Banniere-clefsResMu728-90

Fin de saison féerique à Nancy avec le songe d’une nuit d’été

La Scène, Opéra, Opéras

Nancy. Opéra national de Lorraine. 24-VI-2008. Benjamin Britten (1913-1976) : A Midsummer Night’s Dream, opéra en trois actes sur un livret du compositeur et Peter Pears. Mise en scène : Jean-Louis Martinoty. Décors : Bernard Arnoud. Costumes : Daniel Ogier. Lumières : Fabrice Kebour. Avec : Rachid Ben Abdeslam, Oberon ; Maïra Kerey, Tytania ; Brian Green, Puck ; Randall Jakobsch, Theseus ; Elodie Méchain, Hippolyta ; Chad Shelton, Lysander ; Jean-Sébastien Bou, Demetrius ; Delphine Galou, Hermia ; Marjorie Muray, Helena ; Iain Paterson, Bottom ; Jean Teitgen, Quince ; François Piolino, Flute ; Yuri Kissin, Snug ; Christophe Berry, Snout ; Thomas Dolié, Starveling ; Soon-Cheon Yu, Cobweb ; Inne Jeskova, Peaseblossom ; Barbara Wysokinska, Mustardseed. Chœur de femmes de l’Opéra national de Lorraine (chef de chœur : Merion Powell), Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, direction : Juraj Valcuha.

Quelle œuvre extraordinaire et atypique que ce Songe d’une Nuit d’Eté de  ! Un univers onirique, où fées, nobles athéniens et manants se côtoient, une intrigue foisonnante, où l’on se perd avec délices (et pourtant notablement réduite par rapport à la pièce de Shakespeare) avec notamment la représentation pirandellienne au 3ème acte d’une pochade comique sur l’histoire de Pyrame et Thisbé, une partition d’une rare complexité et néanmoins immédiatement séduisante à l’oreille, une distribution pléthorique, un rôle de premier plan confié à un contre-ténor (Alfred Deller à la création en 1960), tout concourt pour en faire un ouvrage d’exception, délicat à monter et à distribuer. C’est pourtant le pari qu’a fait l’Opéra national de Lorraine pour clore sa saison 2007-2008. Pari tenu et haut la main !

La mise en scène devait initialement être assurée par , qui avait réalisé sur cette même scène un superbe Elixir d’Amour, repris par de nombreux théâtres et dont l’imagination visuelle était faite pour s’accorder parfaitement à l’œuvre de Britten. Las ! Pour de graves raisons personnelles, il a dû renoncer à cet engagement. C’est donc qui a relevé le défi de monter cette production en un délai très court ; sa réussite n’en est que plus admirable. Le décor de Bernard Arnoud consacre l’essentiel du plateau au monde sylvestre des fées, où règnent Oberon et Tytania, agrémenté de feuilles géantes, d’animaux empaillés, d’une gigantesque souche de chêne à géométrie variable au second acte et de la projection en fond de scène de tableaux à thématique végétale, dus aux artistes contemporains Armando Morales et Sam Szafran. Le monde des humains – élégants joueurs de badminton des années vingt pour les nobles et truculents ouvriers pour les rustres – est souvent relégué à l’avant-scène, plus proche des spectateurs. Le travail de , très précis et d’une grande maîtrise, habite avec efficacité ces divers univers, en traduit les atmosphères changeantes, alternativement poétiques, rabelaisiennes ou comiques et rend l’action intelligible tout en assurant une parfaite fluidité dans la succession rapide des multiples tableaux. L’imagination débridée des costumes de et la magie des éclairages changeants de font le reste.

La distribution réunie par l’Opéra de Lorraine constitue une formidable équipe de chanteurs-acteurs, caractérisée par son homogénéité et son implication dramatique. On répugne à distinguer l’un plus que l’autre. L’Obéron déjanté et rêveur du contre-ténor , la stratosphérique Tytania de – avec quels trilles et quelle sûreté dans les aigus ! –, l’athlétique Puck de Brian Green, le superbement lyrique Lysander de , l’intense et séduisant Demetrius de , la riche texture de timbre de en Hermia, l’opulence vocale de Marjorie Muray en Helena, le formidable Bottom de , plus « force de la nature » que l’original, le bondissant Flute de , le luxe de Randall Jakobsch et dans les trop courtes interventions de Theseus et Hippolyta, tous, jusqu’au chœur des fées magique de poésie nocturne, concourent à la réussite du spectacle. Tout juste pourra-t-on regretter, en jouant les Beckmesser, un médium un peu confidentiel de projection chez Oberon, une puissance un peu trop torrentielle et avare de nuances chez Helena et une tendance à crier dans les passages forte pour le chœur mais ce ne sont que broutilles.

Troisième élément de la réussite du spectacle, l’ a fait montre ce soir d’une qualité, d’une concentration et d’une précision époustouflante. La direction minutieuse et intense de Juraj Valcuha, déjà apprécié à Nancy dans les Noces de Figaro, lui a permis de donner son meilleur, rendant pleinement justice à la véritable symphonie de timbres que Britten a tissée ; cordes charnues et homogènes même dans les pianissimi – et ils abondent – ou les glissandi de l’ouverture, bois inspirés, sûreté d’intonation des cuivres y compris dans le mezza voce, variété des percussions. Magie de la nuit et féerie s’étaient aussi données rendez-vous dans la fosse.

Cette nouvelle production de l’Opéra de Lorraine est donc une magnifique réussite en tous points. Au sortir du spectacle, sous la nuit étoilée de l’été nancéien, la majorité des spectateurs étaient encore visiblement sous le charme. Coproduit avec les opéras de Caen et de Toulon, ce spectacle y sera donné dans un proche avenir. A bon entendeur…

Crédit photographique : (Oberon) & (Tytania) © Ville de Nancy

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.