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Paris, Cité de la Musique. 02-X-2008. Elliott Carter (né en 1908) : Asko Concerto pour ensemble ; Double Concerto pour clavecin, piano et deux orchestres de chambre ; Conlon Nancarrow (1912-1997) : Etudes 2a et 20 (arrangement pour petit ensemble par Arnaud Boukhitine et Sébastien Vichard) ; Per Nørgård (né en 1932) : Scintillation, pour sept musiciens. Sébastien Vichard, piano ; Andreas Skouras, clavecin. Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki.

Pour sa rentrée parisienne ce Jeudi 3 Octobre, l’ réinvestissait le plateau de la Cité de la Musique pour un superbe concert inscrit dans le cadre du cycle «La mesure du temps». Fil rouge de la programmation 2008-2009, le questionnement sur le temps de la musique nourrira toutes les thématiques déclinées cette année par la Cité de la Musique. Mine radieuse et micro en main, rendait d’abord hommage à disparu le 18 septembre en proposant quelques pages de Dix marches pour rater la victoire, un titre emblématique de l’humour caustique et ravageur de cet iconoclaste avec qui l’ a noué des liens indéfectibles.

Autre compositeur lié aux destinées de l’Ensemble et à la problématique temporelle, – tout juste cent ans – tenait le haut de l’affiche avec deux œuvres majeures qui ouvraient et refermaient la soirée. Asko Concerto (1999-2000) est sans doute l’une des œuvres les plus séduisantes du compositeur. Articulée de manière très lisible, l’œuvre enchaîne six épisodes de tempo, d’humeur et d’énergie variés, animés par les différents groupes instrumentaux formés au sein des seize protagonistes ; du solo de basson au quintette, l’écriture de chaque combinaison instrumentale met à découvert la plupart des solistes et focalise l’écoute sur ces «chorus» singuliers mobilisant les qualités de jeu et l’engagement extraordinaire de ces interprètes de haut vol.

Du même Carter, le Double concerto pour piano et clavecin (1961) requiert deux ensembles instrumentaux – les concertinos – associés à chacun des solistes et subtilement répartis pour assurer une bonne balance sonore. De perception moins immédiate que l’œuvre précédente mais d’une richesse foisonnante qui fascine – Carter joue sur la simultanéité de vitesses différentes assumées par les deux groupes – l’œuvre génère une tension de l’écoute très stimulante soutenue par le geste électrisant de et l’énergie communicative des deux solistes Sébastien Vichard et Andréas Skouras.

Associée aux expériences temporelles, la musique de l’américain a intrigué plus d’un compositeur : son compatriote mais aussi Ligeti découvrant en 1980 sa musique déjantée pour piano mécanique à rouleaux perforés. C’est Sébastien Vichard et Arnaud Boukhitine, deux artistes polyvalents – pianiste et tubiste de l’EIC – dont on découvrait ce soir les talents d’arrangeur, qui proposaient en création la version instrumentée des deux Etudes 2a et 20 pour pianola ; excellente initiative qui donnait à ces miniatures d’une complexité industrieuse une profondeur et une dimension colorée très réussies.

Considéré comme le compositeur danois le plus influent depuis Carl Nielsen, que l’on découvrait ce soir – sans doute à la faveur du choix attentif de Susanna Mälkki – se passionne pour les phénomènes naturels d’ondulation et de miroitement qu’il tente de traduire au sein d’une texture vibratile comme celle de Scintillations pour sept musiciens entendue ce soir. D’une complexion très raffinée et toute intimiste, la pièce met à l’œuvre tous les ressorts rythmiques d’une écriture scindant l’instrumentation en deux groupes dans un mouvement perpétuel de flux et de reflux conduit avec beaucoup de souplesse par Susanna Mälkki.

Terminons avec le compositeur qui, toute sa vie durant, s’est interrogé sur la manière dont passe le temps. figurait bien évidemment dans ce concert avec une de ses pièces emblématiques, Zeitmasse («Mesures du temps») pour cinq instruments à vent. Articulée en trois phases d’une complexité toujours croissante – «à la limite du pays fertile» – l’œuvre est un véritable défi pour les musiciens. Devant ses cinq interprètes debout dans une concentration maximale, Susanna Mälkki s’était assise pour arbitrer avec une rigueur implacable cette joute sonore à la hauteur des aspirations et de l’utopie de cette tête pensante de l’avant-garde des années 50.

Crédit photographique : Susanna Mälkki © Jean Radel

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Paris, Cité de la Musique. 02-X-2008. Elliott Carter (né en 1908) : Asko Concerto pour ensemble ; Double Concerto pour clavecin, piano et deux orchestres de chambre ; Conlon Nancarrow (1912-1997) : Etudes 2a et 20 (arrangement pour petit ensemble par Arnaud Boukhitine et Sébastien Vichard) ; Per Nørgård (né en 1932) : Scintillation, pour sept musiciens. Sébastien Vichard, piano ; Andreas Skouras, clavecin. Ensemble Intercontemporain, direction : Susanna Mälkki.

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