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Monsieur de Pourceaugnac, l’humour de Frank Martin

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Lausanne. Opéra. 21-I-2007. Frank Martin (1890-1974) : Monsieur de Pourceaugnac, comédie en trois actes d’après Molière. Mise en scène, scénographie, chorégraphie : Adriano Sinivia. Décors et costumes : Enzo Iorio. Lumières : Maurice Salem. Avec : Harry Peeters, Monsieur de Pourceaugnac ; Jean-Marie Frémeau, Oronte ; Sophie Graf, Julie ; Sybil Zanganelli, Nérine ; Jeannette Fischer, Une musicienne, Lucette ; Boris Grappe, Eraste ; Jean-Louis Meunier, Sbrigani ; Francis Dudziak, premier médecin, un avocat, un Suisse ; Léonard Pezzino, deuxième médecin, un avocat, un Suisse ; Rémy Corazza, L’apothicaire ; Davide Cicchetti, premier musicien ; Marc Mazuir, deuxième musicien ; Florent Blaser, Un exempt. Orchestre Le Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

On ne prête qu’aux riches ! En ayant le choix d’assister à un opéra mineur de Rossini (et ce ne sont pas ceux qui manquent) ou à une comédie de , c’est l’Italien qui aura la préférence. Et tout ça parce qu’il a écrit Le Barbier de Séville et La Cenerentola ! Et c’est bien dommage. Parce qu’il existe dans les tiroirs poussiéreux des bibliothèques musicales des petits chefs d’œuvre qui dorment injustement. C’est tout à l’honneur d’, le directeur de l’Opéra de Lausanne, d’avoir ressuscité ce Monsieur de Pourceaugnac de après les deux opéras de Gian Carlo Menotti récemment décédé.

De cette « grosse » comédie faisant la part belle à l’habituelle charge de Molière contre les médecins de son époque, Frank Martin souligne la drôlerie avec une musique puisant dans les harmonies les plus diverses. Emaillée de citations d’autres musiciens (Stravinsky, Bizet, Massenet, Puccini, etc. ), sa divertissante composition aux fréquents accents ravéliens colle mal à l’esprit exagérément sérieux qu’on attribue à ce compositeur. Elevé dans l’austérité d’une famille protestante et calviniste, on peut penser que cette œuvre est une sorte de libération de la grisaille familiale qui l’a poursuivie dans presque toute son œuvre. Comme s’il n’avait jamais su rire ! La franche gaieté de la musique émanant de la fosse et du plateau de l’Opéra de Lausanne prouve le contraire.

Dans la fosse, le chef dirige très agréablement Le en réussissant finement à passer du parlé au chanté de la partition. Mais, de plus, le texte truculent jouit heureusement la patte subtile et avisée du metteur en scène . Ce Vénitien use de toutes les ficelles du théâtre de comédies mêlant adroitement des personnages issus de la Commedia dell’Arte avec ceux du théâtre de Molière. Ainsi, masques et acrobates cohabitent avec les protagonistes de la farce. Jouant la carte du grotesque, le metteur en scène italien se permet toutes les audaces. Comme ce clystère administré dans le postérieur découvert de Pourceaugnac par cinq ou six sbires armés de leurs seringues. Le trait est si fort qu’on en rit sans vergogne. Dans son (beau) costume à volants rose-bonbon, Monsieur de Pourceaugnac est le dindon de la farce. Un rôle bien ingrat auquel se prête la basse Harry Peeters (Monsieur de Pourceaugnac) avec une admirable présence scénique et une voix bien conduite. Impliqués, les autres protagonistes, parfaitement dirigés, propulsent l’intrigue dans l’ironie du geste et la dynamique du mot pour le plus grand bénéfice d’un spectacle débridé. Chacun y va de son talent de chanteur comme de comédien pour donner cœur à l’intrigue. Sur le plateau règne une belle homogénéité, là où il serait aisé à quiconque de se pousser en avant. Le spectacle y gagne en drôlerie et en crédibilité théâtrale. Si chacun des protagonistes brille par son engagement, on note au passage la très belle prestation du baryton (premier médecin) et de la soprano (Julie) qu’on aimerait un peu plus décontractée dans un chant qu’elle domine suffisamment pour mieux s’offrir à une interprétation théâtrale qu’elle a tendance à aplatir au profit du seul «beau chant». La trop rare soprano (Une musicienne, Lucette) prend, comme à l’accoutumée, son rôle à bras le corps et fait de son personnage un être à la fois étrange et désopilant.

En résumé, il est à espérer que cet excellent spectacle lausannois aura été vu par quelques directeurs de théâtre lyrique de France et de Navarre, parce qu’il serait regrettable que tant d’efforts de mise en scène, de décors, de costumes, d’éclairages soient remisés aux oubliettes après seulement cinq petites représentations.

Crédits photographiques : © Marc Vanappelghem

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Lausanne. Opéra. 21-I-2007. Frank Martin (1890-1974) : Monsieur de Pourceaugnac, comédie en trois actes d’après Molière. Mise en scène, scénographie, chorégraphie : Adriano Sinivia. Décors et costumes : Enzo Iorio. Lumières : Maurice Salem. Avec : Harry Peeters, Monsieur de Pourceaugnac ; Jean-Marie Frémeau, Oronte ; Sophie Graf, Julie ; Sybil Zanganelli, Nérine ; Jeannette Fischer, Une musicienne, Lucette ; Boris Grappe, Eraste ; Jean-Louis Meunier, Sbrigani ; Francis Dudziak, premier médecin, un avocat, un Suisse ; Léonard Pezzino, deuxième médecin, un avocat, un Suisse ; Rémy Corazza, L’apothicaire ; Davide Cicchetti, premier musicien ; Marc Mazuir, deuxième musicien ; Florent Blaser, Un exempt. Orchestre Le Sinfonietta de Lausanne, direction musicale : Jean-Yves Ossonce.

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