Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Festival de Radio France et Montpellier 2007, bacchanale concertante

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Montpellier salle du Corum, 28-VII-2007. Claude Debussy (1862-1917) : A Emma, petite cantate sur grand papier pour le jour de sa fête…pour récitant, voix de femmes, cloches et piano (création) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Six chœurs pour voix de femmes et piano ; Hector Berlioz (1803-1869) : La None sanglante (extraits), livret d’Eugène Scribe et Casimir Delavigne. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour deux pianos et orchestre ; Camille Saint Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano n°4 en ut mineur op. 44 ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur op. 18. Ensemble vocal Héliade ; Frédéric Rubay, piano ; direction : Hélène Golgevit ; Catherine Hunold, soprano, Frédéric Antoun, ténor ; Franck Ferrari, baryton ; Aldo Ciccolini, piano ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Alain Altinoglu.

La soirée de clôture du Festival de Radio France et Montpellier se veut, par définition, festive et débridée, sans oublier le lâcher de confettis dans la grande salle du Corum. Programmée en deux temps, 18h et 20h30, elle permet au public de se retrouver, à mi-parcours, autour d’un verre et quelques amuse gueule avant l’ultime soirée musicale.

Fidèle à sa politique de programmation, René Kœring avait concocté quelques raretés telle cette scène mignonne de Debussy, A Emma, s’étalant sur deux pages de papier à musique ! Une « cantate de poche » pour deux solistes, un chœur, des cloches et un piano écrite pour « la petite mienne », entendez la seconde épouse de Debussy, Emma Bardac… « avec les excuses de l’auteur qui t’aime ». L’excellent Ensemble Vocal Héliade – quatorze voix féminines – dirigé par Elène Golgevit poursuivait avec Six chœurs pour voix de femmes et piano de Serge Rachmaninov, une œuvre de jeunesse dont le chœur restitue avec finesse la poésie évocatrice.

L’affiche de La None sanglante, fragments d’un opéra en quatre actes sur un livret d’Eugène Scribe donnés en création française avait déplacé tous les spécialistes en la matière. En note de programme, Martine Kaufmann précise que, selon le récit des Mémoires, Berlioz aurait composé deux actes de l’ouvrage – probablement entre 1839 et 1842 – qu’il abandonne – et détruit peut-être – au terme d’une mésentente avec ses librettistes. Les fragments du premier acte – quatre numéros – figurant dans un manuscrit autographe conservé à la Bibliothèque Nationale réunissent les trois protagonistes principaux, le moine Hubert et les deux amoureux Agnès et Rodolphe choisissant de fuir pour échapper à la loi de leur famille. Au rendez-vous fixé à minuit, Rodolphe trouve à la place de sa bien-aimée le spectre de la Nonne sanglante lui avouant, qu’Agnès a été assassinée par le comte de Luddorf…une histoire qui ne pouvait qu’attiser l’imagination et la flamme lyrique de Berlioz : Mission difficile mais bien assumée par l’Orchestre de Montpellier dirigé ce soir par qui parvient à restituer l’intensité dramatique de cette longue scène entre Agnès et Rodolphe confrontant la voix large et chaleureuse de , soprano, à celle de , belle voix de ténor dont on aurait souhaiter plus d’engagement dramatique. S’il flotte dans l’air de Rodolphe des accents de Faust et d’Enée, les connaisseurs auront reconnu dans le dernier duo achevé par Hugh MacDonald une citation textuelle des Troyens.

Le deuxième temps de cette soirée relevait bien du défi en affichant trois concertos pour piano – et non des moindres ! – faisant d’, ce jeune homme de 82 ans, le soliste et héros de cette soirée de clôture. Après quatre jours de classes de maîtres à la médiathèque Emile-Zola où le Maître dispensa sans compter ses précieux conseils à de jeunes solistes parfois déjà confirmés, allait partager un moment d’une belle intensité avec l’Orchestre de Montpellier dans trois concertos du grand répertoire pianistique qui, s’ils inquiétèrent parfois les membres de l’orchestre et son chef maîtrisant difficilement la situation, coulèrent avec un phrasé racé et une lumineuse sonorité sous les doigts de l’éminent artiste. Conviant l’un de ses élèves, Gabriele Carcano, à le seconder dans le Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc – manquant cruellement de répétitions ! – il donne toute la mesure de son art dans le Concerto n°4 de Saint Saëns dispensant cette virtuosité qu’il aime comme des traits de lumière aux tournures élégantes. Si son toucher perlé et transparent ne parvient pas retrouver l’incandescence souterraine de l’écriture de Rachmaninov – en est-il le seul responsable ? – le Prélude de Debussy donné en bis confirmait son attachement privilégié à la musique française et au charme du son dont il se fait le chantre amoureux et passionné.

Crédit photographique : © DR

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Montpellier salle du Corum, 28-VII-2007. Claude Debussy (1862-1917) : A Emma, petite cantate sur grand papier pour le jour de sa fête…pour récitant, voix de femmes, cloches et piano (création) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Six chœurs pour voix de femmes et piano ; Hector Berlioz (1803-1869) : La None sanglante (extraits), livret d’Eugène Scribe et Casimir Delavigne. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour deux pianos et orchestre ; Camille Saint Saëns (1835-1921) : Concerto pour piano n°4 en ut mineur op. 44 ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano n°2 en ut mineur op. 18. Ensemble vocal Héliade ; Frédéric Rubay, piano ; direction : Hélène Golgevit ; Catherine Hunold, soprano, Frédéric Antoun, ténor ; Franck Ferrari, baryton ; Aldo Ciccolini, piano ; Orchestre national Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Alain Altinoglu.

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