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Balanchine, Noureev, Forsythe : soirée exceptionnelle

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Paris. Opéra Bastille. 15-IV-08. Ballet de l’Opéra national de Paris. Les Quatre Tempéraments (1948). Chorégraphie : Georges Balanchine. Musique : Paul Hindemith Jean-Yves Sebillotte, piano. Raymonda – extraits (1983). Chorégraphie : Rudolf Noureev d’après Marius Petipa. Musique : Alexandre Glazounov. Costumes : Nicolas Georgadis. Artifact Suite (2005). Chorégraphie, scénographie, costumes et lumières : William Forsythe. Musiques : Johann Sebastian Bach (1685-1750) Partita pour violon solo n°2 en ré mineur Chaconne BWV1004 et Eva Crossman-Hecht : Artifact Suite. Jodie Gates, piano. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Vello Pähn. Avec les étoiles, les premiers danseurs et le corps de Ballet de l’Opéra national de Paris.

Ce programme d’une exceptionnelle qualité permet de renouer avec l’ancienne tradition des soirées de ballet, autour de trois chorégraphes réunis par une même exigence du mouvement et de l’espace. Il offre aussi son lot de bonnes surprises et de révélations, comme l’incroyable aisance de ou la fluidité d’ dans Artifact Suite.

La soirée commence par Les Quatre Tempéraments de , un ballet entré au répertoire de la compagnie en 1963. s’était intéressé aux humeurs qui traversent les hommes et dont les médecins de Molière faisaient leur miel. en a fait une pièce austère et techniquement redoutable pour les danseurs. Beau ténébreux, campe un Mélancolique très inspiré. Autour de lui, des ballerines balanchiniennes en diable, chignon haut et taille marquée, exécutent avec rigueur les déhanchés si caractéristiques du style du chorégraphe. Dans le couple de Sanguins, fait preuve d’une technique merveilleuse et d’une extraordinaire légèreté qui contraste avec l’application de sa partenaire, . Le Flegmatique est impérial dans ce rôle de chat à pedigree, tandis que la Colérique fronce autant qu’elle le peut ses sourcils. Ce virtuose abrégé du vocabulaire balanchinien décline admirablement son écriture chorégraphique complexe du thème au finale, qui réunit tous les danseurs.

Le contraste est saisissant avec les lustres et les costumes de Raymonda, reconstitution d’un grand ballet qui s’appuie sur tous les savoir-faire de la compagnie, de la danse de caractère au grand pas classique, avec adage et variations. Noureev avait remonté ce ballet de en 1983, à son arrivée à l’Opéra de Paris comme Directeur de la Danse, en guise de cadeau de bienvenue. Somptueux cadeau, il est vrai ! Dans la distribution vue ce jour, le duo d’étoiles formé par Emilie Cozette et domine de toute sa stature hautaine et figée la cour de Jean de Brienne. Morceau de bravoure, le subtil duo de Bernard et Béranger, emprunté à l’acte I est intercalé entre les variations du rôle-titre et de son partenaire, reconstituant ainsi une soirée à la cour. Henriette, interprétée par la souriante est un véritable rubis serti dans un quatuor de garçons qui met en valeur la noblesse des parties chorégraphiques masculines. Saluons enfin le mœlleux et la vivacité d’Eve Grinstajn dans la variation de Clémence.

Une révélation ! C’est bien par ce mot qu’il faut décrire la prestation exceptionnelle de la jeune danseuse dans Artifact Suite de . Souple, déliée, voire flexible, elle épouse avec naturel le virtuose vocabulaire gestuel du chorégraphe américain. Les deux couples formés par Myriam Ould-Braham et Stéphane Phavorin, d’une part et et , d’autre part, sont les joyaux d’un écrin composé d’une trentaine de danseurs du corps de ballet. Les gestes de sémaphore que ceux-ci exécutent, mélange de Morse et de langage des signes, forment d’étranges réminiscences des ports de bras balanchinien.

Après la Chaconne de Bach, dont les accents continuent malgré les tombers de rideaux intempestifs qu’affectionne pour désarçonner son public, la deuxième partie laisse la place au piano. Radicalement différente, cette partie rend un hommage aux positions classiques et au corps de ballet féminin. D’une grande délicatesse, elle ménage un impressionnant travail spatial et sonore lorsque les danseurs rejoignent leurs partenaires. Tout aussi éblouissants que les filles, les garçons, Stéphane Phavorin en tête, déploient en effet tous les superlatifs de la pure virtuosité. Véritable jouissance visuelle et intellectuelle, cette pièce d’une grande intelligence chorégraphique, qui brode autour des codes classiques, est un jeu pour l’esprit. Soixante ans après la création des Quatre Tempéraments, elle est le symbole d’un compagnonnage chorégraphique qui se poursuit depuis trois générations.

Crédit photographique : et in Les Quatre Tempéraments ; Eléonora Abbagnato et in Artifact Suite © Sébastien Mathé

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Paris. Opéra Bastille. 15-IV-08. Ballet de l’Opéra national de Paris. Les Quatre Tempéraments (1948). Chorégraphie : Georges Balanchine. Musique : Paul Hindemith Jean-Yves Sebillotte, piano. Raymonda – extraits (1983). Chorégraphie : Rudolf Noureev d’après Marius Petipa. Musique : Alexandre Glazounov. Costumes : Nicolas Georgadis. Artifact Suite (2005). Chorégraphie, scénographie, costumes et lumières : William Forsythe. Musiques : Johann Sebastian Bach (1685-1750) Partita pour violon solo n°2 en ré mineur Chaconne BWV1004 et Eva Crossman-Hecht : Artifact Suite. Jodie Gates, piano. Orchestre de l’Opéra National de Paris, direction : Vello Pähn. Avec les étoiles, les premiers danseurs et le corps de Ballet de l’Opéra national de Paris.

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