Plein-jeux sur la création

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris, Maison de la Radio. 12-XI-2008. Igor Stravinsky (1882-1971) : Scherzo fantastique ; Le chant du rossignol. Régis Campo (né en 1968) : Le bestiaire. Jérémie Rhorer (né en 1973) : Le cimetière des enfants morts. Felicity Lott, soprano ; Orchestre National de France, direction : Alain Altinoglu.

Paris, église Saint-Etienne-du-Mont. 13-XI-2008. Gabriel Fauré (1845-1924) : Pelléas et Mélisande, suite op.80 ; Thierry Escaich (né en 1965) : Concerto pour orgue et orchestre n°2 ; Michaël Levinas (né en 1949) : Accords tremblés (dériver-altérer), création mondiale ; Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour orgue, cordes et timbales. Thierry Escaich & Vincent Warnier, orgue ; Orchestre de Bretagne, direction : Andrea Quinn

Paris de la musique

Biennal, le festival Paris de la Musique, organisé par Musique Nouvelle en Liberté, ne vient peut-être pas au moment opportun : Présences se termine à peine, le Festival d’Automne bat son plein… Un évènement donc qui s’est retrouvé un peu effacé, malgré la qualité de ses interprètes.

Après le récital de Christophe Desjardins, place à la musique symphonique. Premier concert à la Maison de la Radio, avec l’, dans un programme (presque) similaire à celui donné à Dijon la semaine dernière. Ouverture avec le Scherzo fantastique, qui souffre d’un pupitre de cordes pas assez étoffé rapport aux pupitres de vents et percussions. Le National bien sur excelle dans ce répertoire, est dans son élément, mais l’assemblage des timbres propre à cette partition de jeunesse encore très post-romantique manque. Cette insatisfaction ne s’est pas retrouvée par la suite : l’orchestration de pour Le bestiaire est chatoyante, colorée, toujours inventive. Et surtout fort bien mise en valeur par les interprètes. L’œuvre est aussi portée par , diction parfaite, minaudant ce qu’il faut, sans plus, pour porter ces petits poèmes d’Apollinaire faussement naïfs. en a fait une suite de miniatures qui souvent rappellent l’enfance et la candeur. Bien sur on ne peut s’empêcher de penser au recueil homonyme de Poulenc, aux Chantefables et chantefleurs de Lutosławski et bien sur à . Peut-être aurait-on souhaité un langage plus hardi malgré le propos anodin, car d’une mélodie à l’autre une tonalité de plus en plus assurée s’installe. Mais l’œuvre, qui flatte l’oreille et l’esprit, a tout pour se faire une petite place au répertoire.

Nous ne serons pas si laudateur pour Le cimetière des enfants morts de Jérémy Rhorer. Première pièce pour grand orchestre de ce compositeur, on sent à l’écoute le métier indéniable du chef d’orchestre qu’il est. Cela sonne, met chaque instrumentiste en valeur, dans une partition où se bousculent Bartók, Ravel, Britten et Stravinsky. L’effroi et la révolte qui ont suscité cette composition sont peu palpables, si ce n’est un court passage à la fin, ou le compositeur semble se déchaîner. Peut-être l’appréhension d’une première œuvre d’importance ? Le style se cherche encore, gageons que dans quelques années une esthétique propre et originale en sortira. Le chant du rossignol qui suit bénéficie toujours de la même direction attentive d’, qui rend justice à cette partition en exagérant à souhait son coté parodique.

Suite des Paris de la Musique le lendemain en l’église Saint-Etienne-du-Mont, là où officia . Les deux organistes titulaires, et , proposèrent un programme qui alterne entre symphonique, orgue seul, ou les deux. L’occasion aussi de découvrir l’Orchestre de Bretagne, et quelle découverte ! Sous la direction alerte d’, énergique petit bout de femme venu d’outre-Manche, Pelléas et Mélisande de Fauré se débarrasse de sa mièvrerie sucrée pour tirer vers le post-romantisme. L’acoustique a beau être flatteuse, le pupitre de cordes de cet orchestre est solide, les vents ne détonnent jamais. Seul regret, avec autant de réverbération, la harpe était inaudible. Après une courte pièce pour orgue de Messiaen ajoutée in extremis, place au Concerto pour orgue n°2 de , joué par le compositeur. Bien que l’esthétique de ce créateur ne nous ai jamais été familière, force est de constater que l’œuvre possède un pouvoir émotionnel indéniable. L’attraction de la soirée consistait surtout en la création d’Accords tremblés, première pièce pour orgue de Michaël Lévinas, toujours servie par Thierry Escaich. L’œuvre est sombre, recueillie. Le compositeur n’a pas voulu jouer avec la virtuosité de son interprète, mais avec la virtuosité de timbre de l’instrument. Les effets sonores s’enchaînent les uns aux autres dans un tournoiement infini de gammes éternellement montantes, profitant au maximum des jeux sur les harmoniques. Le contraste était d’autant plus saisissant avec le Concerto de Poulenc, bien que très bien servi par , œuvre dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a bien mal vieilli.

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