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Le Barbier de Séville à Nancy, enthousiasme et énergie de la jeunesse

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 30-IV-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, comédie en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : François de Carpentries. Dramaturgie et costumes : Karine Van Hercke. Décors : Emmanuel Clolus. Lumières : Philippe Berthomé. Avec : Sébastien Droy, le Comte Almaviva ; Karine Deshayes, Rosine ; Nigel Smith, Figaro ; Franck Leguérinel, Bartolo ; Carlo Lepore, Basilio ; Michèle Lagrange, Berta ; Xavier Szymczak, Fiorello ; Pascal Desaux, Ambrogio ; David Richards, l’Officier ; Martin Hasselgren, le Pantin, le Notaire. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Paolo Olmi.

Avec une distribution en partie renouvelée, la reprise de la production de 2005 de l’opéra le plus célèbre de a de nouveau réussi à faire salle comble à Nancy, jusqu’au dernier des strapontins, avec le plaisir d’y constater la présence de nombreux enfants et adolescents visiblement ravis.

Le très réussi décor de figure la demeure du Docteur Bartolo, véritable donjon défensif où est enfermée la malheureuse Rosine. Montée sur un plateau rotatif, cette façade pourra à loisir s’escamoter, en nous révélant l’intérieur de la maison et la chambre de Rosine, ou revenir occuper le devant de la scène, permettant de rapides changements de lieu à vue, au gré des diverses péripéties de l’action. Dans ce fonctionnel dispositif, la mise en scène très précise et parfaitement huilée de privilégie le rythme et abonde en petits détails qui font mouche : pour ne citer qu’un exemple, la scène de la leçon de musique est un petit bijou de mécanique théâtrale. Quelques gags sans aucune vulgarité par ci pour le comique, quelques touches espagnoles par là pour rappeler qu’on est à Séville, de purs moments de poésie aussi comme ces éclairages nocturnes accompagnant la sérénade d’Almaviva, l’envol final des papillons fluorescents qui tapissaient jusque là la chambre de Rosine ou la toute dernière image du couple des amoureux s’enlaçant sur un fond d’étoiles. Le traitement du personnage de Rosine – surtout à l’acte I – qui la ridiculise en l’habillant de robes de poupée et en la coiffant de nattes, qui l’infantilise en la montrant durant son grand air « Una voce poco fa » s’amusant avec un pantin, nous a nettement moins convaincus. Plus étonnante encore est l’apparition, au sein de cette pure farce, de moments graves où le rire s’étrangle comme le final du premier acte, où l’embrasement rouge des éclairages et l’attitude explicitement oppressive de la police finissent par évoquer l’Enfer, ou le moment au second acte où Bartolo en vient à quasiment violer Rosine avant de se ressaisir.

La distribution est jeune, en majorité francophone, et séduit par son engagement et son enthousiasme. réussit une superbe Rosine, à la fois touchante et drôle. Son adéquation stylistique est idéale, du grave sonore à l’aigu aisé, quoique légèrement crié, avec des vocalises staccato superbes de précision et d’imagination. En Figaro, impressionne par son énergie, dans une interprétation très physique et vocalement tenue, avec des aigus glorieux et puissants. Dans le rôle du Comte Almaviva (sans son aria « Cessa di più resistere »), Sébastien Droit fait valoir son physique idéal de jeune premier, un réel talent d’acteur et sa voix d’un timbre charmeur, à l’aigu facile, à la vocalisation souple mais à la puissance un tantinet confidentielle. n’a pas tout à fait les moyens vocaux du Docteur Bartolo, par manque de rondeur dans les graves et d’aisance dans l’aigu mais sa vis comica bien connue et une réelle qualité dans la prononciation et le chant syllabique rapide parviennent à y remédier. Le Basilio de est parfait, sonore et excellent acteur, jubilatoire de sadisme dans sa « Calunnia », la Berthe de puissamment caractérisée.

Dans la fosse, souffle alternativement le chaud et le froid. A certains moments, il est parfaitement au diapason du dynamisme qui règne sur scène, comme dans le duo Almaviva-Figaro du premier acte où il impose un tempo ultra rapide. A d’autres, sa direction retombe dans la routine et tend à s’assoupir dans une battue un peu trop métronomique. Il a cependant le mérite de maintenir tout du long la cohésion fosse-plateau sans décalage notable.

Au rideau final, c’est un public nancéien visiblement enchanté qui a accueilli les artistes de cette reprise. Il est vrai qu’à l’issue de cette représentation, on ressort regonflé à bloc ; l’énergie et la vitalité déployées sur scène se sont transmises à la salle.

Crédit photographique : (Basilio) & (Bartolo) © Ville de Nancy

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Nancy. Opéra National de Lorraine. 30-IV-2008. Gioachino Rossini (1792-1868) : Il Barbiere di Siviglia, comédie en deux actes sur un livret de Cesare Sterbini. Mise en scène : François de Carpentries. Dramaturgie et costumes : Karine Van Hercke. Décors : Emmanuel Clolus. Lumières : Philippe Berthomé. Avec : Sébastien Droy, le Comte Almaviva ; Karine Deshayes, Rosine ; Nigel Smith, Figaro ; Franck Leguérinel, Bartolo ; Carlo Lepore, Basilio ; Michèle Lagrange, Berta ; Xavier Szymczak, Fiorello ; Pascal Desaux, Ambrogio ; David Richards, l’Officier ; Martin Hasselgren, le Pantin, le Notaire. Chœur de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre Symphonique et Lyrique de Nancy, direction : Paolo Olmi.

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