Diana Damrau plus calculatrice que brave

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Toulouse. Théâtre du Capitole. 13-III-2008. Wolfgang-Amadeus Mozart (1556-1791) ; Antonio Salieri (1750-1825) ; Henri Joseph Rigel (1741-1799) ; Diana Damrau, soprano ; Le cercle de l’harmonie direction : Jérémie Rhorer.

Avec un physique et des mimiques évoquant Céline Dion, est une soprano colorature montante qui impressionne favorablement la critique et le public. Pour sa première apparition au Capitole de Toulouse, ce temple des belles voix n’était pourtant pas plein. Rassurons toutefois les admirateurs de la dame, les chaleureux applaudissements du public ont comblé la cantatrice et ses compagnons. Car il faut le signaler d’emblée il s’agissait d’avantage d’un concert que d’un récital tant la part de l’orchestre a été importante. Six airs seulement au programme du concert d’une toute jeune cantatrice, en pleine possession de ses moyens, c’est surprenant, voir décevant. Certes, certains des airs de bravoure qui sont extraits du bel album majoritairement consacré à Salieri, qui vient de sortir sont éprouvants, mais la démarche est bien différente de celle de Cecilia Bartoli ou Natalie Dessay qui chacune ont osé donner en concert leur récital enregistré en son entier. La comparaison s’impose d’autant plus que Salieri a été enregistré par Cecilia Bartoli.

La technique de n’a rien à envier à quiconque, un légato de rêve, une respiration ample, la précision des vocalises liées ou piquées, des suraigus, une voix sonore sur toute la tessiture, forment un ensemble de qualités hors du commun. La voix rayonne et brille mais elle manque un peu de rondeur et le jeu des colorations est un peu limité. L’appui sur le texte est bien venu et est fort rare dans des tessitures si aigues. La cantatrice est souriante et la femme magnifique dans sa robe coquelicot, toutefois le charme est un peu forcé comme finalement la séduction facile qui se dégage des airs des opéras de Salieri qui cédait tout au goût du public et aux désirs des cantatrices.

Le moment le plus musical, le plus sensible, celui qui ouvre à la cantatrice une perspective poétique, est l’air de Suzanne des Noces de Figaro. Le frémissement de la voix, la beauté du phrasé, l’osmose avec l’orchestre, la concentration et la sobriété de la cantatrice convoquent la féminité troublante de Suzanne, à la manière de la très regrettée Anna Moffo. Avec un chef exigeant et un metteur en scène canalisant son énergie débordante, il est certain que Diana Damaru pourra apporter quelque chose à ce si beau personnage.

L’autre moment musical fort sympathique est dû à l’air de Sémiramide de Salieri en raison des parties concertantes de basson, hautbois et flûte qui s’associent aux vocalises délirantes de la soprano. Les trois solistes venus rejoindre la chanteuse sur le devant de la scène ont partagé une gloire méritée avec elle.

Deux courtes symphonies, et quatre extraits d’opéras ont complétés le programme. La symphonie 26, KV 184 de Mozart ouvre le concert avec superbe. Ce sont pourtant les extraits de Thamos Roi d’Egypte qui impressionnent le plus avec une profondeur et une autorité peu commune. La direction très ferme et précise de emporte ces pages vers une grandeur qu’elles n’ont pas toujours. Par contre la symphonie opus 21 n° 2 de Henri Joseph Rigel ne convainc pas de la nécessité de sortir ce compositeur de l’oubli. Les extraits de l’Orphée de Gluck mettent en valeur la beauté des flûtes dans le Ballet des ombres heureuses tandis que la chaconne met en lumière les bois et les cuivres. Mention particulière pour les bassons d’une présence chaleureuse absolument extraordinaire. Reste à parler des cordes particulièrement acides et sèches dans l’acoustique du Capitole. Davantage de rondeur et mœlleux du côté des violons auraient été les bienvenus surtout dans les extraits d’Orphée ici un peu trop secs. Et une question restera en suspens, pourquoi , claveciniste de formation, a-t-il renoncé à cet instrument dans la configuration de ce soir ?

Le public, malgré ses applaudissements et les manières primesautières de la cantatrice, n’obtiendra que deux bis dont une simple reprise. Au Capitole les récitals se suivent, mais ne se ressemblent pas

Crédit photographique : Patrice Nin

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