théâtre du Loup. 3-II-06. Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, opéra en un prologue et 3 actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène : Alain Perroux ; coordination musicale : Stephan MacLeod ; collaboration artistique : Lorenzo Malaguerra ; scénographie : Claire Peverelli ; costumes : Isa Boucharlat ; lumières : José Espina ; chorégraphies : Véronika Reithmeier. Avec : Brigitte Fournier, Calisto ; Philippe Cantor, Jupiter ; Simon Jaunin, Mercure ; Paulin Bündgen, Endymion ; Marie Lodygensky, Diane et Eternité ; Pascal Bertin, Pan et Nature ; Bénédicte Tauran, Junon et Destin ; Emiliano Gonzalez Toro, Lymphée ; Laura-Anne Payot, le petit satyre ; Stephan MacLeod, Sylvain. Ensemble Gli Angeli Genève.

Parce que la passion de l’opéra les habite, certains n’hésitent pas à être des touche-à-tout pour partager cet amour avec le plus grand nombre. C’est le cas d’Alain Perroux. Licencié en musicologie et littérature allemande, d’abord critique musical émérite de la presse romande, chanteur, auteur de plusieurs ouvrages (dont l’excellent « L’Opéra, mode d’emploi » Ed. L’Avant-Scène Opéra, ISBN 2-84385-194-7), chargé du Service Culturel du Grand-Théâtre de Genève, il conduit aujourd’hui l’Opéra de Poche, une structure lyrique indépendante avec laquelle, il avait produit et dirigé avec un certain succès Impressions de Pelléas de (1925-2004) en 2004. Il reprend sa veste de metteur en scène pour offrir sa vision de La Calisto de .

Tout avec trois fois rien! c’est ainsi qu’on pourrait résumer cette production. Avec des moyens économiques très limités, il réussit à monter un spectacle de haute tenue. Une leçon de théâtre dont bien des grandes maisons devraient s’inspirer. Dans un ancien bâtiment industriel transformé en théâtre grâce à une trentaine de gradins aux sièges étroits et inconfortables faisant face à un mur de béton entouré de galeries métalliques, cette salle s’avère aussi chaleureuse que le réfectoire d’une prison au cinéma. Avec pour tout décor, quelques lits de camp et deux WC de chantier, il faut une belle dose de talent pour faire oublier la tristesse et la (pour le moins) sobriété du dispositif scénique. À ce défi, Alain Perroux répond avec une formidable énergie projetant ses acteurs dans la plus distrayante des aventures. Séducteur impénitent, Jupiter use d’un subterfuge pour séduire Calisto, l’innocente nymphe. Madame Jupiter, Junon, s’en offusque et transforme l’innocente en ourse. Jupiter repentant lui accordera l’immortalité en la changeant enfin en étoile. Saisissant l’aspect coquin et débridé de cette comédie, le metteur en scène ne laisse pas un seul instant de pause à l’action. Les personnages jaillissent et disparaissent de la scène comme par enchantement. Ils sortent par une porte, entrent par une autre, s’évanouissent dans les toilettes pour réapparaître sur les galeries. Un ballet débridé auquel Cavalli offre sa musique à d’inattendues et amusantes chorégraphies rock’n roll (Véronika Reithmeier).

Vocalement, cette production jouit d’une distribution remarquablement bien choisie. À commencer par la soprano Brigitte Fournier (Calisto) dont l’interprétation du rôle-titre est chargée d’une tendresse naïve désarmante. Se lovant dans les complaintes de son personnage avec une telle aisance dans le phrasé, une si belle intelligence vocale et un timbre si plein d’émotion, on se demande comment la soprano valaisanne n’a pas exploré la musique baroque plus tôt dans sa carrière. À ses côtés, le talent pétillant de loufoquerie du ténor genevois (Lymphée) fait mouche. Irrésistible dans ses habits de nonne, il domine sa partition avec un brio peu commun et un abattage vocal époustouflant.

Contrastant d’avec les humains de l’intrigue (leurs costumes du XVIIIe siècle contrastant avec les jeans et baskets), les dieux abordent leur rôle avec un langage vocal plus porté vers un phrasé presque belcantiste. À ce jeu, si Philippe Cantor (Jupiter) et Simon Jaunin (Mercure) sont très convaincants, Marie Lodygensky (Diane) manque quelque peu de couleurs dans la voix. Quant à (Junon), elle tend souvent à oublier son personnage pour favoriser son chant qui, s’il est correct et d’une grande justesse, manque de charisme et d’expressivité.

Postés sur le côté du plateau, les cinq membres de l’Ensemble Gli Angeli Genève fournissent un accompagnement solide. Relookant certaines mélodies sur l’orgue ou des claviers électroniques, cette note musicale (inhabituelle) sera jugée hérétique par les « baroqueux » purs et durs. Ce serait oublier l’aspect populaire de l’opéra baroque. Ces rythmes rock, jazz et blues reflètent parfaitement l’esprit du divertissement qui ressort des opéra semi-seria de cette époque.

Crédits photographiques : © Carole Parodi

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Genève. Théâtre du Loup. 3-II-06. Francesco Cavalli (1602-1676) : La Calisto, opéra en un prologue et 3 actes sur un livret de Giovanni Faustini. Mise en scène : Alain Perroux ; coordination musicale : Stephan MacLeod ; collaboration artistique : Lorenzo Malaguerra ; scénographie : Claire Peverelli ; costumes : Isa Boucharlat ; lumières : José Espina ; chorégraphies : Véronika Reithmeier. Avec : Brigitte Fournier, Calisto ; Philippe Cantor, Jupiter ; Simon Jaunin, Mercure ; Paulin Bündgen, Endymion ; Marie Lodygensky, Diane et Eternité ; Pascal Bertin, Pan et Nature ; Bénédicte Tauran, Junon et Destin ; Emiliano Gonzalez Toro, Lymphée ; Laura-Anne Payot, le petit satyre ; Stephan MacLeod, Sylvain. Ensemble Gli Angeli Genève.

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